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31 personnes mortes dans la Manche : le procès des passeurs s’ouvre cinq ans après le naufrage meurtrier

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Le procès de 14 hommes accusés d’être les passeurs de la traversée du 24 novembre 2021 démarre ce mardi. Le naufrage dans la Manche avait tué 31 personnes exilées, désireuses de rejoindre l’Angleterre. Les militaires, qui n’étaient pas intervenus malgré les appels de détresse, font l’objet d’une procédure distincte.

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Pauline Migevant 
8 septembre 2026

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31 personnes mortes dans la Manche : le procès des passeurs s’ouvre cinq ans après le naufrage meurtrier

Le reste d’un zodiac sur la plage de Gravelines (Nord), en décembre 2025.

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« Nous attendons depuis cinq ans la justice dans la douleur » : au procès des passeurs, les familles de victimes témoignent
Naufrage meurtrier dans la Manche : comment les enquêteurs ont identifié les présumés passeurs
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Le 23 novembre 2021, en fin d’après-midi, Fikiru Tekalegn, un homme éthiopien de 46 ans, écrit à sa compagne : « On est en train d’essayer un passage, au revoir. » « Que dieu t’aide », lui répond-elle. Il se trouve dans le Nord de la France et espère rejoindre le Royaume-Uni. Quelques heures plus tard : « On est sur le bateau. […] Je vais éteindre le téléphone. On se parle demain ».

Mais le 23 novembre, pour Fikiru Tekalegn, comme pour trente autres personnes en exil, la nuit a été sans lendemain. L’embarcation de fortune sur laquelle il se trouve fait naufrage, le plus meurtrier ayant eu lieu à la frontière franco-britannique depuis le développement des traversées en « small boats » (embarcations de fortune) en 2018. Seuls deux hommes ont survécu.

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Cinq ans après ce naufrage, s’ouvre ce mardi au tribunal correctionnel de Paris, le procès de quatorze hommes présumés passeurs. La plus jeune victime retrouvée, Hasty Hussein, avait 7 ans. La fillette se trouvait sur l’embarcation avec plusieurs membres de sa famille, eux aussi décédés.

Sur le même sujet : Morts dans la Manche : à Dunkerque, des familles privées de funérailles

Le 23 novembre, entre 18 et 19 heures, des personnes exilées cherchant à passer en Angleterre partent de la jungle de Dunkerque. À pied, ils rejoignent le lieu de mise à l’eau du bateau, à Loon-Plage. Quatre Kurdes les attendent, visages masqués. Des hommes gonflent le bateau dans un bois voisin de la plage. « On est repartis avec ce passeur car il a de bons matériaux et tout. On veut tenter [une traversée] une fois de plus. (…) On verra comment ça se passera » écrit, incertain, Shakar Ali Pirout, un Irakien de 30 ans, à sa famille, le 23 au matin.

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« Certains ont dit que les secours ne viendraient jamais nous chercher »

« La qualité de l’embarcation était particulièrement médiocre », relèveront, de leur côté, les enquêteurs. « Ce bateau rudimentaire et de conception artisanale faisait 6,80 mètres de long pour 2,10 mètres de large. Il ne disposait que d’un “plancher” en toile et d’un fond plat. » Sur la plage, les passeurs demandent aux passagers d’éteindre leur téléphone.

Seul un Égyptien, brièvement formé pour mener l’embarcation, doit le laisser allumé pour « maintenir son cap vers les côtes anglaises », selon le témoignage de Mohamed Issa Omar, Somalien de 28 ans rescapé du naufrage, lors de sa garde à vue, après sa sortie de l’hôpital. Ils prennent la mer vers 22 heures.

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Après trois ou quatre heures, l’embarcation commence à prendre l’eau. À 1 h 48, les passagers contactent le Cross (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage). « Quand le soleil s’est levé, l’eau rentrait de plus en plus », détaille Ahmad Shexa, l’autre survivant, qui avait quitté Bagdad un mois plus tôt.

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Il y avait des corps partout. A. Shexa

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L’avant du bateau éclate, les passagers, affolés, sautent à l’eau, s’agrippant à ce qui reste de l’embarcation. Ceux qui sont sur le flotteur tiennent la main des personnes tombées à l’eau. « Là, un moment de panique et le bateau s’est retourné », poursuit Ahmad Shexa, alors âgé de 22 ans. « Lorsque le bateau s’est retourné, nous n’avons plus vu les enfants. »

Lui tenait la main d’un surnommé Mati, un adolescent kurde, qu’il a lâchée à cause des vagues. « Il y avait des corps partout. » Beaucoup de personnes se sont noyées en tentant de monter sur le bateau retourné. Comme l’avait documenté Le Monde, pendant près de trois heures, les passagers appellent les secours, qui leur rétorquent qu’ils se trouvent dans les eaux anglaises.

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« Certains ont dit que les secours ne viendraient jamais nous chercher et ils ont lâché », poursuit Ahmad Shexa. Mohammed Issa Omar expliquera s’être éloigné de l’embarcation voyant que « les naufragés se grimpaient les uns sur les autres et coulaient ». Lui savait nager. Il a passé « 10 ou 20 heures dans l’eau » avant que les secours n’arrivent.

Vers 14 heures, le 24 novembre, un bateau de pêche alerte le Cross de la présence de cadavres dans l’eau, à environ 18 kilomètres de Calais. Un navire de la marine nationale intervient sur le lieu du drame. « Le grand nombre de corps flottant le visage immergé apparaissait désormais comme un drame de grande ampleur », écrivent les enquêteurs.

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D’autres moyens de secours supplémentaires arrivent en renfort : un navire de la gendarmerie, deux hélicoptères, et un canot de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM). 25 corps sont retrouvés dans un premier temps – une enfant, deux adolescents, quinze hommes, sept femmes –, puis deux autres. Quatre personnes ont disparu dans la Manche.

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« Restituer leur humanité aux victimes »

Rapidement, le témoignage des rescapés qui se sont exprimés dans le média kurde Rudaw, a mis à jour la responsabilité des militaires du Cross et du patrouilleur Le Flamant, qui ne sont pas intervenus ce jour-là, malgré les appels au secours. Sept d’entre eux ont été mis en examen pour « non-assistance à personne en danger ».

Au Royaume-Uni, une commission d’enquête indépendante, laquelle a rendu ses conclusions début 2026, avait largement pointé la responsabilité des secours français. À la veille du procès, Emmanuel Daoud, qui représente une des familles de victimes, regrette que la procédure visant les militaires ait été distincte de celle des passeurs. Il note néanmoins « la grande qualité de l’instruction, durant laquelle les magistrates ne se sont pas contentées de regarder le dossier sous le prisme du discours officiel qui se focalise sur les passeurs ».

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En l’absence de voie légale, avoir recours à ces réseaux est « la seule façon de traverser », souligne aussi l’avocat, ajoutant que la « traque des migrants » à l’œuvre sur le littoral par les autorités « participe du caractère périlleux de la traversée ». Les quatorze passeurs présumés appartiennent, selon l’accusation, à deux filières : l’une afghane, l’autre irako-kurde.

L’implication de chacun dans ce drame est variable passant de l’acheminement présumé du matériel nautique et des « clients » depuis la France – voire depuis l’Italie –, jusqu’à la mise à l’eau du bateau. Il est reproché à deux hommes d’avoir hébergé les victimes quelques jours avant les faits.

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« Ce drame […] était le fait d’une multitude d’individus, participant, chacun à leur échelle, à des réseaux d’immigration illégale coopérant entre eux afin de tirer toujours plus de profits d’étrangers en situation irrégulière désireux de passer en Angleterre », lit-on dans l’ordonnance de renvoi dans le tribunal correctionnel.

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Le grand nombre de corps flottant le visage immergé apparaissait désormais comme un drame de grande ampleur.

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L’enjeu du procès est de déterminer les responsabilités individuelles dans l’enchaînement des faits ayant conduit au naufrage mortel. La majorité des prévenus sont jugés pour homicide involontaire, blessures involontaires sur les survivants, aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irrégulier et associations de malfaiteurs. Certains prévenus, présentés comme des « petites mains » du réseau, ont expliqué aux enquêteurs être, eux aussi, des migrants souhaitant passer en Angleterre.

Ce mardi 8 septembre, certaines familles venues d’Ebril, capitale du Kurdistan irakien, assisteront à une partie des audiences, explique leur avocat Matthieu Chirez. Des audiences qui seront, poursuit-il, à la fois « nécessaires » et « éprouvantes ». Il souligne que ces dernières attendent « fermement » le procès des militaires du Cross et du navire Le Flamant.

« La justice doit venir sanctionner l’ensemble des personnes ayant eu un rôle dans ce drame », écrit-il dans un communiqué de presse. Si les procès pénaux sont centrés autour des prévenus et non des victimes, Emmanuel Daoud espère, quant à lui, que les audiences permettront de « restituer toute leur humanité aux naufragés et à leurs proches ».

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Pauline Migevant 

8 septembre 2026

 

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