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 Climat
Analyse

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«Le monde politique est un peu déphasé» : comment Jean-Marc Jancovici veut peser sur la présidentielle par le biais d’une initiative citoyenne

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L’ingénieur expert du climat lance, samedi 19 septembre à Paris, une sorte de convention constituée de représentants de la société civile, mais sans l’Etat. Jusqu’en février, 150 Français vont plancher sur la transition écologique dans l’espoir d’infléchir les débats électoraux.

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Election présidentielle 2027
Dossier
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Jean-Marc Jancovici le 4 décembre, à Paris. 
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Anaïs Moran
 19/09/2026
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Des citoyens réunis pour «se retrousser les manches» et faire de l’écologie une priorité de la présidentielle 2027. Tel est le dessein du projet «Un commun accord», la toute dernière initiative de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, influent fondateur du think-tank The Shift Project, qui œuvre depuis plus de quinze ans pour inscrire la transition énergétique à l’agenda des pouvoirs économiques et politiques.

Ce week-end des 19 et 20 septembre, 150 représentants de la société civile – tirés au sort par l’institut de sondage Toluna Harris Interactive – se retrouvent pour la première fois au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris, pour enclencher une série de travaux sur les «solutions» à proposer dans un monde confronté aux limites planétaires et bouleversé par le changement climatique. Leurs conclusions doivent être rendues en février. «Notre monde politique est un peu déphasé par rapport à la réalité physique, juge Jean-Marc Jancovici. Pour passer à l’action […], nous avons besoin de décisions collectives.»

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McFly, Carlito et la présidente de l’Académie des sciences

Les organisateurs assurent que les 150 citoyens, soutenus par un cortège de guest-stars hétéroclite allant des youtubeurs McFly et Carlito à la présidente de l’Académie des sciences Françoise Combes, incarnent «la diversité des besoins et attentes de la population». Cet été, 200 000 numéros de téléphone ont été composés au hasard afin de constituer le panel. Le groupe compte 48 % d’hommes et 52 % de femmes, représente toutes les régions françaises et couvre une tranche d’âge allant de 17 à 80 ans.

Concrètement, l’assemblée siégera durant six week-ends en tout pour plancher sur les «grands dilemmes» d’aujourd’hui. Du genre : «Comment fait-on pour préserver un air respirable et limiter la pollution dans les villes sans restreindre la liberté de circulation des gens ?» Puisque les enjeux écologiques sont par essence transversaux, les débats aborderont des sujets aussi variés que l’agriculture, les transports, le pouvoir d’achat, la santé publique…

Dans un premier temps, l’équipe du projet soumettra une «liste de dilemmes» (qui pourra être un temps amendée par le grand public par le biais d’une plateforme), mais certifie que l’assemblée restera, in fine, seule décisionnaire des thèmes traités. Pour éclairer les discussions, des spécialistes interviendront auprès des 150 citoyens, parmi lesquels l’économiste Selma Mahfouz, le biologiste Marc-André Selosse et la climatologue Valérie Masson-Delmotte. «C’est une occasion d’empêcher l’invisibilisation du sujet pendant cette présidentielle. Solliciter le grand public, c’est aussi un moyen de créer un sursaut collectif», souligne cette dernière.

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L’objectif final de cette consultation sera de porter les propositions définitives au cœur du débat électoral pour inciter les candidats à les examiner. Afin de peser dans la présidentielle, les organisateurs espèrent fédérer un million de personnes par le biais de leur cagnotte en ligne, invitant le plus grand nombre à verser un euro symbolique (à ce jour, plus de 185 000 personnes ont contribué). «Tout le monde essaie de faire des choses car tout le monde constate les limites énormes du côté des politiques. Ces initiatives sont lucides sur la difficulté des partis et des candidats et sur l’impasse de chercher à cliver plutôt qu’à agréger», analyse la directrice générale d’Oxfam France et ex-ministre écologiste, Cécile Duflot, qui a elle-même colancé, au début du mois, «Points communs», une plateforme destinée à recueillir les «contributions citoyennes» sur différents sujets sociétaux.

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Aller «au bout du contrat moral»

Sur le fond comme sur la forme, le projet rappelle fortement la Convention citoyenne pour le climat, mise en place en 2019 par Emmanuel Macron. Durant neuf mois, 150 Français tirés au sort, et accompagnés dans leurs échanges par le cabinet de conseil spécialisé Res Publica (le même que pour «Un commun accord»), s’étaient réunis pour plancher sur des mesures concrètes destinées à réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 1990.

A l’issue des débats, 149 propositions avaient été formulées. Le chef de l’Etat avait alors promis d’aller «au bout du contrat moral» et de transmettre «sans filtre» 146 d’entre elles à l’exécutif et au Parlement.

Sur le papier, dans un contexte de sortie de la crise des gilets jaunes, cet exercice de démocratie participative revêtait une dimension inédite, avec une partie du travail reprise en effet dans la loi Climat et résilience, promulguée en 2021. Or, cinq ans plus tard, le constat est amer : selon WWF France, seules 24 propositions sont aujourd’hui véritablement appliquées et 92 ne le sont que partiellement. «Nous sommes restés sur notre faim avec cette convention, regrette Matthieu Auzanneau, ancien directeur du Shift Project et compagnon de route de Jean-Marc Jancovici depuis plus de dix ans, qui ne participe pas au projet. Cette nouvelle expérience est lancée par des citoyens, non le gouvernement. Je souhaite qu’elle conduise les enjeux vitaux de la transformation écologique à occuper une place centrale dans le débat présidentiel.»

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Des observateurs plus sceptiques s’interrogent sur le risque de voir Jean-Marc Jancovici marquer de son empreinte la consultation. Avec la crainte, en toile de fond, que le dispositif – hébergé administrativement par son think-tank – serve avant tout de caisse de résonance à ses idées. «Ce projet n’est pas une mise en débat des propositions du Shift Project, rétorque-t-il, c’est un exercice de démocratie participative.» L’ingénieur garantit qu’il restera totalement en retrait des discussions, se limitant à un exposé introductif ce samedi 19 septembre. Et insiste sur l’aspect «apartisan» de la consultation. «Je dis et je répète que je n’ai strictement aucune ambition électorale et aucune ambition de constituer un embryon de parti politique avec cette initiative.» L’expert entend également garder ses distances avec les candidats, précisant qu’il n’en «fréquentera aucun jusqu’aux élections».

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Anaïs Moran
 19/09/2026

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