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« Défendre les fleuves, les rivières et l’océan, c’est défendre les relations dont nous sommes faits »

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L’Atrato en Colombie, le Saint-Laurent au Québec, la Seine, la Creuse, la cascade du Végay dans les Alpes Maritimes… Les initiatives locales pour reconnaître des droits à la nature se multiplient. Ce 25 septembre, élu·es, parlementaires et représentant·es de fleuves français et internationaux se réunissent pour sceller une alliance des fleuves et des rivières. Politis publie en exclusivité leur «Déclaration d’interdépendance des sources à l’océan».

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Collectif •
25 septembre 2026

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« Défendre les fleuves, les rivières et l’océan, c’est défendre les relations dont nous sommes faits »

Matt Benson / Unsplash

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Nous, humains, sommes les incarnations récentes et singulières d’une histoire commune du vivant. Une odyssée longue de plus de 3,8 milliards d’années, au cours de laquelle les formes de vie n’ont cessé de se différencier sans jamais cesser d’être liées. Des sources aux nuages, des glaciers jusqu’à l’océan, l’eau rend cette interdépendance sensible. Elle circule entre les corps et les milieux, entre l’amont et l’aval. Là où les nations tracent des frontières, l’eau relie les peuples. Elle nous habite sans nous appartenir.

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Notre existence ainsi que notre santé dépendent d’innombrables autres existences.

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Car ce ne sont pas les humains qui rendent le monde habitable. Notre existence ainsi que notre santé dépendent d’innombrables autres existences. Notre liberté elle-même repose sur des relations que nous n’avons pas choisies et dont nous ne pouvons nous extraire sans nous meurtrir. Reconnaître cette interdépendance ne nous diminue pas ; elle nous révèle au contraire comme des êtres capables d’affecter et d’être affectés.

Une certaine vision du monde, érigée par la culture occidentale en modèle universel, s’est construite sur une fiction inverse : celle d’un être humain capable de s’arracher à la terre. L’eau est alors devenue ressource, marchandise, service. Mais un fleuve ne peut être réduit à une voie de transport, une rivière à une source d’énergie, ni l’eau à une ressource à partager. Nous en voyons aujourd’hui le résultat : des peuples et des milieux fracturés, déroutés ; des eaux accaparées ou polluées ; des continuités rompues ; des communautés vivantes empêchées.

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Ce que la rupture entre nature et culture voulait tenir à distance – les épreuves inhérentes à la condition terrestre – nous frappe désormais sous la forme de mille rétroactions. La sécheresse et les inondations nous apprennent qu’à trop vouloir maîtriser l’eau, son cycle nous échappe. L’effondrement du vivant nous enseigne que le monde que nous vidons de ses autres habitants devient aussi inhabitable pour nous. Et le dérèglement climatique achève de dissiper l’illusion de l’indépendance : l’atmosphère elle-même s’impose à nous comme un espace diplomatique où les actes de chacune et chacun engagent les conditions d’existence de tous.

L’interdépendance n’est donc ni une métaphore, ni une valeur alternative (…) puisqu’elle est la condition matérielle de nos existences.

L’interdépendance n’est donc ni une métaphore, ni une valeur alternative que nous choisirions d’adopter en tant que société, puisqu’elle est la condition matérielle de nos existences. C’est donc cette condition commune que nous choisissons aujourd’hui de reconnaître et de déclarer. Il ne s’agit pas d’affirmer un concept abstrait d’unité, mais de faire de l’interdépendance une pratique concrète d’alliance.

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Entrelacement dans l’altérité

Nous choisissons de faire de notre interdépendance biologique une confluence politique et une alliance affective.

Cette alliance n’exige ni uniformité ni effacement de nos différences. L’interdépendance est au contraire un entrelacement dans l’altérité. Elle nous oblige à penser la relation entre des êtres, des peuples et des mondes qui demeurent libres et singuliers. Elle est une pratique diplomatique, pour maintenir les liens entre eux sans prétendre les réduire à un langage unique.

Droits de la nature, Pachamama, famille de la Terre, solidarité écologique, parlements de rivières ou conseils de gardiennes et gardiens : ces conceptions et cosmovisions peuvent se rencontrer et faire alliance autour d’une même exigence : préserver les relations dont dépend la possibilité de vivre ensemble à une échelle plus qu’humaine.

Sur le même sujet : Marine Calmet : « Le mouvement des droits de la nature offre une alternative au capitalisme »

C’est dans cette perspective que nous affirmons que le droit d’exister, le droit à la santé, à la dignité et la recherche du bonheur ne peuvent être durablement pensés comme des prérogatives humaines, individuelles et solitaires, car elles sont par essence collectives et dépendent de la capacité des autres êtres et des milieux à exister, eux aussi, dans la plénitude de leurs relations et de leurs manières d’habiter.

Des sources jusqu’à l’océan, nous choisissons donc de faire de notre interdépendance biologique une confluence politique et une alliance affective. Et de reconnaître que défendre les fleuves, les rivières et l’océan, ce n’est pas défendre ce qui nous entoure : c’est défendre les relations dont nous sommes faits.

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Signataires

Philippe BORÉ, président de Maiouri Nature Guyane
Dominique BOURG, professeur honoraire, Université de Lausanne
Valérie CABANES (présidente) et Marine CALMET (directrice) de Wid Legal
Sarah CHOURAQUI, directrice générale de Wings of the Ocean
Daniel DELESTRE, Sepanso Aquitaine
Natalia DUFRAISSE CASTRO, Sauvegardons Razac et le bassin de la Côle
Lamya ESSEMLALI, présidente de Sea Shepherd France
Rémi FÉRAUD, sénateur de Paris
Jérémie GODET, vice président de la Région Centre-Val-de-Loire
Antoine GUILLOU, adjoint en charge de l’Axe Seine et des canaux de la Ville de Paris
Suzanne HUSKY, artiste
Rodolphe LANDEMAINE, Eva BOUILLARD, Fonds Demain sur Terre
Maryuyry Mosquera, gardienne du fleuve Atrato, Colombie
Claire NOUVIAN, Bloom
Mathilde OLLIVIER, sénatrice représentant les Français·es établi·es hors de France
Aurélien PÉROUMAL, pour l’Alliance des Lacs
Sébastien PEYTAVIE, député de la 4e circonscription de Dordogne
David REDON, pour l’Appel de la Vienne
David REDON, pour le Parlement de l’Isle, président du SIETAVI (Syndicat rivière Isle)
Anthony SALOMONE, maire d’Aiglun (06)
Yenny VEGA CARDENAS, présidente, Observatoire international des droits de la Nature, Canada
Claude VEYRET, administrateur Biovallée de la Drôme, administrateur de Écologie au Quotidien Rhône Alpes

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https://www.wildlegal.eu/asso

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Le collectif Wild Legal propose régulièrement son aide aux campagnes de plaidoyer portées par ses partenaires, et en impulse lui-même dans le cadre de ses travaux de fond relatifs à l’urgence bioclimatique, au crime d’écocide et aux dispositions relatives à la protection des écosystèmes. ​

A l’image de nos travaux législatifs, ces campagnes de plaidoyer, indépendantes et non-encartées, sont systématiquement proposées dans une démarche transpartisane au service du débat public.

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L’école.

Un laboratoire d’idées voué à accompagner celles et ceux qui participent ou s’intéressent à la découverte, à la recherche, à l’enseignement, à la formation et à la vulgarisation des droits de la Nature sur nos territoires.

 

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