Sélectionner une page

 L’Histoire comme boussole: Pourquoi nous ne pouvons plus fermer les yeux 

.

Je suis une passionnée d’Histoire. Pas de cette Histoire figée dans la poussière des manuels ou réduite à un récit national célébrant de grands hommes. Ce qui me passionne, parce que j ai besoin de comprendre et dapprendre, c’est l’Histoire vivante : celle qui aiguise notre esprit critique, nous donne des grilles d’analyse et nous offre le recul nécessaire pour décrypter le présent.

Aujourd’hui, quand j’observe la situation politique et sociale en France, un sentiment d’urgence – de peur – de désarroi- m’envahit…

.

Après presque une décennie de politiques macronistes néolibérales et de détricotage méthodique de notre modèle social, nous touchons au point de rupture. L’austérité budgétaire imposée année après année asphyxie nos hôpitaux, démantèle l’Éducation nationale et sacrifie les services publics essentiels. Les inégalités explosent, la grande pauvreté s’installe, la santé mentale est au plus bas, et la présentation des nouveaux budgets ne propose qu’une même recette : faire payer les classes populaires et moyennes pour maintenir les privilèges du « bloc bourgeois ».

Face à cette précarisation généralisée, ces dernières années et encore actuellement

.

, des centaines de milliers de citoyens, de travailleurs, de retraités, mais aussi de lycéens et d’étudiants sont dans la rue pour défendre leur droit à un avenir digne.

Quelle est la réponse du pouvoir ? La sourde oreille administrative, doublée d’une répression policière d’une violence inouïe. Voir une jeunesse gazée, matraquée, arrêtée massivement pour le seul fait de manifester sa détresse devrait faire tressaillir n’importe quelle démocratie. Or ce que I on nous renvoie en boucle c’est l’image des casseurs, de gauche extrême à en croire les médias aucune autre vérité n’est possible, et le fond des revendications n’est plus évoqué. On hypothèque l’avenir de toute une génération, et lorsqu’elle s’indigne, on lui envoie la force armée.

.

En tant qu’amatrice d’Histoire, il est un mécanisme précis qui m’interpelle : la manière dont un pouvoir en difficulté saisit un événement violent pour disqualifier toute opposition légitime.

Récemment, l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges en marge des mobilisations est devenu le point focal du discours médiatique et politique. Immédiatement, le pouvoir et les éditorialistes se sont engouffrés dans la brèche pour jeter l’anathème sur l’ensemble du mouvement social, faire passer les contestataires pour des << ennemis de la République » et masquer les causes profondes de la colère sociale.

.

Il ne s’agit pas de faire un amalgame simpliste ni de décréter que nous sommes en 1933.

Comparaison n’est pas raison. Cependant, l’Histoire possède des régularités qu’il serait criminel d’ignorer.

.

En février 1933, l’incendie du Reichstag à Berlin fut l’étincelle que le pouvoir nazi utilisa pour proclamer le Reichstagbrandverordnung (le décret de l’incendie du Reichstag). Sous prétexte de << protéger le peuple et l’État », ce texte suspendit les libertés fondamentales, autorisa le fichage, les écoutes, les gardes à vue sans motif, et permit de criminaliser toute la gauche politique. L’autoritarisme, puis la dictature et le fascisme ne se sont pas installés du jour au lendemain par magie : ils se sont engouffrés dans cette brèche sécuritaire, légitimés par la peur et la complicité d’élites conservatrices trop heureuses de museler la contestation sociale.

Apprendre de l’Histoire, c’est précisément repérer ces glissements idéologiques avant qu’ils ne deviennent irréversibles.

.

Cette mécanique n’est pas seulement historique ; elle est aussi littéraire et philosophique. N’est- ce pas exactement ce que George Orwell nous racontait dans 1984 ?

Dans son chef-d’œuvre, Orwell ne décrit pas seulement un État totalitaire ultra-visible; il décortique les mécanismes de la domination :

La fabrique du bouc émissaire (les << Deux Minutes de la Haine » contre Goldstein), qui rappelle la façon dont la gauche et la contestation sociale sont aujourd’hui désignées comme les uniques responsables du désordre par les chaînes d’information en continu La Növlangue, qui inverse le sens des mots : la répression devient << protection », la casse sociale devient « réforme », et la défense des droits devient du « terrorisme intellectuel » ;

.

La surveillance généralisée et le fichage, la restriction des libertés d’expression et de réunion sous le prétexte permanent d’une menace extérieure ou intérieure.

Orwell nous avertissait : la tyrannie commence quand la réalité est déformée par le discours officiel et que la population, épuisée financièrement et matraquée médiatiquement, finit par accepter l’inacceptable par résignation.

L’Histoire ne se répète pas à l’identique, mais elle rime. Elle nous met en garde.

.

Se pencher sur les erreurs du passé, analyser la rhétorique du pouvoir et garder un esprit critique en toutes circonstances ne sont pas de vains exercices académiques. Ce sont des actes de résistance démocratique. Si nous ne tirons pas les leçons des basculements d’hier, nous nous condamnons à subir les dérives de demain.

N’attendons pas qu’il soit trop tard pour rallumer la lumière de la vigilance.

.

Laura Marchelli
26150 Die
.
Elue municipale ( Die ) et communautaire ( Communauté des Communes du Diois )  La France Insoumise
Coordinatrice bénévole de l’Association SAB26 
Fondatrice des Popotes
Présidente du Cabas Solidaire du Diois
A l’initiative Des nettoyages citoyens des bords de Drôme

 

 

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *