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Malgré un été marqué par les canicules, les incendies et la sécheresse, les responsables politiques incapables de répondre à l’urgence climatique

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Alors que la France subit une série d’événements extrêmes, ni le gouvernement ni les candidats à la présidentielle de 2027 n’ont jusqu’ici abordé frontalement le défi climatique.
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 Raphaëlle Besse Desmoulières, Mariama Darame, Alexandre Pedro et Robin Richardot

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21 août 2026 
Lors de la conférence de presse sur les incendies du premier ministre, Sébastien Lecornu, à Mérignac (Gironde), le 17 août 2026.

Cet été sera-t-il aussi, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, celui d’une véritable prise de conscience pour les politiques de la nécessité à agir afin de limiter le réchauffement climatique et ses effets catastrophiques ? Pour Sarah Roussel, chargée de campagne à Greenpeace, la réponse est non. « Cela aurait pu être un point de bascule politique, mais ce sursaut n’a pas eu lieu », se désole-t-elle.

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Les trois derniers mois ont éprouvé la société et l’économie, et mis en lumière les failles du pays avec des écoles fermées, des hôpitaux débordés, des travailleurs épuisés, des logements invivables… En cette fin août, la nature offre un panorama désolant : paysages grillés, rivières à sec, cultures sinistrées…

Pourtant, à mesure que les événements extrêmes s’enchaînaient, ni le président de la République, Emmanuel Macron, ni le premier ministre, Sébastien Lecornu, n’ont tenu de discours fort sur le sujet. Aucun hommage n’a encore été rendu aux personnes qui ont perdu la vie à cause de la chaleur de ces dernières semaines. Plus de 7 300 décès en excès ont été comptabilisés par l’agence Santé publique France de mai à fin juillet. Alors qu’il n’est pas encore fini, l’été 2026 est d’ores et déjà le plus meurtrier depuis 2003.

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« Déconnexion totale »

De cellules interministérielles de crise en annonces souvent circonscrites, le gouvernement a fini par éluder le débat sur l’accélération du réchauffement climatique. Sarah Roussel, de Greenpeace, fustige la « déconnexion totale » des politiques. « Le premier ministre a mis trois semaines à aller en Gironde [où un mégafeu a ravagé 42 000 hectares de forêt] pour y être accueilli par des sifflets ; la ministre de la transition écologique [Monique Barbut] n’y est même pas allée, et je passe Macron sur son Jet-Ski. » L’image du chef de l’Etat chevauchant son scooter des mers à la une de Paris Match, le 13 août, a choqué. « J’aurais préféré le voir sur un paddle ou un kayak, regrette la climatologue Valérie Masson-Delmotte. Là, ce qui est convoqué, c’est l’imaginaire de la vitesse, des loisirs bruyants et des énergies fossiles. »

La gestion de la canicule avait déjà mis en évidence les faiblesses de la politique d’adaptation du gouvernement. La crise des incendies a entériné ce constat d’impréparation. « L’Etat a tenu, la France sait gérer les urgences. (…) En revanche, nous n’avons pas encore suffisamment progressé dans la prévention, dans la planification de long cours en amont des crises. C’est là que se situe notre principal défi : cela concerne l’entretien des forêts, leur typologie, le débroussaillage, l’urbanisme, les matériaux de construction… Il faut revoir beaucoup de choses », avait reconnu Sébastien Lecornu, le 1er août, dans La Tribune.

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Alors que, pendant les très fortes chaleurs, la polémique sur le manque d’espaces rafraîchis et d’équipements en climatisation a concentré la majeure partie des controverses politiques, les incendies ont focalisé le débat sur les moyens limités dont dispose la sécurité civile. Ulcéré par les polémiques sur le manque de Canadair, l’exécutif s’est targué d’avoir doublé le budget de la sécurité civile en dix ans tout en consacrant près de 1 milliard d’euros supplémentaires aux services départementaux d’incendie et de secours.

Mais ses plans d’action, jugés court-termistes et traitant uniquement les conséquences du réchauffement, sont aussi le reflet de la situation politique et économique du pays, faite d’absence de consensus sur la question climatique et de moyens pour investir dans un nouveau modèle de société.

« Il faut qu’y ait une volonté politique au niveau national, or, il y a une inaptitude à penser le changement climatique. On a perdu l’habitude, notamment depuis Macron, de regarder l’avenir et d’anticiper, estime le président (Parti socialiste, PS) de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset. Le poids du Rassemblement national [RN] qui pèse sur une partie de la majorité et qui dénie le réchauffement climatique ou qui procède par “y a qu’à, faut qu’on” joue aussi. »

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Attente de réponses

Cette mise sous silence des enjeux écologiques dans les discours officiels a été symbolisée par l’isolement de Monique Barbut au sein du gouvernement. Sa tentative de démission avortée sous la pression d’Emmanuel Macron, en juillet, dont elle ressort affaiblie, a laissé un goût amer à Matignon. Sébastien Lecornu a peu apprécié d’être mis au défi par cette personnalité issue de la société civile jugée capricieuse et rétive face à la dureté du monde politique.

Dans un entretien fleuve à Libération, le 16 août, la ministre de la transition écologique a semblé répondre au chef du gouvernement sur cette politique de l’urgence permanente, alors qu’elle s’est vu confier une mission pour élaborer d’ici à octobre un plan afin d’accélérer la mise en œuvre des politiques d’adaptation. « Ce n’est pas en sortant des tournevis, en comblant les fuites d’eau, en collant des clims à tout le monde ou en rasant nos forêts qu’on réglera les choses », a-t-elle assené, tout en reconnaissant n’avoir obtenu « aucune garantie formelle » de la part de l’exécutif sur les engagements pris.

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Les citoyens, eux, attendent des réponses. Dans le baromètre Ipsos-BVA pour La Tribune Dimanche, publié le 18 juillet, la protection de l’environnement a bondi de 12 points par rapport à juin, à 32 % dans les préoccupations des Français, pour se classer en quatrième position, derrière le pouvoir d’achat, l’avenir du système social et la délinquance. « C’est la première fois que la population a expérimenté ce que pouvait être l’enfer d’un monde avec une augmentation sensible de la température », relève Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos.

Malgré cela, la thématique n’a pas réussi, pour l’heure, à s’imposer dans les logiciels de la plupart des candidats à la présidentielle. « Je n’ai entendu aucune personnalité politique aborder pleinement les enjeux de transformation avec une vision intégrée, déplore Valérie Masson-Delmotte. Quant au fait d’agir sur les causes du réchauffement climatique, c’est complètement passé sous silence. »

Pris dans un horizon de court terme, le personnel politique peine à apporter des réponses structurantes qui permettent à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de s’adapter au réchauffement. « Cela demande une certaine forme de courage, car il faudra assumer des décisions nécessairement impopulaires », souligne Bruno Villalba, professeur de sciences politiques à AgroParisTech.

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« La planète en a vu d’autres »

Bon nombre de prétendants à l’Elysée se sont contentés de solutions sectorielles ou technologiques pour répondre à la crise. Si le RN a cessé de contester la réalité du réchauffement climatique et son origine anthropique – un changement de taille –, Marine Le Pen n’est guère allée plus loin que son « plan clim », ressorti en juin, qu’elle n’a toujours pas détaillé, pas plus que son financement.

A droite, le président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, a développé, le 9 août, dans La Tribune Dimanche, sa vision de l’« écologie de l’adaptation » face à l’« écologie de la régression » : soutien au nucléaire et à la géothermie, arrêt des subventions à l’éolien, suppression du principe de précaution… « Il ne s’agit pas de sauver la planète : depuis le Big Bang, elle en a vu d’autres », a-t-il osé.

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Du côté des candidats du bloc central, la question écologique n’a pas suscité de discours aussi volontaristes que ceux sur l’immigration ou la dette. Le président d’Horizons, Edouard Philippe, s’est satisfait d’un soutien aux acteurs mobilisés pour lutter contre les incendies, l’assortissant de vagues promesses sur le renforcement des moyens de la sécurité civile. Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, s’est, lui, engagé à « lancer la plus grande chasse au gâchis d’eau jamais menée » et à mettre en place un plan de captation des précipitations sur les bâtiments publics, chapeauté par un ministère de l’eau.

A gauche, la conviction que l’été 2026 n’a fait que renforcer la nécessité de politiques de grande ampleur face aux enjeux climatiques s’est vérifiée. Mais les solutions à apporter peinent à exister. Le cofondateur de Place publique, Raphaël Glucksmann, pris dans les discussions de primaire avec le PS, s’est montré très discret. Chez Les Ecologistes, le congé climatique proposé par la secrétaire nationale, Marine Tondelier, candidate à la présidentielle, a fait le buzz, mais a été très critiqué, y compris à gauche. Empêtré dans les batailles internes sur la stratégie à suivre pour 2027, le parti est inaudible sur le fond.

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Coups à prendre

De son côté, La France insoumise a sorti, jeudi 20 août, une longue note pour « faire face aux mégafeux ». Durant son université d’été, qui débute vendredi, le mouvement, qui mène un vrai travail de fond sur ces questions comme Les Ecologistes, devrait aussi apporter des précisions sur le projet encore flou des « éco-régions » voulues par Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier a reçu le soutien inattendu de Monique Barbut, qui a déclaré dans Libération qu’il « est [le candidat] qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales ».

Qu’en sera-t-il dans quelques semaines, quand les températures seront redescendues ? La tentation pourrait être forte, comme par le passé, de reléguer le sujet au second plan. « Beaucoup de candidats pensent encore qu’il y a plus de coups à prendre que de voix à gagner, juge Jean-François Julliard, directeur général de France nature environnement (FNE). Ce n’est pas un sujet porteur électoralement. »

La société civile, atone ces dernières années, compte maintenir la pression. Plusieurs mobilisations sont prévues : le 15 septembre, FNE donne rendez-vous devant le ministère de l’économie pour dénoncer l’« inaction du gouvernement ». Le 26 septembre, jour où les pompiers prévoient une « manifestation statique » à Paris, un collectif de citoyens appelle, lui, à marcher « partout en France » pour réclamer un « plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation ». Deux dates, au risque de l’éparpillement.

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 Raphaëlle Besse Desmoulières, Mariama Darame, Alexandre Pedro et Robin Richardot à suivre sur Le Monde

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21 août 2026 

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