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Mission parlementaire sur les feux de forêts : «La prévention est la première ligne de défense»

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Sept parlementaires ont remis au Premier ministre, lundi 28 septembre, leur rapport sur la prévention, la lutte et la reconstruction après le passage des flammes. Coautrice, la députée de Gironde Sophie Panonacle appelle à un sursaut immédiat face à une menace désormais nationale.

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Près de  Die, en Drôme 
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Eléonore Disdero
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L’été 2026 aura marqué un tournant. Bien que le mégafeu de Saumos (Gironde) ait été officiellement déclaré éteint lundi 28 septembre, la saison des brasiers a été d’une intensité exceptionnelle, avec 90 000 hectares de forêts brûlées partout en France et près de 220 000 personnes évacuées, notamment en Gironde. Début août, le gouvernement a missionné sept parlementaires pour prévenir ce genre de catastrophes, rendues plus graves et fréquentes par le réchauffement.

Issus de la droite, du centre et de la gauche, ils ont remis ce document, lundi, au Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui a d’ailleurs promis des «moyens supplémentaires pour les Sdis [services départementaux d’incendie et de secours, ndlr]» dans le cadre du projet de loi de finances, qui sera présenté jeudi 1er octobre en Conseil des ministres. Face à l’urgence, la députée de Gironde Sophie Panonacle (Renaissance), coautrice du rapport, appelle à passer d’une gestion de crise à une culture de l’adaptation couvrant l’intégralité du cycle de risque.

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Dans quel cadre s’inscrivent vos propositions ?

Notre travail complète le projet de loi de modernisation de la sécurité civile, présenté début septembre. Nous formulons une série d’articles pour nourrir ce texte, ainsi que des propositions d’amendements au projet de loi de finances (PLF) et au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), bientôt débattus au Parlement.

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Pourquoi faites-vous de la prévention votre principal angle de bataille ?

La prévention est la première ligne de défense contre les feux de forêt : 1 euro qui y est consacré peut éviter jusqu’à 29 euros de dépenses de lutte. Cela passe notamment par la refonte des obligations légales de débroussaillement (OLD). En 2025, seulement 30 % de celles-ci ont été réalisées, c’est très insuffisant. Le système actuel exige d’un propriétaire qu’il débroussaille dans un rayon de 50 mètres autour son bâti, ce qui l’oblige souvent à intervenir sur le terrain d’un voisin ou dans la forêt, rendant la règle dure à appliquer, chère, voire injuste.

Nous proposons une clarification et un partage des responsabilités. Ainsi, nous voulons que les particuliers débroussaillent uniquement jusqu’à la limite de leur propriété. Cette tâche pourra être intégrée dans le crédit d’impôt pour travaux de jardinage, égal à 50 % des sommes versées, dans la limite de 5 000 euros. Ensuite, une facture ou une attestation sur l’honneur devra être envoyée à l’assureur et au maire pour certifier la réalisation de l’OLD, ce qui simplifiera les contrôles. Les propriétaires de foncier non bâti (sylviculteurs, communes, ONF), eux, devront débroussailler à leur charge jusqu’à 50 mètres de profondeur, voire 100 mètres si le risque est important.

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Vous proposez également l’obligation d’avoir un extincteur dans les véhicules…

De nombreux départs de feux proviennent de tracteurs ou d’engins de travaux, voire de voitures en panne. C’est pourquoi nous voulons rendre les extincteurs obligatoires dans tous les véhicules, comme le triangle de signalisation et la chasuble. Un petit modèle coûte environ 50 euros.

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Qu’avez-vous prévu concernant les moyens de lutte ?

Il est indispensable d’établir une planification nationale à l’échelle des massifs et des bassins de risque. Ainsi, nous demandons une programmation pluriannuelle sur cinq ans des équipements de la sécurité civile. Elle permettra de chiffrer pour chaque forêt les besoins en matériel aérien, comme les Canadair, les moyens terrestres (camions) et humains.

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Concernant les effectifs, que préconisez-vous ?

Il manque 50 000 pompiers volontaires en France. Pour renforcer le recrutement et la fidélisation, nous souhaitons pérenniser le dispositif expérimental qui prévoit la réduction des cotisations patronales pour l’embauche de pompiers volontaires, ainsi que de l’étendre aux collectivités territoriales. Il faut aussi supprimer le plafond actuel de 600 heures de volontariat par an, pour que les heures effectuées au-delà soient indemnisées. Autre chose : aujourd’hui, on accorde trois trimestres de retraite supplémentaires pour quinze ans de service. Nous proposons de baisser ce seuil à dix ans et de garantir six trimestres supplémentaires pour vingt-cinq années de volontariat. Ensuite, nous voulons généraliser la formation initiale «feu de forêt» à tous les pompiers, y compris ceux des villes car ils seront amenés à renforcer la lutte ailleurs.

Enfin, nous aimerions renforcer le suivi de la santé des pompiers après la crise. Beaucoup sont traumatisés par cet été et notamment la mort de quatre d’entre eux. La colère et la tristesse alimentent la crainte d’un «surengagement» des effectifs. Pour les protéger, il faut aussi engager des recherches sur les équipements, notamment pour concevoir des masques filtrants adaptés aux fortes chaleurs.

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Prenez-vous en compte l’intensité croissante des feux, en lien avec le changement climatique ?

Bien sûr. Les pompiers nous ont transmis une doctrine claire en trois temps : «Eteindre – combattre – résister». Cela veut dire que les feux naissants doivent continuer à être attaqués sans attendre. Pour ça, nous préconisons, dès que le risque incendie est extrême, de déployer une surveillance par avions bombardiers d’eau afin de frapper à la moindre éclosion de feu. Ensuite, il faut des aménagements stratégiques de la forêt, avec des voies d’accès pompiers, des pare-feu, des points d’eau et des ceintures d’interface habitat forêt assez larges pour l’intervention des pompiers. Enfin, le feu peut dépasser les capacités de combat. Les priorités deviennent la mise à l’abri des populations, la protection des vies animales, des habitations et des infrastructures vitales, ainsi que l’environnement.

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Que prévoit le rapport pour l’après-crise et la reconstruction ?

Le relèvement passe par un accompagnement renforcé et une meilleure indemnisation des sinistrés, mais aussi par un habitat et une forêt résilients. Il ne faut pas reconstruire avec les mêmes matériaux ni replanter à l’identique, nous devons varier les essences et créer des ruptures de couvert végétal pour stopper la propagation des flammes.

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Quel est le coût global de vos propositions ?

La mission n’a pas évalué le coût financier total. Ce chiffrage affiné appartiendra au ministère des Comptes publics. Toutefois, pour financer les SDIS, nous proposons d’augmenter et de mieux flécher la taxe spéciale sur les contrats d’assurance (TSCA), selon l’intensité du danger et le degré d’exposition des territoires. C’est une proposition validée par le Premier ministre.

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En tant que députée de la Gironde, territoire martyr des feux, comment avez-vous vécu cet été hors-norme ?

Je travaille sur la forêt et l’adaptation face au changement climatique depuis neuf ans. Je regrette le temps perdu depuis 2022, année déjà historique en matière de feux de forêts. L’atténuation du changement climatique est indispensable mais dépend beaucoup des efforts mondiaux, alors que l’adaptation relève de notre souveraineté nationale, de la protection de nos populations, de nos biens et de notre biodiversité. Nous savons exactement ce qu’il faut faire. Il n’y a plus de temps à perdre pour que les outils que nous proposons portent leurs fruits avant le prochain été.

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Eléonore Disdero
28 sept 2026
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