Tracts – Liberté, dignité, habitabilité. Donner au siècle la valeur qui lui manque
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(Tracts Gallimard, Grand format, 4.90 €) de Baptiste Morizot et Laurent Neyret.
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D’accord sur la question « est-il possible de vivre librement, de vivre dignement, de « prospérer » par conséquent, dans un monde de moins en moins habitable, où la vie, le « plein vivre » l’aura cédé à la « survie », au « rétrécissement des possibles », à la « non mort » généralisée ? ». Que l’on soit pauvre ou riche !
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Quelle conclusion en tirer ?
Est-ce vivable d’habiter dans un monde où nous serons assommés par les canicules, fragilisés par les soubresauts du climat, confinés par les pandémies, dégradés par des maladies que l’on a plus les moyens de soigner, affamés par des récoltes faméliques, abîmés par la « guerre d’usure, diluée, des pesticides », menacés à chaque coin de rue, bunkerisés face aux menaces extérieures, déclassés pour cause d’IA, épuisés par la compétition et les nécessités de la survie, usés par les fins de mois, démoralisés par la dégradation du vivant et de la nature… ?
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Les riches 1 auraient-ils la naïveté de croire qu’ils vont pouvoir « vivre en Suède », au frais, librement, dignement, entourés de milliards de « désespérés » … pas plus qu’il ne suffit pas d’habiter enfermés dans un logement climatisé pour vivre normalement ? Les riches, mais aussi les autres oublient-ils à quel point nous sommes interdépendants, entre nous, avec la nature dont nous sommes l’un des éléments ? Oublient-ils que sans interdépendance il n’y a pas d’économie viable ? Oublient-ils que les révoltes induites, les confrontations violentes, finiront d’achever la survie moribonde pour toute forme de vie ?
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Bref, et c’est le cœur du sujet, impossible de vivre librement et avec dignité dans un monde « où détruire ce qui nous fait vivre est légal, banal et rentable », donc dans un monde inhabitable. Si notre devise « liberté, égalité, fraternité » n’a pas pris de rides elle a néanmoins besoin d’être complétée. La « valeur » « Habitabilité de la Terre pour la vie et par la vie » (qui conditionne à l’évidence celle de dignité et de liberté) doit surplomber l’ensemble de nos règles du jeu. Cette habitabilité, forcément pour toutes et tous, pour toute forme de vie, devient par conséquent un « Impératif » vital, une condition nécessaire (mais insuffisante) pour ne pas nous « contenter » de survivre. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de lois environnementales perçues comme des contraintes administratives ou techniques. Il faut faire de cette « valeur cardinale » LA priorité, une méta-norme et une boussole. En d’autres termes inscrire cet impératif « existentiel » dans la loi fondamentale, en France dans la constitution… et consécutivement dans le droit pénal (« ce qui est tolérable cesse de l’être »).
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Si cette exigence d’habitabilité s’impose assez facilement à l’esprit, reste à prendre conscience, riches et pauvres, de nos interdépendances (« processus constant de régénération », « trame d’interdépendances »…). Pas « simple » dans une culture largement manichéenne prompte à la confrontation ! A l’approche de l’élection présidentielle, je vois avec inquiétude la ligne de partage entre confrontations partisanes et coopération, entre intolérance et « courage du dialogue » alors que nous sommes maintenant confrontés aux défis radicalement nouveaux de cette « seconde modernité » qui nous contraint à inventer un nouveau logiciel.
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Nous sommes bien en face d’un double défi : compromis pour faire face aux périls immédiats, créer les conditions du dialogue pour réfléchir au fond, aux valeurs, aux choix éthiques et sociétaux. En d’autres termes être à la fois sur le court terme et le long terme. Faire de la menace une opportunité. ?
A ce stade je « saute » sur l’émouvante dynamique insufflée par la visite du Pape. Car il y a bien une France en quête de sens, d’Idéal, et c’est elle qu’il faut mobiliser sur le thème justement de l’habitabilité.
Il n’est pas trop tôt et, je l’espère, pas trop tard non plus pour s’en occuper 2.
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Jean-Louis Virat
164 Impasse Prémol 26150 DIE. Tel : 06.08.25.10.31
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1 Je n’hésite pas à dire que « plus on est riche plus on pollue ». Par conséquent face au péril, plus on est riche plus on a de responsabilité et d’obligations.
2 « L’heure est désormais venue de s’engager dans une cartographie précise des différents modes d’intégration possible de l’habitabilité dans le droit… el est l’objet de la mission du groupe de travail international sur le Principe habitabilité qui va être installé au sein de l’Ecole de droit et de l’Ecole du climat de Sciences Po » (pages 55 et 56)
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La presse en parle
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« Nous sommes très réalistes sur la gravité des impasses actuelles. Mais la pensée, comme l’eau, cherche des brèches ouvertes par la complexité même du système. L’enjeu est précisément de faire du principe habitabilité l’instrument de ces puissances moyennes, face aux logiques impériales, fossiles et guerrières qui reviennent en force. Car les puissances moyennes n’ont pas la force pour elles : elles n’ont que le droit. Et c’est leur chance. Le droit doit protéger ce que la force ne peut plus défendre. »
Baptiste Morizot. Entretien avec Baptise Morizot et Laurent Neyret, propos recueillis par Nicolas Truong, Le Monde, 1er juin 2026
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«Protéger des espèces isolées sans protéger leurs relations revient à conserver les instruments et détruire l’orchestre. La Déclaration de Rio de 1992 s’ouvre par ces mots : “La Terre, foyer de l’humanité, constitue un tout marqué par l’interdépendance.” Cette intuition est hélas restée en sommeil pendant trente ans. Le droit de l’environnement s’est construit comme un droit de polluer, de polluer
d’une manière supportable. On s’aperçoit aujourd’hui que ce n’est plus tenable. »
Laurent Neyret. Entretien avec Baptise Morizot et Laurent Neyret, propos recueillis par Rémi Noyon, Le Nouvel Obs, 21-27 mai 2026.
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«Les propositions sont raisonnées, argumentées et imparables. […] Leur pari, c’est qu’au siècle prochain, l’habitabilité sera une évidence héritée. “Et que, comme on dit aujourd’hui les privilèges de naissance, ce n’est pas tolérable au nom de l’égalité, quelqu’un dira en 2100 : Non, ça ce n’est pas tolérable au nom de l’habitabilité.” Et pourquoi pas ?»
Frédérique Roussel, Libération, 7-8 mai 2026.
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«Dans un texte puissant […], le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret ouvrent une voie décisive pour permettre à la vie de continuer, tout simplement.»
Jean-Marie Durand, Les Inrocks, 29 avril 2026.
