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Une jeunesse toujours plus réprimée
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Des mutilations aux arrestations massives, la répression des mobilisations lycéennes révèle un durcissement inquiétant du maintien de l’ordre. En quinze ans, la retenue a cédé la place à une logique de fermeté qui menace la liberté d’expression d’une génération.
13 octobre 2026


La réponse répressive opposée au mouvement lycéen est singulièrement choquante. Mais plus encore, c’est le constat d’un déplacement de ce que le pouvoir politique considère comme une réponse normale à une mobilisation de jeunes qui interpelle.
En octobre 2010, un lycéen de 16 ans, Geoffrey Tidjani, est atteint en plein visage par un projectile tiré par un policier, alors qu’il participe au blocage d’un lycée de Montreuil, dans le cadre des mobilisations contre la réforme des retraites.
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À l’époque, le choc est tel que même le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, alors identifié à une droite dure et punitive, demande aux policiers de limiter la force au strict nécessaire. Cet appel à la retenue intervient déjà dans une politique sécuritaire mais le pouvoir tient à rappeler que la présence de lycéens appelle une vigilance particulière.
Quinze ans plus tard, alors que plusieurs lycéens sont mutilés, Laurent Nuñez, occupant les mêmes fonctions, affirme qu’il n’a donné aucune consigne de retenue et assume le recours à l’armement intermédiaire. Non seulement, même en présence de mineurs, la désescalade n’est plus envisagée mais l’absence de retenue symbolise l’affirmation d’une fermeté présentée comme une qualité.
Cette évolution dramatique s’inscrit dans une histoire qui a pris un tournant singulier durant les dernières décennies. Depuis les années 2000, les équipements des forces de police sont alourdis par des lanceurs de projectiles, considérés comme des armes de guerre par le code de sécurité intérieure : Flash-Ball, puis LBD 40.
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Ces armes sont d’abord déployées sur les territoires les plus relégués, les quartiers populaires urbains, auprès de populations en grande partie non blanches dont les blessures se multiplient dans l’indifférence de la population majoritaire.
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Le grand public découvre alors qu’une mobilisation peut coûter un œil.
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Dans les outre-mer, habités par la mémoire des répressions coloniales, les mobilisations sont aussi sévèrement réprimées. À l’image d’un drame survenu à Mayotte en 2011 où Nassuir Oili, 9 ans, perd l’usage d’un œil après un tir de Flash-Ball dans le contexte du mouvement contre la vie chère.
Avec les gilets jaunes, le recours aux LBD change d’échelle et l’infliction de graves blessures gagne une place plus importante dans le débat public. Les conséquences physiques de ces choix deviennent visibles sur des corps blancs, et touchent une partie de la société qui s’en croyait jusque-là préservée.
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Le grand public découvre alors qu’une mobilisation peut coûter un œil, ou laisser un corps durablement atteint, même si l’on n’a « rien fait ». C’est la logique qui préside désormais la réponse au mouvement social.
Contre la révolte lycéenne, au lieu d’opter pour la négociation, le gouvernement a choisi d’activer la doctrine énoncée par son Guide opérationnel des violences urbaines. Les lycéens se voient ainsi traités comme des ennemis intérieurs qu’il faut mater.
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L’assimilation d’une mobilisation sociale à des violences urbaines autorise alors une réponse coercitive et ignore la possibilité de résolution des conflits avec des solutions constructives répondant aux revendications. L’action policière est ainsi guidée par la recherche d’interpellations qui favorise le contact brutal avec les manifestants et provoque ainsi la violente escalade à laquelle nous avons assisté ces dernières semaines.
La vertigineuse ampleur des arrestations, 6 059 interpellations entre le 28 septembre et le 5 octobre, et près de 7 000 gardes à vue, dont 86 % concernent des mineurs, fait de ce mouvement le plus réprimé de notre siècle en nombre d’arrestations par jour. Une grave dérive dénoncée par la Ligue des droits de l’Homme, qui menace la liberté d’expression d’une génération.
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Mêmes, culture pop, rap… La Gen Z a ses propres codes de révolte en France et dans le monde
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Malgré des revendications et des conditions différentes, la mobilisation de la jeunesse française a des points communs avec celles des pays du Sud, comme le Népal, Madagascar ou le Maroc.
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« C’est la jeunesse d’or, la jeunesse la plus importante, c’est la GenZ quoi. » Sur le campus de l’Université de Paris-Est Créteil (UPEC), Anna manifeste une pancarte « Jeunesse dorée » à la main. L’étudiante est très fière de faire partie de la Gen Z, et elle est loin d’être la seule. Sur les blocus lancés par les lycéens et rejoints par des étudiants, les jeunes n’hésitent pas à revendiquer leur appartenance à cette génération qui désigne les personnes nées entre la fin des années 90 et le début des années 2010. Un mouvement qui n’est pas sans rappeler le soulèvement de la même génération dans des pays du Sud, comme le Kenya, le Népal, le Maroc, le Pérou ou Madagascar.
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Le lien avec ces autres mobilisations est d’ailleurs affiché, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article. Bien que les revendications et les conditions dans lesquelles ont eu lieu ces différents soulèvements diffèrent, la jeunesse française exprime une solidarité avec celle des autres pays.
Au-delà des différences, Paolo Stuppia, spécialiste des mouvements sociaux de la jeunesse et co-auteur de « Géopolitique de la jeunesse : Engagement et (dé) mobilisations » (Éditions Cavalier bleu), identifie plusieurs éléments propres à la Gen Z.
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Une vision plus systémique
« Il y a cette idée de génération interconnectée mais aussi ultra-connectée où on a des choses qui se passent en temps réel et qu’on peut transmettre d’un bout à l’autre de la France comme d’un bout à l’autre de la planète, » analyse le sociologue. La connexion de cette génération fait aussi que les crises se vivent en temps réel, et qu’un blocage diffusé sur un réseau social va favoriser sa duplication. Outre son statut de génération ultra-connectée, la GenZ partage aussi un sens de l’humour et de nombreuses références.
Les différents mouvements de la jeunesse à travers le monde ont aussi en commun de ne pas s’arrêter aux revendications premières et matérielles mais d’avoir une vision plus systémique selon Paolo Stuppia. « À côté des revendications dans les manifestations, on retrouve aussi des raisonnements sur les autres crises qui touchent cette jeunesse, comme la baisse du pouvoir d’achat et les crises qui touchent le futur économique et donc l’entrée dans le marché du travail. Elle est aussi soumise à une crise environnementale qui contribue à alimenter ce sentiment d’horizon bouché. Il y a les crises géopolitiques, notamment la question de Gaza qui est remise, aussi en lien avec tout ce qui les touche. »
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Mais s’ils sont fiers de faire partie de la GenZ cela ne les empêche pas de faire référence à d’autres générations, notamment celle de mai 68. D’ailleurs le mouvement est parti de lycéens dont une partie n’appartient pas à la génération Z mais Alpha. Avec les blocus en France, des appels à manifester ont été lancés par la GenZ dans d’autres pays européens, comme la Belgique, l’Italie ou encore l’Allemagne.
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Émilie Garcia sur https://www.huffingtonpost.fr/