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France, le 23 septembre à Loulans-Verchamp (Haute-Saône). Travaux d'aménagement de la Quenoche et de la Linotte. par le syndicat SVO. Photographie de Claire Jachymiak / Hans Lucas.

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Planète Eau 

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En Haute-Saône et dans le Jura, des rivières restaurées pour ralentir l’eau : « C’est insolent comme c’était vert, en pleine sécheresse »

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Léa Sanchez (Loulans-Verchamp [Haute-Saône] et Taxenne [Jura], envoyée spéciale)

Un crâne de cervidé trône sur la rive droite de la Quenoche. De loin, on pourrait croire à un totem veillant sur la petite rivière de Haute-Saône qui serpente devant le château du village de Loulans-Verchamp. De près, l’os coiffé de bois rappelle la force de l’eau, capable de charrier les restes de l’animal, venus sans doute d’un parc à daims privé en amont. En ce 23 septembre, la Quenoche dessine même quelques remous avant de confluer avec un autre cours d’eau : la Linotte. Les deux frémissent dans l’étendue humide, malgré la sécheresse historique qui sévit dans l’Hexagone.

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« C’est notre mégabassine », s’amuse le maire (sans étiquette), Guillaume Blondel-Gaborieau. La référence aux ouvrages de stockage d’eau conçus pour puiser dans les nappes souterraines l’hiver, dont la très polémique réserve agricole de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), se veut un brin provocatrice. Ici, point de bâches et de pompes pour retenir l’eau. Les rivières s’en chargent. Il a fallu, pour cela, accepter qu’elles ralentissent, débordent et permettent au précieux liquide de s’infiltrer dans les sols.

Les travaux menés entre octobre 2019 et mai 2020 par le Syndicat de la vallée de l’Ognon et la communauté de communes ont ainsi transformé 900 mètres de tracé rectiligne en 1 500 mètres de méandres et de rondeurs. Terminé les berges abruptes autour de la rivière encaissée, les fossés drainants, les canaux artificiels : tous les aménagements humains qui accéléraient l’eau. La mairie, à l’origine, cherchait surtout à limiter les crues dans le centre de Loulans-Verchamp. « Il y avait aussi un objectif paysager, précise Guillaume Blondel-Gaborieau, chargé de mission biodiversité à la région Bourgogne-Franche-Comté en parallèle de son mandat. On sentait bien qu’il se passait quelque chose et que la vie ne se plaisait pas là. »

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Le quadragénaire décrit une eau stagnante et envasée, comme morte, devant le château de Loulans-Verchamp. Un ancien barrage érigé pour les forges du village, désormais détruit, obstruait les écoulements. Depuis le chantier, les rivières retrouvent peu à peu de la vigueur. Leurs réserves souterraines aussi. La nappe alluviale de la Quenoche, qui la renfloue quand les pluies manquent, a regagné une vingtaine de centimètres de hauteur en moyenne entre les automnes 2019 et 2023. Soit plusieurs milliers de mètres cubes d’eau estimés.

En ce début d’automne, la zone humide sent la menthe, le parfum estival d’une saison de crise climatique qui se prolonge. « C’est insolent comme c’était vert, en pleine sécheresse, alors que les parcelles à la ronde étaient grillées », assure le premier magistrat de la commune, en se faufilant entre les roseaux. Mais la flore et la faune résistent. Des étudiants ont même repéré mi-septembre trois cuivrés des marais – un papillon rare aux ailes orangées. Une note d’espoir.

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La biomasse de poissons, c’est-à-dire le nombre de kilos à l’hectare, devrait continuer d’augmenter. Par exemple, « nous avons déjà plus de chabots, un petit poisson du fond de la rivière, que dans notre zone témoin », précise Aurélien Gesell, chargé de mission du Syndicat de la vallée de l’Ognon.

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« S’il y a eu une période où on pouvait faire des projets comme ça pour sauver une espèce de papillon ou de libellule, aujourd’hui, je suis intimement convaincu qu’on fait ça pour se sauver nous-mêmes, plaide Guillaume Blondel-Gaborieau. Là, ce n’est plus qu’on voit le mur s’approcher, c’est qu’on a le nez collé dessus ! »

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Compromis à trouver

Depuis 2013, quelque 80 kilomètres de cours d’eau sont restaurés en moyenne chaque année dans le vaste bassin Rhône-Méditerranée – auquel appartient la Haute-Saône –, selon les données de l’agence de l’eau, qui finance une partie de ces projets. De nombreuses rivières demeurent en souffrance, ici comme ailleurs en France et en Europe. Au niveau national, moins de la moitié d’entre elles sont jugées en bon état écologique, un indicateur qui rend compte du fonctionnement des milieux aquatiques : hydrologie, forme du lit, température de l’eau…

Mais plusieurs difficultés freinent l’adaptation aux extrêmes hydrologiques, dont celle de convaincre les détenteurs des terrains à reméandrer. « Il faut aller établir des conventions avec tous les propriétaires de parcelles qui peuvent être touchées, souligne Gilles Pinassaud, le président (sans étiquette) du Syndicat de la vallée de l’Ognon. Aujourd’hui, le principal obstacle, c’est cette animation foncière, qui prend beaucoup de temps. »

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Il y a souvent des réticences, des compromis à trouver. Certains paysans s’inquiètent de perdre des terres cultivables. Des riverains craignent, entre autres, de voir le paysage qu’ils connaissent depuis toujours se transformer. Dans le département limitrophe du Jura, le Syndicat de la vallée de l’Ognon, qui couvre aussi une partie du Doubs, a dû envisager de lancer une procédure de déclaration d’utilité publique auprès d’un réfractaire pour restaurer le ruisseau de la Vèze.

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Le courrier des avocats a suffi. Une première tranche de travaux a été terminée début 2025 en aval du village de Taxenne, à une trentaine de kilomètres de Besançon. « Notre objectif, c’était de freiner l’eau », résume Aurélien Gesell. « Avant, la rivière était toute droite. Si je prends ma casquette d’agriculteur, elle était très bien. C’était facile d’entretenir de chaque côté, raconte Ludovic Duvernois, le maire (sans étiquette) de la commune, depuis sa maison qui donne sur la Vèze. Mais lors des fortes pluies, ça inondait. Et ça inondait mal : l’eau sortait de n’importe où. Ça repartait aussi vite que ça venait. »

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Désormais, le petit cours d’eau sinue à côté de ses vaches aux couleurs bigarrées qui somnolent au soleil. Les habitants de Taxenne sont au sec. Le village d’après aussi. Quant aux animaux sauvages, ils y trouvent leur compte – en attestent les canards qui barbotent près des bovins. Et pour l’éleveur de 49 ans ? « Il y a des endroits où on ne peut presque plus passer. Ce sont des pâtures, ce n’est pas grave. Par contre, on ne pourrait pas avoir l’intégralité de notre surface agricole sur ce schéma-là », estime Ludovic Duvernois.

Et puis, même ici, les terres ont souffert des épisodes caniculaires de l’été et du manque de pluie, qui se prolonge. Le ciel reste vide, y compris en cette matinée d’automne. « Demain, s’il arrive un orage, l’eau va s’étendre et minéraliser le sol, elle va l’irriguer un coup, elle repartira tranquillement et quelques jours après ce sera tout vert ! », espère l’agriculteur. Mais, pour l’heure, la Vèze peine. Par endroits, le cours d’eau ne coule presque plus. Ailleurs, il disparaît sous un tapis d’algues – le reflet des nombreuses pressions humaines qui pèsent encore sur lui. La station d’épuration déverse, par exemple, trop d’eaux sales dans son lit. La Vèze n’a pas fini de guérir. (…)

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Léa Sanchez Loulans-Verchamp [Haute-Saône] et Taxenne [Jura], envoyée spéciale à suivre sur Le  Monde

 

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