Planète
Climat
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Marche pour le climat : « On veut vivre, pas survivre »
Après un été éprouvant, rythmé par les vagues de chaleur et les incendies, et à quelques mois de l’échéance présidentielle, les mobilisations pour le climat ont rassemblé 100 000 personnes dans plus de 250 communes en France, selon les organisateurs. Reportage à Lyon et Paris.
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À Lyon, ville dirigée par un exécutif écologiste, des dizaines d’associations, des intersyndicales et des partis de gauche et d’extrême gauche ont rejoint la mobilisation, avec un slogan phare : « On veut vivre, pas survivre. » Après un été marqué par plusieurs épisodes de chaleur intense et une sécheresse persistante, les organisateurs ont donné la parole à des personnes directement exposées aux effets du dérèglement climatique.
« Les responsables politiques sont là pour nous écouter et faire ce qu’on leur demande. On ne vote pas pour qu’ils puissent avoir leur petit siège ou faire leur petite vie. Ils sont là pour mettre en œuvre une ville respirable pour toutes et tous, poursuit Karima. Organisons-nous face à ce que nous subissons, face au fascisme, face au racisme, face à l’exclusion. »
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« On les connaît, les solutions »
Dans la capitale rhodanienne comme dans plus de 250 communes de France, les cortèges ont défilé sous une même bannière conjuguant « le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». Léo, de l’intersyndicale Solidaires, réclame des mesures pour « la santé et la sécurité » ainsi qu’une taxation des plus gros pollueurs. La Coordination nationale des mineur·es isolé·es dénonce, elle, la fermeture par la métropole, passée à droite aux élections municipales de mars, de deux lieux d’hébergement d’urgence qui accueillaient cent deux jeunes.
La mobilisation entend aussi interpeller directement les responsables politiques. Militante d’Alternatiba venue de Villefranche-sur-Saône, Gaëlle Nourry-Gardien défend la nécessité de « changer le système, pas le climat ». « On est entrés en période de présidentielle. Tous les citoyens et toutes les organisations qui sont là sont légitimes à demander et à exiger des mesures concrètes, rapides. Ça fait des années qu’on les demande. On les connaît, les solutions », explique-t-elle à Mediapart, précisant que l’association mène campagne contre l’extrême droite.
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Parti de Jean-Macé, le cortège remonte l’avenue Jean-Jaurès, l’avenue de Saxe et le cours Lafayette dans une ambiance familiale avant de rejoindre les quais du Rhône. La présence policière est, selon plusieurs participants qui ont pris part aux deux rassemblements, bien différente de celle de la manifestation de la semaine précédente contre le « permis de tuer ».
Le lien entre urgence climatique et conditions de vie est très présent. Salomé Kara, 27 ans, militante de Locataires ensemble, résume : « La justice climatique doit être une justice sociale, parce que lutter contre la crise climatique, c’est aussi agir pour nos logements, nos quartiers et les conditions de vie de celles et ceux qui y habitent. »
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Si les manifestant·es se réjouissent surtout de se retrouver en nombre, plusieurs personnes interrogées par Mediapart placent peu d’espoir dans la prochaine échéance politique.
Gaëlle, mère de famille venue avec son mari, ses deux enfants, des amis et des collègues, n’en attend « pas grand-chose ». Cette habituée des marches pour le climat estime que « l’écologie devrait être un sujet central, parce qu’on n’a pas de deuxième planète et que c’est le futur de nos enfants, mais cela ne l’est pas, malheureusement ».
Un peu plus loin, Babacar Ndiaye, étudiant de 20 ans, s’apprête à voter pour la première fois à une élection présidentielle, sans croire que le scrutin puisse réellement changer les choses. « Malheureusement, l’écologie n’a pas la place qu’elle mérite dans le débat public. Certains empires économiques parviennent à contrôler les débats de société. Les enjeux écologiques, économiques et sociaux, notamment la question de la répartition des richesses, sont pourtant centraux », estime-t-il.
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Dire son angoisse et sa colère
À Paris, visite du pape oblige, la marche climat a été réduite à un rassemblement statique place de la République. Moins dense qu’à la Concorde, la foule – quelques milliers de personnes, plutôt jeunes – n’en était pas moins déterminée à se faire entendre. « La planète vous la voulez bien cuite ou à point ? », brandit une jeune femme au milieu de pancartes dénonçant l’inaction d’Emmanuel Macron sur le climat ou la dette écologique laissée aux générations futures.
« C’est un peu dommage qu’on n’ait pas pu défiler dans Paris, cela aurait plus d’impact », regrette Angèle, 20 ans, étudiante en droit qui se réjouit néanmoins de voir sur la place « tous ces jeunes et mêmes des familles avec des enfants ». Se disant depuis longtemps intimement angoissée par le dérèglement climatique, elle trouve que la classe politique dans son ensemble n’a pas encore saisi l’urgence. « Cela reste trop souvent au second plan, même à gauche. Mais pour ma génération c’est vital. Moi j’essaie de changer mon comportement autant que possible : je ne prends plus l’avion, par exemple, mais l’échelle individuelle ne suffit pas. Pour contraindre les grandes entreprises polluantes, il faut des décisions politiques. »
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Venue avec elle, son amie Emma, 19 ans, avoue sa colère contre une classe politique qui n’a pas su éviter le désastre écologique en cours. « Quand j’étais à l’école primaire, on nous expliquait qu’il ne fallait surtout pas dépasser 1,5 °C de réchauffement climatique et là j’ai 19 ans et on les a déjà dépassés », s’étrangle-t-elle.
« Pas militantes, pas encartées », les deux amies assurent qu’il faut un « changement radical » et voteront à la prochaine élection sans se poser de question pour LFI, qu’elles estiment être le parti le plus cohérent sur l’écologie. « Parce que l’écologie sans lutte des classes c’est du jardinage », dit Angèle en riant.
Pierre, 61 ans, cadre, a toujours été « concerné par l’écologie, mais c’est vrai que ce qu’on a vécu cet été à Paris dans nos logements ç’a été affreux », raconte-t-il, évoquant sa voisine sous les toits qui faisait des crises de panique avec les chaleurs extrêmes. « À Paris, beaucoup de choses ont changé sur la voiture, la pollution de l’air. C’est quand même beaucoup mieux, donc on peut agir », assure celui qui se dit historiquement proche du Parti socialiste mais ne sait pas très bien pour qui il votera au printemps prochain.
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Armée d’une petite pancarte « Climat, biodiversité = nos priorités », Laura, 29 ans, explique manifester aujourd’hui « pour la première fois ». « Cet été a été terrible. Il y a quatre ans, j’ai déjà vécu chez ma mère les incendies en Gironde. Ce sont des traumatismes. Là, j’ai vraiment senti qu’il fallait que je manifeste pas juste pour dire ma peine, mon angoisse, mais aussi ma colère », explique la jeune femme qui travaille dans une entreprise de réinsertion. Elle aussi attend que l’ère Macron avec son bilan « inexistant sur le climat » se termine. « Si je regarde les programmes, c’est celui de LFI qui est le plus ambitieux pour l’écologie », conclut la jeune femme alors que Jean-Luc Mélenchon vient d’arriver sur la place, flanqué de Mathilde Panot et Rima Hassan.
Après avoir discuté avec les militant·es d’Attac, et avant de rejoindre les militant·es de Vitry en lutte contre le nouvel incinérateur dans leur ville, l’insoumis, seul candidat à l’élection présidentielle aperçu par Mediapart à Paris (Marine Tondelier était à Arras, dans le Pas-de-Calais), s’arrête quelques instants pour expliquer sa présence. « Les vieilles plaques tectoniques sont en train de bouger : l’écologie politique a complètement refondé l’idéal de la gauche. Et là-dessus la droite n’a rien à proposer ! », assure celui qui reconnaît sa propre évolution sur le sujet.
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Sera-t-il possible d’inviter le climat à la table de la discussion budgétaire qui va s’ouvrir ? « Le gouvernement n’est prêt à aucune concession. Tout cela est une blague », balaie-t-il en comptant sur ses doigts les mois qui restent jusqu’à l’élection présidentielle. Il se félicite des mobilisations qui allient aujourd’hui l’écologie et le social et qui ont lieu un peu partout sur le territoire. « Comme en 1936, il y a eu cette énorme vague de mobilisation après la victoire du Front populaire », s’enflamme-t-il, même si à Paris, la marche pour le climat n’a rassemblé que quelques milliers de personnes. (…)
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Dans toute la France, des milliers de manifestants pour le climat : « J’aurais aimé qu’on soit plus nombreux, après l’été que l’on vient de passer»
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De Bordeaux à Paris, en passant par Rennes ou Die, 120 000 personnes, selon les organisateurs, ont pris part à 260 rassemblements « pour le climat, pour le vivant, pour la paix, pour la justice sociale ».
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Raphaëlle Besse Desmoulières, Benjamin Keltz et Angela Bolis
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« Votre Terre, vous la préférez bleue, saignante ou bien cuite ? », « Rejoignez le côté vert de la force », « Moins d’actionnaires, plus de Canadair », « Cuisson à l’étouffée »… Les canicules de cet été n’auront pas ôté le sens de la formule aux militants pour l’environnement qui ont défilé un peu partout en France, samedi 26 septembre. De Bordeaux à Paris, en passant par Rennes ou Die (Drôme), ils ont été des milliers – 120 000, selon les organisateurs – à se mobiliser « pour le climat, pour le vivant, pour la paix, pour la justice sociale ».
Plus de 260 rassemblements étaient annoncés à travers le pays. A Montpellier, la police a dénombré 2 000 personnes, 500 à Marseille. A Clermont-Ferrand, la marche a été interrompue par une voiture qui a forcé le cortège et fait quatre blessés légers. Dans la capitale, les manifestants se sont entassés sur une petite partie de la place de la République. En raison de la visite du pape, le défilé prévu s’est transformé en rassemblement statique en fin d’après-midi. La sono, peu audible au-delà des premiers rangs, laissait les discussions s’épancher sur ces mois de mai, juin, juillet et août, où les thermomètres se sont affolés alors que des forêts partaient en fumée.
Ancienne des Marches pour le climat, qui ont connu leur apogée à la fin des années 2010 avant de refluer, Elisabeth Le Coënt ne s’était plus mobilisée depuis un moment, mais cette fois, impossible de rester chez elle. Pendant la canicule de juin, son fils a eu un coup de fièvre à cause de la chaleur. « Il faut se rebouger », lance la directrice de production de 42 ans. Pourtant, elle se désespère de voir l’apathie qui règne autour d’elle. « Dans ma copropriété, les gens ont peur de faire une rénovation thermique, ils pensent que ça ne permettra pas de lutter contre la chaleur, voire que ce sera encore pire…, se désole-t-elle. Il y a tellement de désinformation. »
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Si beaucoup étaient, comme elle, dans les précédentes manifestations pour le climat, d’autres les découvrent. Enveloppée dans une couverture de survie, Frédérique, qui a souhaité rester anonyme comme les autres personnes citées par leur prénom, est venue de Meudon (Hauts-de-Seine). « Je suis une mamie en colère. “Qui aurait pu prédire ?”, a déclaré le président de la République [Emmanuel Macron]. Mais ça fait cinquante ans qu’on le dit ! », s’exclame la retraitée de 72 ans. Celle qui affiche son vote pour l’écologiste René Dumont à la présidentielle de 1974 aimerait que « les gens réagissent, en particulier les jeunes ». C’est ce qu’a fait Marine, graphiste textile de 29 ans, pour qui c’est aussi une première. Mais elle se dit déçue. « Il n’y a pas autant de monde que j’espérais, soupire-t-elle. J’aurais aimé qu’on soit plus nombreux, après l’été que l’on vient de passer ! »
A Rennes, Joachim, 7 ans, marche dans le paisible mais dense cortège rassemblant quelque 5 000 manifestants. Grand sourire, il agite fièrement sa pancarte : « Egalité entre tous les êtres vivants, même les vers de terre ». Sa mère, Elise Robouant, 41 ans, affiche une mine plus grave. Habituée à participer aux mobilisations sociales, elle ressent « plus que jamais le besoin » de marcher pour le climat : « Il y a urgence. La succession de vagues caniculaires a provoqué chez moi une écoanxiété dont je ne suis pas vraiment sortie. »
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« Un plan Marshall pour le climat »
Traductrice en reconversion pour devenir institutrice, elle a été « choquée » par l’impact des vagues de chaleur en Bretagne : fermetures d’écoles, nuits tropicales éprouvantes, arrêts de certaines industries, menaces de coupure d’eau… « Ceux qui ont cru que la région était un refuge climatique se sont trompés. Le mythe est tombé. La Bretagne est moins bien préparée que d’autres territoires pour affronter les crises climatiques », insiste Elise Robouant.
A Die aussi, on se remet à peine des frayeurs de l’été. Environ 600 personnes ont défilé dans cette petite ville drômoise de 5 000 habitants. Sous un soleil encore plombant en ce début d’automne, la petite foule a déambulé au son d’une chorale et d’une fanfare, derrière deux tracteurs de la Confédération paysanne. Face aux manifestants, la montagne de Justin, roussie par les flammes, ravive le souvenir de l’incendie qui a ravagé plus de 4 500 hectares dans les monts du Diois en juillet, marquant fortement les esprits.
Ces événements ont servi de déclencheur pour Florian, ingénieur en rénovation énergétique de 29 ans : « Quand on voit les flammes descendre des montagnes quasiment jusque sur nos maisons, d’un coup, ça devient très concret, on est touchés dans sa chair. » Serge, menuisier de 58 ans, habitant d’un village voisin, a vécu une semaine dans les panaches de fumée, et trois mois avec des restrictions d’eau potable. « On voit les effets des sécheresses partout, sur l’eau, la végétation, les vignes, les feux… Aujourd’hui, on ne peut plus faire l’autruche et reporter la charge aux générations suivantes », estime-t-il.
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Ils sont nombreux à penser que l’action du gouvernement n’est pas à la hauteur, alors que la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, doit remettre, le 30 septembre, au premier ministre, Sébastien Lecornu, ses propositions pour accélérer l’adaptation au changement climatique. Frédérique, la « mamie en colère » de la place de la République, n’en attend pas grand-chose. Pour elle, il faut changer d’échelle avec « un plan Marshall pour le climat ». François et Gaëlle, eux, Rennais de 67 ans et 64 ans, en veulent au chef de l’Etat, Emmanuel Macron. « En 2017, beaucoup pensaient que cet homme politique, jeune, incarnant un centre gauche technico-écolo, pourrait conduire les virages nécessaires à notre société… Il a échoué », déplorent-ils.
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« Un sentiment d’impuissance »
Quant à la présidentielle de 2027, elle ne soulève pas d’enthousiasme chez les personnes interrogées alors que certains candidats ont fait le déplacement. Jean-Luc Mélenchon était à Paris quand Marine Tondelier a défilé avec son nouveau-né à Arras.
« La présidentielle, je n’en attends pas grand-chose, glisse Marine, la graphiste textile croisée à Paris. Quelles promesses seront tenues ? Les changements ne viendront pas de là… » Elle ira tout de même voter, a priori, pour le chef de file de La France insoumise, car « c’est celui qui a le plus de chances d’accéder au second tour ».
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Sur la place de la République, les militants de l’« insoumis » ne ratent pas une occasion de glisser dans les mains des manifestants un tract à son nom. « C’est le seul qui a un programme écolo, juge Guilhem, Lyonnais de 47 ans, en week-end dans la capitale, qui se définit plutôt au centre. Le souci, c’est qu’il est très problématique par ailleurs… »
Et maintenant ? Comment continuer à se faire entendre quand les prix des carburants explosent et que les questions de pouvoir d’achat dominent tout ? Quelles suites donner au mouvement ? « Nos enfants tentent de nous convaincre qu’on peut encore agir en votant ou en manifestant, mais on éprouve un sentiment d’impuissance », souligne Donat, intermittente du spectacle de 49 ans, venue battre le pavé à Rennes avec Wendy, 47 ans. Les deux amies songent désormais à « muscler » leur engagement : « Défiler gentiment dans la rue, est-ce suffisant ? On doit trouver d’autres formes d’engagement. »
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