Coupes rases et biodiversité : L’ONG Canopée bloque l’usine Sylvamo, près de Limoges et réclame l’application de la loi sur les espèces protégées.
Saillat-sur-Vienne (87), le 15 octobre 2026, 9h30.
Depuis ce matin, 9h15, plus aucun camion ne peut livrer de bois à l’usine de la papeterie américaine Sylvamo, située à Saillat-sur-Vienne en Haute-Vienne (87). Une vingtaine d’activistes menés par l’association Canopée Forêts Vivantes bloquent l’entrée de l’usine.
Enchaînés sur la voie d’accès destinée aux grumiers à l’aide de blocs de bétons de plus de 80 kg de type « arms-locks », les activistes sont arrivés, tôt ce jeudi 15 octobre 2026, et se sont installés dans le calme et sans violence. Devant l’usine, la file des engins va probablement s’allonger : plus de 200 camions livrent le site chaque jour.
Canopée demande la transparence et l’application de la loi
Les activistes ont demandé à rencontrer la direction de l’usine, et réclament :
Que Sylvamo exige de ses fournisseurs un minimum de diligences avant toute coupe (consultation des bases de données naturalistes, réalisation d’inventaires des espèces protégées) afin d’identifier les risques et de prévenir les atteintes à ces espèces et à leurs habitats ;
Que Sylvamo publie sur son site internet l’origine du bois acheté, en précisant les communes et les références cadastrales des parcelles dont il provient ;
Que le gouvernement donne aux préfets et à l’OFB des instructions claires pour faire respecter la réglementation relative aux espèces protégées et à leurs habitats lors des travaux forestiers.
Un gîte de chauves-souris détruit malgré des alertes répétées
Canopée a alerté l’entreprise Sylvamo à plusieurs reprises, par e-mail, sur le risque d’atteintes à des gîtes d’espèces protégées lors de chantiers forestiers menés par sa filiale d’exploitation, « Les comptoirs de Brive », ou ses fournisseurs. Malgré la transmission d’inventaires naturalistes précis et sans équivoque, et des appels à suspendre les coupes sur le terrain et publiquement sur les réseaux sociaux, Sylvamo a continué ces chantiers entre juillet et septembre 2026, avec pour conséquences la destruction d’habitats d’espèces protégées.
Sur la commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois (lieu-dit Bois Chardet), dans la Creuse, un gite de Barbastelles (chauve-souris) a été détruit. L’atteinte aux espèces protégées est un délit passible de trois ans d’emprisonnement et de 150 000€ d’amende par l’article 415-3 du code de l’environnement.
Une plainte a été déposée le 8 octobre 2026 auprès de la Procureure de la République du tribunal judiciaire de Guéret (23) et au pôle régional spécialisé en matière d’atteintes à l’environnement du tribunal judiciaire de Limoges (87).
Bruno Doucet, chargé de campagne de Canopée, déclare : « Nous avons tenté le dialogue pendant des mois, sans résultat. Nous déplorons cette situation qui ne fait qu’accentuer les tensions avec les riverains. Nous appelons l’entreprise à respecter la loi, et l’État à la faire appliquer.
Pendant ce temps, à Bruxelles, le risque de recul de la protection des espèces
L’action, résolument non-violente, s’inscrit dans un contexte de simplification du régime de protection des espèces protégées, en cours de négociation à Bruxelles, dans le cadre du paquet Omnibus environnemental. La France a demandé d’assouplir les règles pour les « travaux de gestion forestières », comme l’a révélé Contexte.
Canopée est une association experte qui agit à la racine des problèmes : faire changer les lois et les pratiques des entreprises pour protéger les forêts en France et dans le monde. Sa méthode repose sur 3 leviers d’actions complémentaires : informer, mobiliser les citoyens et interpeller les décideurs.