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Avoir 20 ans en 2026

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Ludovic Michel 
06/10/2026
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On leur répète à l’envi qu’ils ont la vie devant eux. Encore faut-il justement que celle-ci leur donne envie. Ceux qui ont 20 ans en 2026 ont surtout le sentiment qu’on leur laisse un monde plus inquiétant que celui de leurs parents. La colère des lycéens en témoigne.

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Réclamant des moyens pour les lycées et suite à des violences policières et une répression de leur mouvement, une manifestation de lycéens a marché du lycée Henri 4 à la place Sorbonne pour exprimer sa colère le 6 octobre 2026 à Paris. 

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Le mouvement lycéen, jugé justifié par une majorité de Français – 62 % selon un sondage Odoxa -, contraint le pays, et d’autres avec lui, à se poser les bonnes questions. Du moins doit-on l’espérer. Autant pour comprendre comment on en est arrivé là que pour savoir comment sortir de ce moment critique en redonnant un espoir à une jeunesse laissée pour compte par un gouvernement imprévoyant et une société en perte de repères.

Un chiffre à lui seul souligne le caractère inédit de cette crise dans un État démocratique : plus de 5 000 interpellations en quelques jours et un nombre de blessés, parmi les lycéens comme parmi les forces de l’ordre, absolument inacceptable. L’arrestation de milliers de jeunes souligne l’impasse dans laquelle se sont enfermés le Premier ministre Sébastien Lecornu et son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

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Non qu’il ne faille pas réprimer les individus qui, au comble d’un nihilisme que rien ne saurait excuser, cassent, brûlent et confisquent un mouvement social. Mais à qui fera-t-on croire que tous les jeunes menottés et, le plus souvent, placés en garde à vue sont des « casseurs » perdus, des « sauvageons », comme aime à les qualifier une droite s’inspirant à dessein de Chevènement ? Le nombre réduit de jeunes déférés suffit à qualifier cette « tactique » de maintien de l’ordre pour ce qu’elle est : un trouble manifeste à l’ordre public.

Laurent Nuñez, réputé « grand flic » compétent, se refuse à donner des consignes de modération à ses troupes, lui qui ne manque jamais de le faire lorsqu’il fait face à une crise agricole. Quand on mesure – les études du Cevipof l’attestent – combien les corps de police et de gendarmerie sont acquis, à la base et dans leur majorité, à l’extrême droite, on ne peut que s’interroger sur le dessein politique de ce renoncement gouvernemental. Au mieux, une forme de vacances en attendant de raccrocher d’ici quelques mois ; au pire, la volonté de donner un maximum de gages à la droite extrême incarnée par Bruno Retailleau et Les Républicains. Les jeunes, eux, ont droit à la peur de tomber devant leur lycée, à portée de main des bleus.

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Noir c’est noir

Nul besoin d’évoquer d’autres jeunes qui ont dit, écrit ou raconté par le passé combien il leur fut difficile d’avoir vingt ans en des temps troublés pour appréhender un tableau plus noir encore aujourd’hui. La guerre est de retour en Europe parce que l’on n’a pas tenu Poutine en respect. Gaza et la colonisation sont dans toutes les têtes – le pogrom du 7 octobre moins, hélas. Le réchauffement climatique rend les étés plus pénibles qu’insouciants, à plus forte raison quand on est jeune et que l’on vit dehors.

Et partout, ou presque, on annonce le retour des monstres, de la bête immonde et de ses descendants, non par quelques coups d’État, mais par les urnes. De quoi troubler les meilleures consciences démocratiques, et à plus forte raison des esprits jeunes prêts à embrasser un monde qui s’y refuse, tant il est devenu angoissant et parfois désespérant, sans perspective commune ni promesses collectives.

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Alors, le seul moyen de s’en sortir qui subsiste consiste à essayer de se faire une place au soleil noir, sans garantie pour les uns et de manière parfaitement illusoire pour tous les autres. C’est cela, le legs des générations qui ont précédé cette jeunesse maltraitée par l’histoire autant que par ses aînés. Du global au quotidien, les faits et les chiffres – revenus, logement, loisirs… – le confirment de manière accablante.

Tout l’indique, y compris dans la comédie gouvernementale, quand on prétend résoudre en un mois ce que l’on a été incapable de régler en une décennie, comme le non-remplacement des professeurs absents. Dans cet univers impitoyable s’agite en outre un vieux Caudillo insoumis aux desseins stratégiques irresponsables, inspirés des années trente du siècle précédent. De Jacques Attali à Bernard-Henri Lévy, en passant par nous-mêmes – voir l’article Lycées : le gouvernement hors sujet -, les plus lucides insistent sur la dangerosité du cours suivi par LFI à l’occasion de cette crise lycéenne.

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Les Etudiants, Lycéens et Syndicats des travailleurs mobilisés massivement dans les rues de la capitale pour demander plus de moyens dans les lycées, à Paris, France, le 6 Octobre 2026

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Les vieux ou la vie

Faudrait-il enfin attendre d’être vieux pour vivre ? Comme pour « brutaliser », sans le vouloir, un peu plus un contexte déjà lourd, le gouverneur de la Banque de France alerte, non sans raison, sur « l’étranglement » par la dette. Les marchés, expression d’un capitalisme prédateur insensible par définition aux êtres humains, sont prêts à mettre un pays à genoux pour lui imposer davantage de pondération dans ses choix économiques et sociaux. L’austérité rôde dans les allées du pouvoir.

Et malheureusement, la gauche de responsabilité, comme elle l’a illustré lors de la primaire, se montre unanimement inflexible sur la question des retraites. Eux présidents, elles présidentes, tous abrogeront la réforme Borne et sa mesure d’âge emblématique, qui nous rapprochait de la moyenne européenne. C’est pourtant la seule mesure structurelle susceptible de ramener un peu de calme sur le front des marchés obligataires, de faire redescendre la pression et de réduire le spread.

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Autrement dit, faute de rééquilibrer le partage des fruits amers d’un manque de croissance, les actifs d’aujourd’hui, et surtout ceux de demain, sont invités à se serrer davantage la ceinture. Là réside l’équation impossible qui, si elle persistait, condamnerait la gauche à n’être plus que spectatrice, et non actrice, de l’échéance d’avril 2027 en France, mais également dans plusieurs pays européens où la jeunesse, confusément sans doute et avec des errements parfois, ne fait que réclamer son dû : la promesse d’un futur vivable.

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Ludovic Michel  à suivre sur https://librejournal.fr/
06/10/2026

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