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Document de travail : Réunion régionale LDH

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Lyon, 26 septembre 2026
Michel Granger

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Pourquoi la résistance à l’émergence dans le débat public de la crise écologique ? Quelques réponses possibles

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Pourquoi est-il si difficile de parler de crise écologique, même après une série de canicules estivales ?
Bien sûr, les médias regorgent de records de chaleur, mais sans faire mention des causes anthropiques
ni sans jamais suggérer la nécessité d’éliminer en priorité les « émissions luxueuses » de GES qui
sont totalement inutiles (S. Mabile). Pourquoi certains mots des scientifiques qui affrontent la
réflexion sur l’urgence écologique sont-ils exclus – par exemple, « la décroissance », « le vivant » ?
Pourquoi accorder la « personnalité juridique » à des entités naturelles serait-il un tabou absolu,
…alors qu’on considère bien le groupe pétrolier Total comme une « personne “morale” (sic) »
défendue par une multitude d’avocats ! Il s’agit d’une évidente résistance, révélatrice de la volonté
de maintenir un mode de pensée qui s’accommode du système économique mondialisé, de la
consommation effrénée, et dans le même temps du refus révélateur de faire face à la gravité de la
crise écologique, alors que la Terre est déjà entrée dans un processus de dégradation irréversible.
Et pour commencer une anecdote. Le 15 juillet, un journaliste de radio cite un·e porte-parole du
gouvernement à propos de l’incendie de la forêt de Fontainebleau : « Heureusement, il n’y a eu aucun
mort. ». Ce propos révèle le déni de l’importance de la destruction d’un écosystème pourtant
considéré comme « le poumon de la région parisienne ». Seule compte la vie humaine, et non pas ce
qui permet à l’humanité de (sur)vivre. Le climat, la biodiversité, les seuils planétaires passent après
l’économie, la consommation, le mode de vie : les préoccupations écologiques n’ont guère de place
dans le débat public.

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1 – Une « crise de la sensibilité » (Baptiste Morizot)

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Pour une population majoritairement urbaine il y a indéniablement une difficulté à prendre conscience
de la gravité de la situation écologique de la Terre en raison d’une « crise de la sensibilité » : une
cécité à l’égard du monde naturel, une insensibilité parce que l’on ne voit pas, parce que l’on n’a pas
appris à voir, parce que les yeux sont rivés pendant des heures sur des écrans numériques qui font
écran et empêchent de voir ce qui vit autour de soi.
Il est impossible de s’intéresser à ce que l’on ne connaît absolument pas, que l’on ne sait pas nommer,
et donc d’être sensible à ce qui détruit irrémédiablement le tissu du vivant. D’où la difficulté, selon
Jean-Philippe Pierron, d’avoir « une écologie politique sans une forme d’écologie personnelle ».
À la rigueur, on s’inquiète de la disparition des abeilles, de la menace certaine pour la pollinisation,
ce qui n’empêche pas le Parlement de continuer à faire passer une loi qui autorise des intrants toxiques
pour les abeilles. La question est peut-être trop technique (qui connaît la molécule de
l’acétamipride ?), ou trop abstraite lorsqu’on parle des « GES ». Il faut percevoir le lien direct entre
les pollutions chimiques et les corps intoxiqués, allergiques ou malades.
Le problème de la santé est vraisemblablement un moyen privilégié pour faire prendre conscience du
fait que l’écologie est vitale pour l’habitabilité de la planète, pour la survie des vivants, humains et
non humains. Cette constatation devrait conduire à résister aux nombreux facteurs de l’Anthropocène
qui détruisent la biosphère.
Nourrie pas les « Actualités », l’opinion publique vit malheureusement dans le présent, n’établit pas
de liens entre les phénomènes inquiétants et leurs causes probables ; surtout, elle ne se projette pas
dans les décennies à venir parce qu’elle a peur et ne veut pas savoir ce que sera un monde de canicules,
de mégafeux, de pénuries d’eau, d’inondations et de baisse de la biodiversité.

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2 – L’inaction délibérée de l’État

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Si beaucoup de citoyens ne comprennent pas ce qui arrive, les décideurs politiques néolibéraux, eux,
ont les moyens de savoir, car ils disposent des rapports du GIEC (que les États relisent avant
publication), ou de l’IPBES et de beaucoup d’autres organisations scientifiques internationales qui
alertent sur l’état de la Terre. Mais il semblerait que pour le pouvoir économico-politique, l’écologie
soit une cause perdue dont il vaut mieux ne pas parler. C’est pourquoi ni le Président, ni les ministres
ne mettent en avant la nécessité d’une politique radicale pour faire face à l’urgence des ravages
écologiques que chacun peut déjà constater. Pour mieux endormir l’opinion publique, les décideurs
préfèrent minimiser l’ampleur de la catastrophe, dénigrer les « éco-terroristes », se moquer des
« écolos » et réprimer les militants qui entravent la compétitivité des entreprises. Le régime autoritaire
considère les écologistes comme de dangereux dissidents qui ne respectent pas le « Contrat
d’engagement républicain », s’engagent dans une coupable « désobéissance civile ». En
conséquence, ils ne doivent pas avoir voix au chapitre.
Lorsque l’opinion publique se mobilise par des marches pour le climat ou signe massivement des
pétitions, le gouvernement n’en tient pas compte, pas plus qu’il n’a intégré les préconisations de la

Convention Citoyenne pour le Climat (2019-2020), processus de démocratie directe dont il était lui-
même à l’origine.

Lorsqu’un projet (une autoroute, par exemple) est perturbé par des activistes, l’État décrète « une
raison impérative d’intérêt public majeur » pour le réaliser quand même et faire taire la contestation :
la formule est censée justifier de passer outre aux débats démocratiques qui conduiraient à respecter
les normes environnementales. Surtout, c’est un moyen de couper court à l’intervention des

scientifiques qui ont de sérieuses raisons de défendre une forêt ou une zone humide. L’anti-
écologisme est instrumentalisé pour que l’État s’autorise à réduire le budget consacré à l’écologie et

à se lancer dans une régression de la politique d’atténuation du réchauffement climatique.
Les communicants politiques emploient une rhétorique vide de sens. En particulier, l’État manipule
le langage pour ne pas alarmer et pouvoir prolonger la politique passée : il faut dire « changement
climatique » plutôt que réchauffement ; parler d’« environnement » et non pas d’« écologie » ;
construire des « retenues d’eau » et non pas des mégabassines ; surtout, ne pas parler de sobriété aux
agriculteurs (Annie Genevard). En revanche, l’avenir est à « l’innovation », à la « résilience », à
l’« adaptation individuelle », à la « transition énergétique », tous mots qui sont serinés par la
communication officielle. Par tous les moyens, l’État tente de dépolitiser la question écologique afin
que les citoyens engagés, les scientifiques, la société civile, ne puissent promouvoir l’intérêt général
qui, lui, est du ressort d’une pensée à long terme.
Ce refus de laisser voir la réalité contribue à lasser la population : à quoi bon descendre dans la rue,
signer des pétitions, participer à la Convention Citoyenne pour le Climat, si l’État n’écoute pas,
préoccupé qu’il est de favoriser la croissance des entreprises et les dividendes des actionnaires. Et
pourtant il faudrait bien que la société civile débatte et soit en position de contraindre l’État à prendre
les mesures d’urgence nécessaires à l’atténuation du réchauffement climatique.

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3 – L’obstruction des lobbys

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L’addiction à une économie basée sur les énergiesfossiles est soutenue par divers lobbys — industries
pétrolières, automobile, agro-business, FNSEA, filière béton, etc. : ils interviennent avec insistance
pour fixer l’agenda, pour récuser les projets de loi qui restreindraient leurs intérêts. Pour eux, les
profits d’une minorité doivent prévaloir. Les industriels et les milieux d’affaires dictent les lois, ou
font du chantage pour obtenir ce qu’ils veulent en faveur de leurs intérêts propres. Ils n’acceptent rien
qui puisse entraver la liberté d’entreprendre : il faut « simplifier », supprimer les normes et les
contrôles, « accélérer », tout cela sans se préoccuper des conséquences sur la biodiversité, ou sur la
pollution : c’est ce que la loi Duplomb 2 a démontré puisqu’elle a réintroduit des intrants toxiques,
contre l’avis des scientifiques.
Face à la propagande reprise par les partis politiques de droite et d’extrême droite, il n’y a guère de
moyens de démonter les arguments fallacieux. La communication des entreprises et des « marchands
de doute » s’emploie à repeindre la façade en vert pour faire croire que les industriels se préoccupent
de préserver la nature. Cela n’appartient en rien au débat démocratique qui devrait avoir lieu pour
faire face à la crise écologique. Le gouvernement suit la demande des lobbys, car elle est censée

soutenir la croissance et l’emploi. En conséquence, les lois diminuent les investissements pour
l’avenir, suppriment les normes et les contrôles, acceptent les produits cancérigènes, etc.
Il ne faut pas oublier le contexte mondial du « capitalisme de la finitude », stimulé par le trumpisme,
avec sa cour de milliardaires libertariens ou réactionnaires, qui fournit un influent modèle de
désinformation idéologique et de parole désinhibée. La puissance financière ne souhaite pas
s’embarrasser d’avis divergents qui restreignent les profits, si bien qu’un honnête débat démocratique
n’est pas à l’ordre du jour.
L’enjeu pour les entreprises et pour l’État néolibéral est d’éviter toute remise en cause du système
économique tel qu’il est. L’extractivisme, le productivisme, le désir d’accumulation de capitaux ont
partie liée avec les gouvernements qui n’entendent pas rompre avec le capitalisme industriel
financiarisé. Cela coûterait trop cher de changer de système économique : mieux vaut se contenter de
bricoler une « adaptation » au dérèglement climatique.
Pour réduire l’influence d’une partie de la société, celle qui est proche du pouvoir, il faudrait
s’attaquer à la propriété privée et à la liberté d’entreprendre, composantes essentielles du credo
néolibéral. Des pétitions de 2 millions de citoyens concernés n’y peuvent rien et elles n’entraînent ni
débat, ni action législative au Parlement.
Dans le même temps, pour tenir compte des limites planétaires, il faudrait affronter le tabou de la
décroissance, mot imprononçable ! Pourtant, c’est la condition pour enrayer l’emballement de l’offre,
de la consommation et du gaspillage, afin de préparer l’avènement d’une société écologique adepte
du « juste suffisant », renonçant à l’inutile qui est source de réchauffement.
En 1992, G. Bush déclarait : « le mode de vie américain n’est pas négociable ». Il semble que
beaucoup de Français, les plus aisés, souhaitent également préserver leur mode de vie, évitant de
laisser parler de ce qui fâche, c’est-à-dire de questionner le capitalisme qui fait fi de l’emballement
climatique et des seuils planétaires.
D’où il résulte une apathie générale, un découragement entraînant le refus de penser à un avenir pollué
et dangereusement réchauffé. Sans nul doute, les problèmes de santé publique causés par l’activité
agricole et industrielle (cancers dus à la pollution) sont plus facilement audibles, mais ils n’entraînent
pas une réaction politique forte, une profonde mutation structurée. L’incitation à continuer à
accumuler, à glaner du prestige social par des biens matériels, à consommer, à se divertir est très
forte : c’est une façon illusoire de se protéger contre l’éco-anxiété, la solastalgie (Glenn Albrecht).

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4 – La désinformation par les médias

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Les médias dominants, qui sont majoritairement la propriété de milliardaires, dirigeants de groupes
industriels ou financiers, constituent de puissants moyens d’influence sur le débat public : ils ont les
moyens de faire pression sur le gouvernement et de promouvoir un type de société orienté vers la
consommation, le luxe, les loisirs, autrement dit, la promotion d’un mode de vie coûteux, indifférent
au devenir de la planète.
Leurs journalistes s’emploient souvent à décrédibiliser les « écolos », considérés comme bien trop
alarmistes. Les médias les plus virulents sèment le doute sur la réalité de l’urgence climatique, laissant
parfois s’exprimer le climato-scepticisme de quelques complotistes obscurantistes. L’objectif est de
miner la parole des scientifiques qui, depuis des décennies, alertent sur les crises à venir. Leurs
prédictions sont pourtant de plus en plus fiables et les signes d’un emballement catastrophique indéniables.
Cette tactique détourne l’attention des problèmes sérieux : les méfaits du capitalisme de la finitude
qui brûle la planète. Ces médias véhiculent des clichés comme « l’écologie punitive », alors que la
population est « punie » par les canicules, les inondations, les mégafeux, les pénuries d’eau, les
maisons qui se fendent…, mais certainement pas par la nécessité de lutter contre l’usage des énergies
fossiles.
Les médias sélectionnent et répètent des faits indiscutables — catastrophes, inondations, mégafeux
— tout ce qui est spectaculaire, dramatique, mais n’est pas suivi d’une réflexion sur les causes
anthropiques : cela mettrait en cause le système économique et déplairait aux annonceurs
publicitaires. Ces faits, accompagnés de photos-chocs, informent superficiellement mais ne forment
pas l’opinion publique. Aucun débat ne suit pour déterminer la réaction qu’il conviendrait d’avoir.
Par le langage qu’ils utilisent, définissant le dicible et l’indicible, les médias déterminent un mode de

« pensée » qui pousse à la consommation, mais n’incite pas à l’engagement pour la cause climatique.
Très vraisemblablement, les consignes des rédactions visent à ce que les journalistes ne soient pas à
l’origine d’une réflexion sur l’origine du chaos climatique.
De son côté, l’écologie ne dispose que de maigres relais dans quelques médias indépendants de faible
diffusion, susceptibles de développer le contre-poison à la désinformation de masse qui invisibilise
les dégâts irréversibles.

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5 – L’anti-écologisme

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Pour les Français soumis à une telle propagande médiatique, à la publicité, aux réseaux sociaux dans
lesquels chacun est censé avoir la compétence pour donner une opinion significative sur les ravages
climatiques, il n’y a pas l’amorce d’un débat argumenté pour envisager les meilleures façons
d’atténuer les effets de la crise écologique que les gouvernements successifs ont laissé s’installer
depuis des décennies.
L’absence de réflexion et la méconnaissance des enjeux écologiques développent un conservatisme
populiste anti-élite : l’écologie serait le fait d’une classe de « bobos », d’urbains diplômés, hors-sol,
ignorant « nos » problèmes, « nos » difficultés de vie quotidienne. Leurs positions seraient
« exagérées », « anxiogènes », propres à imposer l’idée d’un avenir inquiétant, alors qu’il faut être
optimiste, s’investir dans l’adaptation concrète au réchauffement (« passons tous en mode
canicule ! », comme des robots qu’on peut programmer).
Le discours populiste plaît aux prisonniers du ressentiment contre les urbains diplômés qui ne se
préoccupent pas « de la fin du mois ». Les opposants à l’écologie sont en revanche résignés à l’égard
du rôle des ultra-riches, avantagés de façon disproportionnée par la loi fiscale ; ils semblent bien
supporter la politique favorisant les inégalités.
Une forme d’anti-écologisme est aussi exprimée par ceux qui pensent qu’il faudrait que l’écologie
s’occupe d’abord du social, de l’acceptabilité des mesures, afin qu’elle ne pénalise pas les classes
populaires. La politique à long terme, proprement écologique, passe après.
Cette résistance fait preuve d’anti-intellectualisme, voire de conservatisme anti-science. Elle prétend
que les chercheurs ne devraient pas sortir de leurs laboratoires, mais rester neutres et non militants,
sans participer au débat public.
Trump et son entourage de réactionnaires et de libertariens a fait entrer l’humanité dans l’ère de la
post-vérité, dans la fabrique éhontée du mensonge. Une opposition désinhibée aux « sachants » s’est
développée, à l’encontre de ceux qui « jargonnent », c’est-à-dire emploient des mots longs,
techniques — anthropocène, écosystème, anthropisation des milieux, biotopes, abiotique, biocentré,
mycorhize, collemboles, archées, etc., ce qui suffit à les disqualifier : les chercheurs des diverses
sciences du climat et de la biodiversité ne méritent pas d’être écoutés, sauf à petite dose comme ceux
du GIEC selon l’avis d’un député du RN !

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6 – Le chauvinisme humaniste et l’incompréhension des enjeux écologiques

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Cette résistance tenace s’explique par le fait que l’éducation scolaire et populaire aux enjeux
écologiques est inexistante. Or, il faut un minimum d’information (chimique, biologique,
climatologique, hydrologique…) pour comprendre de quoi il retourne.
Que représente « la protection d’une zone humide, indispensable à la biodiversité » pour des
personnes qui se moquent de la survie de telle espèce de salamandre parce qu’ils veulent seulement
gagner du temps en empruntant une autoroute ? Une autoroute déclarée par le gouvernement
« d’intérêt public majeur », décision justifiée par un sénateur de droite qui prétend que c’est du « bon
sens » !
Pour s’opposer à la menace de destruction d’une forêt primaire par l’entreprise Disney, un professeur
de droit de Californie, Christopher Stone, s’était attaqué en 1972 à « l’impensable » en posant la
question provocatrice : « Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? ». Il a perdu le procès, mais
l’opposition de l’opinion publique a contraint Disney à céder. Ce droit des entités naturelles est
toujours contesté par le conservatisme juridique, mais diverses branches de la science ont depuis
montré l’utilité écologique des forêts ou des bactéries qu’il faut à tout prix protéger. Les législations
de divers pays en ont tenu compte.Comprendre les politiques écologiques suppose d’admettre le principe de l’interdépendance du tissu
du vivant : tout y est lié, interdépendant — la photosynthèse, les réactions chimiques, le rôle des
racines des arbres et des champignons mycorhiziens, ainsi que tout l’invisible, l’infiniment petit, des
bactéries, microbes, et virus.
La réflexion qui s’impose pour faire face à l’urgence écologique requiert l’acceptation d’un
décentrement : les sciences montrent que l’humanité ne peut plus prétendre être au centre de l’univers.
Ce renoncement semble inacceptable et explique le refus de s’engager dans cette voie. Dans certaines
oppositions, on perçoit l’inquiétude de l’humanisme à perdre le privilège de la supériorité ancestrale
de l’Homme sur la nature : si l’on accorde des droits au vivant non-humain, l’Homme ne sera-t-il

plus maître de son monde ? Cela ne signifiera-t-il pas la fin de notre civilisation ? L’Homme sera-t-
il alors rabaissé au rang d’égal de l’animal ? Comment pourrait-on imaginer que, dans un procès, une

zone humide soit représentée à l’égal d’un patron de grand groupe industriel qui exige une autoroute
pour faire gagner du temps à ses camions ?
Pour certains, il est impensable d’admettre que de minuscules bactéries participent au cycle de l’eau
et à la formation de la pluie ; que de minuscules êtres vivants créent de l’oxygène ; que d’autres
rendent le sol fertile. Et pourtant, sans ce vivant non humain qui produit de l’oxygène et purifie l’eau,
l’humanité ne peut pas survivre. L’inquiétude pousse à éviter un éventuel débat, même en face de
l’urgence climatique, alors que l’habitabilité de certaines régions est menacée dans les décennies qui
viennent.
Pour s’engager dans la création d’une société écologique il faudrait admettre que les humains
dépendent pour leur vie de vivants non humains. Terrible blessure narcissique pour ceux qui
s’accrochent à un « humanisme » mal compris ! Ces minuscules êtres vivants non humains, mais
aussi les animaux plus gros, les arbres et les plantes, demandent un minimum de reconnaissance, des
« égards ajustés » (selon l’expression de Baptiste Morizot).
À défaut de l’initiative politique de l’État d’organiser démocratiquement une bifurcation radicale, il
est indispensable que l’opinion publique se mobilise sans tarder pour exprimer le refus catégorique
que le « business as usual » continue à maintenir les pratiques économiques d’un autre âge, en faisant
comme si le nouveau régime climatique n’avait pas remplacé le climat tempéré d’antan. Cela doit
également conduire à un urgent changement d’imaginaire.

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Lyon, 26 septembre 2026
Michel Granger

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Quelques suggestions de lectures

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• Léa Ballaud & Antoine Chopot, Nous ne sommes pas seuls. Politique des soulèvements terrestres, Seuil,
2021.
• Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie, Seuil, 2024.
• Philippe Grandcolas, La biodiversité. Notre monde vivant en danger, Taillandier, 2025.
• Sébastien Mabile, Justice climatique. Pour une nouvelle lutte des classes, Actes Sud, 2025.
• Virginie Maris, La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’Anthropocène, Seuil, 2018.
• Baptiste Morizot, Manières d’être vivant. Enquête sur la vie à travers nous, Actes Sud, 2020.
• Baptiste Morizot & Laurent Neyret, Liberté, dignité, habitabilité. Donner au siècle la valeur qui lui manque, « Tracts » Gallimard, 2026.
• Christopher Stone, Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? Préface Marine Calmet, Le Passager Clandestin,2022.
• Laure Teulières, dir. & al., Greenbacklash. Qui veut la peau de l’écologie ? Seuil, 2025.
• Nicolas Truong, Les penseurs du vivant, Actes Sud/Le Monde, 2023.
• Anna Lowenhaupt Tsing & al. Notre nouvelle nature. Guide de terrain de l’Anthropocène, Seuil, 2025.

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Nous vous envoyons prochainement l’ordre du jour de la réunion de mercredi prochain,

30 septembre 18- 20 h ESCDD Die !

Salutations, 

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Michel Léon

06 79 41 78 77

17 rue des Pivoines

26150 Die

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