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Europe
Bonne nouvelle : enfin, remplacer les vieux blancs, retraités, rassasiés et donneurs de leçon ! 

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Allemagne : Elif Eralp et Manuela Schwesig, deux remparts face à l’extrême droite

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Les deux candidates de Die Linke et du SPD ont atteint des scores inattendus à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Des succès obtenus contre l’extrême droite grâce à des campagnes de terrain centrées sur leur personne et distantes des partis.

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Elections en Allemagne
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Elif Eralp (Die Linke) à Berlin et Manuela Schwesig (SPD) à Warnemünde (nord-est de l’Allemagne). 
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Christophe Bourdoiseau, correspondant à Berlin

Deux femmes redonnent espoir à tous les Allemands tétanisés par la progression vertigineuse de l’extrême droite dans leur pays : Manuela Schwesig (SPD) et Elif Eralp (Die Linke). Deux femmes de gauche qui ont mené des campagnes d’idées sur le terrain et très personnalisées, détachées au maximum de leur formation politique. Elles incarnent «la fin du système de fonctionnement traditionnel des grands partis en Allemagne», explique Albrecht von Lucke, politologue et rédacteur en chef de la revue politique Blätter.

A Berlin, la candidate de la gauche radicale (Die Linke), Elif Eralp, a réussi à mobiliser les habitants en faisant campagne sur son identité : femme libre, mère de deux enfants, relativement jeune et issue de l’immigration avec une fibre sociale. Parvenue en tête de l’élection, avec 25,1 % des voix (sept points d’avance sur la CDU), elle fait le meilleur résultat de l’histoire de Die Linke dans la capitale. Elle a même pratiquement doublé le score de son parti, qui avait failli disparaître du Parlement fédéral, il y a deux ans.

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Elle incarne la nouvelle génération de la gauche radicale

Elif Eralp marche sur les plates-bandes d’un SPD en perte de vitesse, avec un programme social qui a séduit un électorat jeune : l’expropriation des grands groupes immobiliers, allant encore plus loin que son modèle, le maire de New York, Zohran Mamdani, sur le thème du logement. D’après les sondages, plus d’un tiers des Berlinois estiment que Die Linke est capable d’apporter les meilleures solutions dans ce domaine, bien que le parti soit contesté sur la question du financement des expropriations.

Elle incarne une nouvelle génération de la gauche radicale allemande, jeune et urbaine, qui ratisse au-delà des nostalgiques de la RDA (Die Linke est issu du parti post-communiste PDS), grâce à des opérations massives de porte-à-porte, des petits meetings de quartier, un bénévolat important, évitant les «campagnes négatives». A 45 ans, celle qu’on surnomme la «Zorro de l’immobilier» pourrait être élue maire de Berlin dans les prochaines semaines, grâce à une coalition formée d’écologistes et de sociaux-démocrates. Elle deviendrait alors la première bourgmestre de la capitale allemande à être issue de l’immigration.

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Une campagne fondée sur sa personne

En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, région surnommée «MeckPomm», Manuela Schwesig, la ministre-présidente sortante, une autre figure de la gauche, a réussi une remontada que personne n’aurait imaginée il y a un mois. On lui avait même prédit, pendant la campagne, la fin de sa carrière politique.

Bien qu’elle soit arrivée en deuxième position des élections de dimanche derrière l’AfD (Alternative für Deutschland), le parti d’extrême droite, la sociale-démocrate a rassemblé plus de 35 % des suffrages (deux points de moins que l’AfD). Elle peut se targuer d’avoir remporté une victoire éclatante, qui devrait finir de convaincre ses camarades du SPD de quitter les plateaux de télévision pour retourner activement sur le terrain.

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Tandis que ses camarades de Berlin, où avait lieu l’autre élection importante du week-end, atteignaient péniblement la barre des 12 %, elle a réussi à convaincre grâce à une campagne fondée sur sa personne, frôlant le culte de la personnalité. Et «la stratégie a très bien fonctionné», estime le politologue Wolfgang Schroeder, de l’Université de Cassel.

Selon les sondages, au moins la moitié des électeurs du SPD n’auraient pas voté pour le parti si Manuela Schwesig n’avait pas été la tête de liste. Elle a évité de mener une campagne frontale «contre l’AfD», mais s’est présentée comme une alternative à l’extrême droite, en focalisant son discours sur le maintien des emplois dans cette région désindustrialisée et sous-peuplée des bords de la mer Baltique. «J’ai parié sur une campagne thématique, surtout sur l’emploi», a-t-elle expliqué.

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Pressentie comme candidate à la chancellerie

Et elle est restée fidèle à ses convictions. Pendant que le candidat d’extrême droite caressait l’électorat dans le sens du poil, en préconisant l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine et le retour du gaz russe bon marché (qui arrivait autrefois dans le «MeckPomm», au terminal de Lubmin, par les pipelines Nordstream 1 et 2), Manuela Schwesig défendait l’aide militaire à Kyiv. Pas si évident dans une région de l’est de l’Allemagne où les avis prorusses et anti-Otan sont assez répandus. Mais elle a refusé de minimiser la responsabilité de Moscou : «Mes positions ne sont pas toujours populaires, mais je reste fidèle à mes convictions.»

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Après des semaines de campagne et d’explications, elle a sorti dans la dernière ligne droite une affiche sans équivoque contre l’extrême droite, clamant «une femme contre le bleu» («Frau gegen Blau»), couleur de l’AfD. Enfin, elle a pris ses distances par rapport aux réformes impopulaires du gouvernement fédéral, dont le SPD est partie prenante. Certaines de ses affiches ne portaient même pas le logo de son parti.

Avec un tel score, elle est en mesure de garder son siège de ministre-présidente, après neuf ans de mandat, en formant une coalition avec la gauche radicale (Die Linke) et les écologistes. Elle s’affirme aussi comme la nouvelle pièce maîtresse du SPD : Manuela Schwesig est pressentie comme potentielle présidente du parti et même comme la prochaine candidate à la chancellerie pour la gauche traditionnelle.

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Christophe Bourdoiseau, correspondant à Berlin
22/09/2026

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