« Nous avons fait connaître au monde entier le crime de l’agent orange », Tran To Nga
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Exposée à l’agent orange pendant la guerre du Vietnam, Tran To Nga poursuit depuis plus de dix ans quatorze fabricants de ce défoliant, dont Monsanto. Après une nouvelle avancée judiciaire, elle revient pour Novethic sur son combat et la responsabilité des industriels.
Pendant la guerre du Vietnam, des millions de litres d’agent orange, un défoliant contenant de la dioxine, ont été épandus par l’armée américaine pour détruire la végétation. Plus d’un demi-siècle plus tard, les conséquences sanitaires et environnementales continuent de se faire sentir. Des millions de Vietnamiens ont été exposés et plusieurs générations sont encore touchées par des maladies et des malformations attribuées à cette contamination.
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Parmi les victimes figure Tran To Nga. Ancienne journaliste franco-vietnamienne, elle a elle-même été exposée à l’agent orange pendant la guerre. Depuis plus de dix ans, elle mène en France un combat judiciaire inédit contre quatorze entreprises agrochimiques, dont Monsanto (aujourd’hui propriété de Bayer), qui ont fabriqué ou fourni ce défoliant à l’armée américaine. Son objectif : faire reconnaître la responsabilité de ces industriels dans les dommages causés aux populations vietnamiennes.
Le 10 juillet, la Cour de cassation a décidé de renvoyer son pourvoi devant l’Assemblée plénière, estimant que l’affaire soulevait une « question de principe ». Une décision rare qui ouvre une nouvelle étape dans cette longue bataille judiciaire, même si elle ne préjuge pas de l’issue du dossier. Pour Novethic, Tran To Nga revient sur ce combat, la responsabilité des entreprises face aux dommages environnementaux et sanitaires, et les leçons que l’affaire de l’agent orange continuent de poser à l’heure où les contentieux liés aux pesticides se multiplient.
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Qu’est-ce qui vous pousse, aujourd’hui encore, à poursuivre ce combat ?
Tran To Nga : Ce qui nourrit ma détermination, c’est qu’au Vietnam, le nombre de victimes de l’agent orange continue d’augmenter. Et partout dans le monde, les victimes des produits chimiques et des guerres sont toujours plus nombreuses. Tant que ces souffrances continueront, je poursuivrai ce combat.
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Que représente, pour vous, le renvoi de votre affaire devant l’Assemblée plénière de la Cour de cassation ?
Ce n’est pas tous les jours que la Cour de cassation décide de renvoyer une affaire devant son Assemblée plénière parce qu’elle estime qu’elle soulève une question de principe. À elle seule, cette décision montre que notre combat avance. Elle récompense notre ténacité et les années d’efforts que nous avons consacrées à cette cause, même si la victoire judiciaire n’est pas encore acquise.
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Où commence, selon vous, la responsabilité des entreprises qui fabriquent des produits dont elles connaissent les risques ?
Mon procès ne vise pas uniquement Monsanto. Treize autres entreprises sont également poursuivies, car elles ont délibérément produit et fourni les défoliants, dont l’agent orange. Lorsqu’on sait que ce que l’on fait est dangereux et que l’on choisit malgré tout de le faire, on porte une responsabilité. Dans le cas de ces multinationales, je considère qu’il s’agit de crimes qui doivent être jugés.
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Qu’attendez-vous aujourd’hui des entreprises mises en cause ?
Je ne pense pas qu’elles auront un jour le courage de reconnaître d’elles-mêmes leur crime. Mais, au fil des années, nous avons accompli un immense travail pour faire connaître au monde entier le drame de l’agent orange. Si ces entreprises avaient au moins le courage de venir en aide aux victimes, ce serait déjà un premier pas. Aider les victimes, c’est aussi reconnaître, d’une certaine manière, leur responsabilité.
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Bayer est également confronté à de nombreux procès liés au glyphosate. Voyez-vous un parallèle entre votre combat et ces procédures ?
Détruire l’environnement, tuer ou faire souffrir des êtres humains : qu’il s’agisse de l’agent orange ou d’autres pesticides, c’est le même crime. Nous devons nous unir pour y mettre fin. L’agent orange est, en quelque sorte, l’ancêtre des pesticides actuels. C’est pourquoi je me sens naturellement solidaire de tous les combats contre l’écocide et contre les guerres qui utilisent ou répandent des substances toxiques.
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Plus de cinquante ans après la guerre du Vietnam, quelles sont aujourd’hui les priorités pour les victimes de l’agent orange ?
La première priorité est que justice leur soit enfin rendue et que le monde entier prenne conscience de ce crime, afin que l’histoire ne se répète jamais. Malheureusement, la production et l’utilisation des pesticides et d’autres substances chimiques continuent aujourd’hui de ravager les êtres humains et l’environnement. Les victimes de l’agent orange ont besoin d’un soutien moral et financier pour vivre dignement. Lorsqu’elles le peuvent, il faut aussi leur donner les moyens de travailler et de retrouver une place dans la société.
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Vous dites vouloir empêcher que « l’histoire ne recommence ». Que faudrait-il changer aujourd’hui ?
Il ne faut pas attendre que les entreprises ou les pouvoirs publics agissent d’eux-mêmes. Si nous avions attendu pendant toutes ces années, nous n’aurions jamais obtenu la résolution adoptée par le Parlement belge en soutien aux victimes de l’agent orange, en 2023, ni l’inauguration de la première stèle mémorielle en Europe en hommage aux victimes. Ces avancées sont le fruit de notre mobilisation. C’est à nous de parler, de nous rassembler et de poursuivre le combat pour donner aux responsables politiques le courage d’interdire les pesticides toxiques et d’indemniser les victimes.
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