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Blocus des lycées : de Paris à Nantes en passant par Orléans, Crest ou Die, «on souffre tous du manque criant de moyens»

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Des milliers de lycéens, épaulés par leurs professeurs et assistants d’éducation, ont bloqué ce mardi leurs établissements partout en France. En fin de journée, 440 personnes avaient été interpellées et 10 blessées. L’USL appelle à une reconduction des mouvements jeudi.

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Margaux Gable et Cécile Bourgneuf et Marine Dumeurger correspondante à Nantes et Ismaël Halissat et Antoine Pecquet
 29/09/2026 
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Une trentaine de CRS devant les grilles, une autre de l’autre côté de la route. Et, entre les deux, plusieurs centaines de lycéens. Ce mardi 29 septembre au matin, le parvis du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ressemble encore à celui de la veille. Des élèves bloquent leur établissement, épaulés par leurs professeurs, leurs assistants d’éducation et des camarades du lycée professionnel Frédéric-Bartholdi voisin. La situation se tend en fin de matinée. Des dizaines d’adolescents reçoivent du gaz lacrymogène et des agents de la BAC, en civil et sans brassard, procèdent à plusieurs interpellations.

Ce mardi, le mouvement lycéen s’est étendu dans toute la France, de Lille à Bordeaux en passant par Rennes, Orléans, Lyon ou Marseille. L’Union syndicale lycéenne (USL), principale organisation du secteur, avait appelé à des blocages dans tout le pays pour faire converger la mobilisation, partie une semaine plus tôt d’Ile-de-France, avec la journée de grève de la fonction publique. A la fin de la journée, l’USL revendiquait 400 lycées bloqués sur les quelque 3 700 que compte le pays, quand le ministère de l’Education recensait à la mi-journée 316 établissements «affectés», dont 40 bloqués. «En France, on n’a plus les moyens d’avoir des conditions d’apprentissage dignes», résumait le président de l’USL, Ryad Rani, en pointant les bâtiments vétustes, les classes surchargées et le manque de personnel.

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Drôme : À Die, une centaine de lycéens se sont mobilisés

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Une centaine de lycéens étaient rassemblés devant   la cité scolaire du Diois.  Photo Frédéric Garcia
Une centaine de lycéens étaient rassemblés devant la cité scolaire du Diois.  Photo Frédéric Garcia

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Les lycéens de Die ont aussi rejoint le mouvement national de la grève pour protester contre un manque général de moyens, la surcharge des classes et le nombre insuffisant de professeurs, ce mardi 29 septembre. Au plus fort de la matinée, une centaine de participants se sont rassemblés devant la cité scolaire du Diois pour faire entendre leurs revendications. Des barrières, ornées de pancartes, ont été installées devant l’entrée de l’établissement mais la présence des gendarmes a permis de maintenir un accès libre à la cité scolaire pour les collégiens et lycéens ne souhaitant pas prendre part à la mobilisation.

Dans une ambiance bon enfant, les jeunes ont alterné chants et danses pour donner de la visibilité à leur mouvement. Ils ont également organisé des déambulations au ralenti sur les passages piétons situés devant l’établissement, afin de gêner la circulation des véhicules sans enfreindre la réglementation. La mobilisation s’est passée dans le calme, pour attirer l’attention sur les préoccupations de la jeunesse.

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Crest : Les lycéens d’Armorin ont répondu à l’appel de l’intersyndicale : « Tout le monde ou presque joue le jeu »

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Comme un peu partout en France, les lycéens d’Armorin ont répondu à l’appel de l’intersyndicale, ce mardi 29 septembre, pour protester contre un manque général de moyens, la surcharge des classes et le nombre insuffisant de professeurs.
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Un petit groupe de lycéens est venu installer, dès cinq heures du matin, des palettes et pancartes contre les vitres du lycée.

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Il est presque huit heures, ce mardi 29 septembre, quand devant l’entrée de la cité scolaire Armorin, un petit groupe de lycéens convainc ses camarades à ne pas pénétrer dans l’enceinte de l’établissement. « On ne bloque pas vraiment. On invite juste à ne pas entrer », sourit Mahé,…

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«Moins de keufs + de profs»

A Nantes, environ 200 élèves bloquaient encore en début d’après-midi le lycée Gabriel-Guist’hau, établissement réputé du centre-ville, l’un des neuf concernés par des tentatives de blocage en Loire-Atlantique. Des poubelles jaunes barrent l’entrée sous une banderole : «Moins de keufs + de profs.» Les lycéens dénoncent des classes à 35 et le manque de personnel. Emma, 15 ans, a tout de même conscience du «luxe d’étudier dans un lycée du centre privilégié», mais veut, avec ses camarades, «porter la voix d’autres établissements en difficulté».

A Saint-Denis, c’est précisément ce fossé que décrivent les élèves de Paul-Eluard. Coupures de courant, équipements vétustes, professeurs non remplacés pendant des semaines, voire des mois : «On est délaissés parce qu’on est en banlieue. L’égalité des chances n’existe pas pour nous», déplore Niouma, en terminale et membre du conseil de la vie lycéenne.

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Les professeurs de Paul-Eluard sont à leurs côtés depuis le début du blocage, et c’est le cas un peu partout en France. A Orléans, la convergence se voit jusque dans la rue où plusieurs centaines de lycéens ont rejoint le cortège de l’intersyndicale de la fonction publique. La colère des fonctionnaires contre le gel de leurs salaires et celle des ados contre les horaires à rallonge et les classes bondées se sont fait écho dans les rues du centre-ville. «Avec les jeunes, on a une analyse commune sur les problèmes de l’école», résume Antonin Pennetier, du Snes-FSU Orléans. A la mi-journée, le ministère recensait 13,7 % d’enseignants grévistes dans toute la France, quand le Snes-FSU avance plus de 38 % parmi les enseignants et leurs collègues psychologues, conseillers principaux d’éducation ou accompagnantes d’élèves en situation de handicap.

A Bartholdi, voisin de l’établissement Paul-Eluard à Saint Denis, seule une poignée de professeurs travaillent. «J’ai rarement vu autant de profs en grève», constate la professeure d’arts appliqués Sarah Gaubert, élue CGT Educ’action. La colère des élèves du 93 rejoint celle des personnels. Car on souffre tous du manque criant de moyens.»

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«Violences lors des interpellations»

Cette colère se heurte depuis plusieurs jours à une forte présence policière devant certains établissements. En fin de journée mardi, les manifestations et blocages avaient donné lieu à 440 interpellations et fait 10 blessés parmi les élèves et les personnels, selon le ministère de l’Education nationale. «Ces violences sont inqualifiables […] rien ne peut les justifier», a dénoncé le ministre Edouard Geffray dans la soirée en citant notamment un professeur frappé dans le Nord, un proviseur blessé par un tir de mortier dans les Hauts-de-Seine, un professeur menacé de mort en Essonne et plusieurs personnels «pris pour cible» à Toulouse. La veille, 164 personnes avaient été interpellées. Une douzaine de lycéens, 8 personnels de l’Education nationale et 12 membres des forces de l’ordre avaient également été blessés. Des incidents qui «s’apparentent à des violences urbaines», selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Avec son homologue de l’Education, Edouard Geffray, il avait prévenu qu’en cas de violences ou de blocage total d’un lycée, les forces de l’ordre interviendraient.

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Six avocats, qui défendent des élèves interpellés, ont alerté dans un communiqué sur des «violences commises tant au moment de l’interpellation qu’au sein du commissariat». Le cas le plus grave actuellement connu s’est produit à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise). Un adolescent de 14 ans a été touché au visage par un tir tendu de grenade lacrymogène effectué à très courte distance, environ 1 mètre, par un policier. Diffusées sur les réseaux sociaux, les images de la scène montrent le jeune repoussé par l’agent qui tient le lance-grenades, puis frappé à la matraque par un autre policier. L’adolescent donne alors un coup de pied avant d’être atteint au bas du visage. Le parquet de Pontoise, qui a confié une enquête en flagrance à l’Inspection générale de la police nationale, indique qu’il a perdu de «nombreuses dents» et que l’étendue de ses séquelles n’est pas encore connue.

A Paul-Eluard, une interpellation a mis le feu aux poudres, «pour des faits qui ne se sont pas produits aujourd’hui […] alors que tout se passait bien», selon le député LFI Eric Coquerel, présent devant l’établissement. Un mouvement de foule s’est ensuivi, rapporte l’AFP, qui décrit des policiers équipés de boucliers frappant à plusieurs reprises des lycéens.

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La violence policière au cœur des contestations

«On condamne toutes les violences, notamment les violences policières, insiste Ryad Rani de l’Union syndicale lycéenne. On parle d’élèves entre 15 et 18 ans, de jeunes qui sont en colère et qui ont des revendications légitimes. Aujourd’hui, la seule réponse du gouvernement, c’est de nous envoyer des forces de l’ordre.»

Les critiques dépassent les organisations lycéennes. La FCPE, principale fédération de parents d’élèves du public, dénonce un usage «clairement disproportionné et quasi systématique de la force publique» et des interpellations «préventives, collectives et indifférenciées». Les syndicats enseignants de la FSU condamnent des «interventions violentes sans discernement». La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, résume : «Ce qu’ils demandent, c’est des tables, des chaises, des enseignants, et on leur répond en leur envoyant des forces de l’ordre.» L’USL appelle à une reconduction des mouvements jeudi.

Devant Paul-Eluard, Eric Coquerel assume le soutien LFI, pas la paternité du mouvement. «C’est notre rôle de soutenir des mobilisations qui vont dans le sens de ce qu’on veut faire l’an prochain», explique le député. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a lui aussi été accusé de participer aux débordements après la diffusion lundi d’une vidéo le montrant avec une poubelle en feu devant Bartholdi. Une séquence plus longue retrouvée par CheckNews montre au contraire le maire la déplacer pour l’éloigner des grilles. «Ma construction personnelle est le fruit de ça, des fake news, des mensonges», réagit-il.

Ryad Rani y voit une manière de discréditer le mouvement en le ramenant à LFI. «On essaye de nous décrédibiliser en disant qu’il y a des éléments de l’ultra-gauche qui rentrent dans les mouvements.» Le président de l’USL ne refuse pas pour autant le soutien des élus. Mais, insiste-t-il, «ça reste une mobilisation lycéenne par les lycéens et pour les lycéens».

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