L’actrice Sara Montpetit, à pas de loup
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La Québécoise, qui fut militante lycéenne façon Greta Thunberg, trace sa route avec un enthousiasme siffloteur.
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Bien avant que les médias canadiens ne suivent cette rassembleuse de 17 ans, âme du collectif pro environnemental Pour le futur, organisant des marches hebdomadaires à Montréal jusqu’au «burn-out militant». Bien avant que son visage de Blanche-Neige, plus préraphaélite que caricatural Disney, n’apparaisse pour la première fois sur les écrans, en Maria Chapdelaine. Bien avant encore qu’elle n’aimante la caméra de Charlotte Le Bon en adolescente magnétique dans Falcon Lake. Bien avant d’incarner aujourd’hui une conseillère funéraire à la timidité espiègle, poussée par une copine à participer au concours de Miss Amor dans Un grand raccourci… Il était une fois Sara Montpetit, haute comme trois pommes, spectacle de fin d’année, sur scène en Petit Chaperon rouge à croquer : «Grand-mère que vous avez de graaandes dents !» A la représentation suivante, il lui a suffi de réapparaître en compère le loup pour que tire la chevillette et la vocation cherra.
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Elle marque un imperceptible temps d’arrêt, sourit, s’approche en observant dans le même mouvement et décide d’embrasser sur les deux joues avant de s’éclipser. Le temps de boucler la séance prises de vue, on se remémore à son sujet les mots d’Armand Foëx, coréalisateur avec Clément Devilliers d’Un grand raccourci. «On l’a rencontrée il y a quatre ans, par visio. Elle venait de prendre des billets pour Paris, ses dates coïncidaient avec celles d’un court métrage qu’on s’apprêtait à tourner.» De la date le noyau dur de l’équipe figurant au générique d’Un grand raccourci. «Sara découvrait Paris, explique Armand Foëx, et nous, on découvrait son empathie dans toute discussion, sa façon intériorisée de ressentir les choses.» Et de préciser : «Elle analyse tout ce qui se passe autour d’elle. Ce qui donne cette impression de retenue. Au fil des rôles qu’elle a obtenus, entre le Québec et la France, ce n’est plus la Sara qu’on a connue. Elle ne cesse d’évoluer, tout en gardant cette part de mystère qui fait sa force.» Bientôt à l’affiche du premier long métrage de Brigitte Poupart, elle sera Anna, 18 ans, demandant l’aide médicale à mourir. Dans Faux Gun Bandit de Rémi St-Michel, en sélection au festival de Toronto, elle campe une accro au crack, complice indirecte d’un braquage.
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Elle revient s’asseoir à la table de cuisine du studio photo, appartement au cœur du Marais, parquet, murs bleu denim. Elle a tilté sur un portrait de David Lynch, taisant au photographe qu’elle aime promener son œil à travers un viseur. «Moi ? En cinq dates ?» Elle cherche une réponse dans le motif à fleurs de la toile cirée japonaise : «Je suis nulle en dates. Il y en a tellement. Précisément, je dirais naissance de ma petite sœur Emma.» Les sensations lui servent de marque-pages. «Le jour où j’ai décroché le rôle de Maria Chapdelaine, j’étais à l’école, il s’est mis à neiger. A Montréal, ce n’était encore pas le temps de la neige. Ce devait être en octobre, novembre.» On insiste «quelle année ?» en se marrant elle réplique : «J’ai l’impression que tu vas faire mon tarot astral ! Je suis vierge ascendant sagittaire lune en taureau.» L’avant et l’après Covid-19 pour repères, elle retient surtout les rencontres ricochets. «La plus marquante est celle avec Charlotte Le Bon que je considère comme ma grande sœur.» Il y a aussi le duo Armand et Clément. Et en 2025, le festival francophone du film d’Angoulême invite une délégation québécoise, Sara Montpetit est membre du jury qui compte aussi l’ex-directrice de Télérama, Fabienne Pascaud. «Je blaguais avec elle. Je voyais bien qu’elle était hyperpointue en culture, mais j’ignorais son parcours. Elle m’a demandé si je pensais au théâtre, mon rêve absolu.» Faute de projet et sans un radis, elle distribue ses CV cherchant un job d’ouvreuse dans les théâtres parisiens. Rien ne vient. Elle se résout «gênée» à solliciter Fabienne Pascaud qui la présente à Frédérique Lazarini mettant en scène l’Ecole des femmes. «On n’étudie pas ce classique au Québec, je n’avais jamais appris d’alexandrins de ma vie, ni entendu leur rythmique.» Trois jours, trois nuits à répéter la scène du balcon pour l’audition, hurlant d’angoisse, la tête plongée dans l’oreiller à l’idée de se louper. «J’étais tellement concentrée le jour J que j’ai dit mon texte sans aucune corporalité. J’ai quitté la scène en mode c’est mort.» Elle est retenue. Après une cinquantaine de représentations depuis février dernier, dont cet été à Avignon, la comédienne renoue avec le rôle d’Agnès mi-septembre à Paris.
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Pas un jour sans qu’elle ne sifflote comme un gavroche. L’oiseau des Laurentides cherche un nid parisien «à moins de 1 000 euros par mois». Son sac à dos dont elle ne se dépare jamais contient plein de gris-gris. Si elle refuse de dire le nom de son amoureux, c’est par une superstition qu’elle qualifie «d’encombrante». Elle la tient de sa mère Laura, aux racines argentines qui a quitté Buenos Aires et l’hyperinflation à 26 ans pour Montréal. Petits boulots, rencontre avec Paul, québécois, professeur de tango à la Tangueria, «l’une des plus anciennes écoles de tango argentin de Montréal». Paul et Laura enseignent «toujours» la danse ensemble, «habitent séparément» et vivent depuis toujours «chichement de leur passion». En primaire, la petite Sara est perçue comme «la Bizarre» qui chante toute seule à la récré. «Les parents me surnommaient “Télégaga”, je regardais tout le temps la télé, ça remplissait le monde intérieur parallèle dans lequel je me suis construite.»
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De son père, elle tient la chevelure de jais, les traits, la culture musicale et cinématographique éclectique. Le Petit Chaperon rouge pratique la danse classique, avant de choisir le patinage artistique. Ado, elle recouvre les murs de sa chambre de posters de groupes musicaux dont elle se fiche éperdument, simplement pour imiter les filles du collège. Comme ses parents, elle s’habille dans les friperies, porte des robes avec des pompes de cow-boy. A l’école Robert-Gravel, section théâtre, la rêveuse est rattrapée par l’éco-anxiété de son entourage. Sa grand-mère maternelle lui parle de la militante écologique Greta Thunberg. Sara Montpetit initie le mouvement au lycée, sous la bannière Pour le futur. «Ça m’a fait grandir en fois deux, et appris à travailler collectivement.» Elle bûche les discours, le tracé des marches, répond aux médias. «On a commencé par la moitié du lycée en février, Greta Thunberg a défilé avec nous huit mois plus tard, nous étions des milliers.» Mais la dynamique s’enraye. «Jalousies, postures radicales dans lesquelles je ne me reconnaissais pas. J’ai quitté le mouvement au bout d’un an, désabusée. Suivre ses désirs, ses passions, c’est aussi une forme de militance.»
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Sara Montpetit,
8 septembre 2001 Naissance à Montréal.
1er mai 2010 Naissance de sa sœur, Emma.
Juillet 2021 Tournage de Falcon Lake (Charlotte Le Bon).
12 août 2026 Un grand raccourci (Clément Devilliers et Armand Foëx).
Du 17 septembre au 24 octobre L’Ecole des femmes, mise en scène de Frédérique Lazarini.
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Caroline de Bodinat le 02 septembre 2026