Fermeture des lycées : pour les profs, «l’éducation nationale est la plus grande enseigne de bricolage du pays»
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Alors que 400 lycées étaient fermés vendredi 2 octobre en raison de la mobilisation des élèves, les professeurs témoignent d’une improvisation des cours à distance, entre manque d’anticipation, outils numériques inadéquats et difficultés à mobiliser.
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Près d’une semaine après le début de la mobilisation des lycéens pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage, «un peu plus de 400 établissements» sur les quelque 3 700 que compte le pays étaient fermés ce vendredi 2 octobre, selon le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray. Les professeurs, souvent prévenus tardivement de la fermeture de leur lycée, ont dû s’adapter rapidement aux modalités du distanciel. Mais les cours en visio sont encore loin, selon Grégory Thuizat, professeur de français au lycée Suger, à Saint-Denis et syndiqué au Snes-FSU 93, la première organisation du secondaire. Tout simplement «parce que les outils ne sont pas disponibles», indique-t-il.
Pour organiser une classe virtuelle, il faut que l’ensemble des élèves aient un code d’accès à l’espace numérique de travail, «ce qui met un certain temps en début d’année», poursuit l’enseignant. Alors, dans la plupart des établissements fermés, cet enseignement à distance se traduit par l’envoi d’exercices par mail ou de documents de cours à lire via Pronote. «Ça en reste là, c’est du bricolage», déplore Cédric (prénom d’emprunt), professeur au lycée Montebello de Lille, également élu au conseil d’administration de l’établissement.
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«C’est un peu décourageant»
Laurent l’avoue, au lycée Jean-Rostand de la commune voisine de Roubaix (Nord), «le distanciel consiste à envoyer un PDF» faute «d’outil spécifique pour mettre en place un apprentissage à distance». Vendredi matin, l’enseignant en BTS a envoyé une dizaine de pages d’un cours complet à ses étudiants. En fin d’après-midi, il n’avait reçu aucun retour. «Est-ce qu’ils lisent leurs mails, est-ce qu’ils regardent Pronote ?» Aucune idée, car il ne voit pas «si les étudiants se sont connectés, s’ils ont téléchargé les fichiers. On fait avec les moyens du bord, et c’est un peu décourageant».
Pour Grégory Thuizat, cet enseignement à distance est un «non-sens pédagogique». «L’éducation nationale est la plus grande enseigne de bricolage du pays, et, comme au temps du Covid, rien n’est prêt», dénonce-t-il, tout en soulignant des consignes peu claires et une «organisation totalement erratique», après une décision de fermeture des lycées prise tardivement jeudi soir.
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«On accompagne moins bien les élèves»
«Pour être honnête, on n’a quasiment pas eu de temps pour préparer les cours à distance», regrette Laurent. Il a reçu un mail à 18 h 30 mercredi soir l’informant que son lycée serait fermé le lendemain, jeudi, et qu’il fallait assurer une «continuité pédagogique» à distance. Le tout sans visibilité sur la suite des événements. «Je suis dans le flou, au courant de rien. J’ai essayé d’appeler la proviseure adjointe, et je n’ai pas réussi à la joindre.» Même inquiétude pour Cédric, qui se préoccupe du retard pris dans les apprentissages. «Il faudrait des consignes à plus long terme. Là, on est à l’arrêt en termes de progression, on aura perdu une petite semaine de cours.» L’enseignant lillois poursuit : «Ça prend du temps de faire une activité seul chez soi, sans interaction avec un prof, et c’est difficile pour les élèves d’être motivés.»
Il redoute également «une fausse continuité pédagogique» qui «provoque un accroissement des inégalités» : «On accompagne moins bien les élèves et ce sont ceux les plus en difficulté qui subissent le plus.» Au lycée Montebello, 60 % des élèves sont boursiers, «il y en a beaucoup qui n’ont pas de moyen de connexion efficace chez eux», note Cédric. Il a par exemple envoyé une vidéo à regarder, suivie d’un questionnaire à remplir. «J’ai déjà eu deux messages d’élèves me disant que leur connexion s’est interrompue pendant qu’ils répondaient aux questions.»
Parlant en sa qualité d’élu au conseil d’administration, le professeur craint que cette fermeture des lycées soit utilisée «pour empêcher les élèves de se réunir et s’exprimer, ce qui peut aussi avoir pour effet d’accroître leur insatisfaction et leur colère». Même sentiment chez Grégory Thuizat, qui se dit «éberlué de voir que ce qui importe pour l’exécutif, c’est de rétablir l’ordre, pas d’émanciper la jeunesse par les savoirs».
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Mobilisation lycéenne : trois journées de colère et de nombreuses violences policières
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Des publications sur les réseaux sociaux et des témoignages d’adolescents font état de pratiques prohibées de la part d’unités de police. Plusieurs organisations syndicalistes de l’éducation nationale alertent sur ces violences subies par les élèves.

L’un des cas les plus graves s’est déroulé dans la commune de Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise, mardi. Eden L., un adolescent de 14 ans, a été touché au visage par un tir tendu de grenade lacrymogène effectué à très courte distance, environ 1 mètre, par un policier. Une utilisation interdite de cette arme, à l’exception d’un cas de légitime défense. Le canon du lance-grenade doit être orienté vers le ciel, à 45 degrés, pour permettre à la grenade de s’ouvrir dans le ciel.
Diffusées sur les réseaux sociaux, les images de la scène montrent le lycéen repoussé par l’agent qui tient le lance-grenades, puis frappé par un autre policier armé d’une matraque. L’adolescent donne alors un coup de pied juste avant d’être atteint au bas du visage. L’avocate de sa famille, Elsa Marcel, indique à Libération que son état de santé est «catastrophique» : «Il a une double fracture de la mâchoire, toutes ses dents sont cassées en haut, il a la mâchoire scellée, il va devoir s’alimenter avec une paille et ne pourra pas parler pendant au moins six semaines, on ne sait pas comment il va se rétablir, sans même parler du traumatisme psychologique.» Contacté, pour savoir si une audition du policier auteur de ce tir a été réalisée et si des poursuites sont envisagées, le parquet de Pontoise, qui a confié une enquête à l’Inspection générale de la police nationale, n’a pas donné suite.
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Coups, gaz lacrymogène et clé de bras
Un autre adolescent a été gravement blessé au visage, mercredi à Tours. Sur une vidéo également diffusée sur les réseaux sociaux, il est visible, assis dans la rue, atteint au niveau de l’œil droit et le visage ensanglanté. La procureure de la République, Catherine Sorita-Minard, a indiqué que les lésions sont «compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD [lanceur de balle de défense, ndlr]». La préfecture d’Indre-et-Loire a indiqué pour sa part que les caméras piétons des policiers étaient allumées et que les images pourront donc être rapidement exploitées par les enquêteurs.
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La veille, devant le lycée Blaise-Cendrars, à Sevran (Seine-Saint-Denis), où des professeurs étaient en grève, une charge de policiers à cheval a fait plusieurs victimes. Des témoins affirment que des parents d’élèves ont été traînés à terre et que des élèves ont été visés par des coups et du gaz lacrymogène. Des images de la scène permettent de voir la charge de ces mêmes fonctionnaires. Une enquête judiciaire est en cours sur ces faits.
D’autres séquences permettent de voir de nombreuses violences de policiers contre des lycéens, un peu partout en France. C’est par exemple le cas d’une adolescente étranglée par un agent devant le lycée Leclerc-Navarre à Alençon, dans l’Orne. Le fonctionnaire maintient dans un premier temps l’élève avec une clé de bras, puis quelques instants plus tard, la plaque au sol, avec son genou placé dans la zone de sa tête.
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Des policiers masqués et qui empêchent de filmer
La plupart des violences documentées par des vidéos postées sur les réseaux sociaux sont le fait d’unités de police non spécialistes des opérations de maintien de l’ordre, souvent membres d’unités locales, mobilisés sur ces missions pourtant délicates, face à des mineurs. Par ailleurs, sur plusieurs séquences, des policiers se masquent le visage pour entraver leur identification et empêchent des témoins de filmer.
Dans un télégramme envoyé aux préfets mercredi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, appelle à un «usage strictement proportionné» de la force mais ajoute que cela «ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre». Interrogé par l’intermédiaire de son cabinet pour savoir si des enquêtes administratives ont été ouvertes sur les différents faits de violence connus, et si des mesures conservatoires telles que des suspensions ont été décidées, Laurent Nuñez n’a pas donné suite. Dans une conférence de presse en fin de journée mercredi, il affirmait que les forces de l’ordre intervenaient avec «beaucoup de proportionnalité, beaucoup de tact, pour mettre un terme aux exactions, aux troubles à l’ordre public».
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