Derrière les poids lourds qui se disputent le premier tour de la présidentielle 2027 prospère une faune étrange et bigarrée : chanteurs complotistes, avocats insurrectionnels, prophètes du Frexit, Christ cosmique, citoyens souverains et autres pourfendeurs du « système »… Avec des styles très différents, des ridicules spécifiques, tous agitent les mêmes fantasmes : le rejet des élites, des institutions, des médias, de la démocratie représentative, de ses clivages traditionnels. Tous sont convaincus que la politique n’est qu’une machine à poignarder le peuple dans le dos… et voudraient bien en vivre. Meetings improvisés, appels aux dons, promesses de « Grand Soir » : la mise en scène compte souvent plus que la stratégie électorale.

Mais pourquoi donc s’infliger une défaite programmée ? Les motivations se recoupent plus qu’elles ne varient. D’abord, l’ego, dans toutes ses variantes : se croire seul détenteur d’une vérité que 69 millions de Français ignorants n’attendraient qu’à découvrir, et le plaisir, plus prosaïque, de faire parler de soi. Une candidature, même vouée à l’échec, vaut son pesant de vues sur TikTok, voire quelques plateaux TV. Ensuite, l’argent, en théorie : dons de campagne, remboursement de l’État, à condition de franchir les 5 %, un seuil que ces candidats n’ont, à ce jour, jamais aperçu même avec des jumelles. Il y a enfin l’idéalisme, ou la naïveté, la plus généreuse des explications, seul mobile qu’aucun échec électoral ne suffit à décourager. Plus qu’une collection de curiosités, ces candidatures cartographient la défiance contemporaine. Loin d’être des cases étanches, ces différentes familles fonctionnent selon le principe des vases communicants : l’antiaméricanisme y épouse la rhétorique antivax, tandis que le souverainisme peut basculer dans le complotisme le plus échevelé. Voici le panorama sans concession des candidats les plus tocards.

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Laura Acquaviva Dossier Les Tocards

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Commençons par un forcené. Francis Lalanne, le troubadour poutinolâtre convaincu que « la Russie deviendra si ça continue, un lieu de refuge pour les libres penseurs comme sous Catherine II », que Brigitte Macron est un homme ou que la vaccination contre le Covid est un crime contre l’humanité et qui promet Matignon à Dieudonné en cas de victoire… Au programme du duo Francis-Dieudo : Frexit, sortie de l’Otan, retour au franc, RIC (référendum d’initiative citoyenne) pour tout et n’importe quoi, retrait des troupes françaises à l’étranger, fin des « obligations médicales », haine des élites, fascination morbide pour la Russie, le tout agrémenté de théories complotistes et de relents antisémites. Quiconque le décrit pour ce qu’il est se voit aussitôt traité de « pédo-mondialiste satanique » par un fou furieux qui aime à se déguiser en Joker. Honnêtement, on le voit mal franchir la barre des 5 %.

À côté de Lalanne, François Asselineau, le courtois paranoïaque souverainiste, fait figure d’homme sérieux. Énarque (comme Philippot) et costumé, Asselineau (que ses fans surnomment « le deuxième de Gaulle») maîtrise le baragouin de la haute fonction publique et persuade une tripotée de disciples fanatisés. Le sérieux s’arrête là. Son lancement de campagne, en discrète fanfare, s’est tenu à une réunion avec l’antivax Louis Fouché et le poutinofou Dimitri de Kochko. À l’en croire, la CIA se dissimule derrière le RN, les nazis sont les fondateurs de l’UE, Raphaël Glucksmann est un agent de l’État profond américain… Exhumé de l’anonymat par Frédéric Taddeï, Laurent Ruquier et Natacha Polony, François Asselineau n’apparaît qu’en période électorale, le temps de prédire le Frexit et de faire moins de 1%. Le reste du temps, il donne des conférences de cinq heures que ses fans se passent en boucle. En 2022, l’aventure électorale avait tourné court à cause de vilaines poursuites judiciaires pour harcèlement et agression sexuelle, et de purge des cadres frondeurs de son petit parti, l’UPR. Mais qu’on se rassure, il est de retour et il n’est pas content. L’Europe n’a qu’à bien se tenir.

D’autant que l’Europe trouve un autre farouche adversaire avec Florian Philippot, l’inoffensif radical-populiste, ancien vice-président du FN, fondateur des Patriotes, une écurie fantôme et europhobe qui aligne fièrement zéro député, zéro sénateur, zéro maire, et un parrainage, un seul sur 500, lors de la présidentielle de 2022. C’est sur X que Philippot prospère avec 520 000 abonnés, qu’il flatte à coups de résistance à la « coronafolie », d’appels à la sortie de l’Europe et de délires prorusses : « Oh mais quelle surprise, finalement l’ogre russe ne va pas envahir l’Ukraine! […] Il faut sans cesse rappeler que tout ce qui est dit par les États-Unis à l’international n’est que mensonge et manipulation ! » a-t-il tweeté quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le pass sanitaire ? Une mesure dictatoriale. Les vaccins ? Une arnaque criminelle. La pandémie? Un complot liberticide. La solution ? Le Frexit et le RIC ! Has been à 35 ans lorsqu’il a quitté le RN, Philippot est une mini-comète qui repassera dans cinq ans.

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“GRAND MONARQUE”

Troisième europhobe, rival en insignifiance mais supérieur en longévité, Nicolas Dupont-Aignan, le gaulliste des vérités alternatives. Candidat en 2012, 2017 et 2022, NDA est toujours persuadé que la prochaine sera la bonne. Le sommet de sa carrière, c’est en 2017, où, parce qu’il avait réalisé un 4,70% faramineux au premier tour, Marine Le Pen l’a présenté comme son Premier ministre en cas de victoire. Depuis, il croupit dans des vidéos ridicules où, sous un gaullisme d’apparat, il cultive un complotisme débridé : « grand remplacement », « vaccins en phase expérimentale » et intox sur l’UE… Bref, NDA raconte n’importe quoi et plafonne à 2%. Assez sur ce sujet, assez d’europhobie, exit le Frexit, quittons l’UE, la terre des hommes et le plancher des vaches pour nous élever jusqu’à Sylvain Durif, le candidat cosmique, à côté de qui Francis Lalanne est un être cartésien. « Grand Monarque », « Christ cosmique », pourfendeur des « reptiliens »… Une question subsiste : pourquoi ce «surhomme» en lien avec les «vaisseaux de Vénus» s’emmerde-t-il à vouloir devenir président ? D’autant que le chemin est long pour celui qui n’a récolté que 7 voix sur 141 aux municipales d’Arques, dans l’Aude.

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“ILS ME TUERONT AVANT”

Tous paraissent bien mornes à côté de Sylvain Durif, sauf Juan Branco, l’«ego-tripant» maladif qui tweetait en 2021 « Good luck Emmanuel Macron » pour accompagner la sortie du livre Abattre l’ennemi, et qui aspire à la présidence de la République après avoir théorisé l’insurrection comme seul moyen de renverser le système. Robespierre de wish, fasciné par la guillotine, Juanito adore la violence, propose d’attaquer les préfectures, de prendre des otages, de créer des « tribunaux populaires révolutionnaires pour juger les élites» avec lui-même pour procureur. Tout a commencé à l’École alsacienne, où, jaloux comme un pou du beau Gabriel Attal, il nourrit une haine pour son double bénéfique qui le porte, des années plus tard, à « outer » le rival devenu ministre.

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Florian Philippot, fondateur des Patriotes, aligne fièrement zéro député, zéro sénateur, zéro maire, et un seul parrainage lors de la dernière présidentielle.

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En 2017, candidat insoumis aux législatives, son programme tient en une phrase : « foutre le bordel » à l’Assemblée. D’autres s’en chargeront. En 2020, il joue un rôle trouble dans l’affaire Griveaux aux côtés de l’activiste russe Piotr Pavlenski, dont il devient l’avocat. Il défend les délires de Maxime Nicolle, figure des Gilets jaunes condamnée pour menaces de mort, séquestration et violences, le suprémaciste Kemi Seba, financé par Wagner, avant de prendre en 2024 la défense d’Aurélien Poirson-Atlan, alias « Zoé Sagan », spécialiste de la diffamation et des fausses révélations, notamment sur la prétendue transidentité de Brigitte Macron. Une rumeur que Branco reprend à son compte pour accuser le président de vouloir déclencher une « Troisième Guerre mondiale » afin de l’étouffer. Car Branco ne se contente pas de défendre ses clients : il reprend leur logiciel. Le Covid devient une «expérimentation à large échelle », les journalistes des «trafiquants d’informations», et les étoiles de David taguées à Paris une opération du pouvoir, avant que l’enquête ne pointe la Russie. Se rêvant en martyr, il sous-titre sa photo de campagne « Ils me tueront avant ». Après une hospitalisation au retour de la RDC, il se dit convaincu d’avoir été empoisonné par un virus létal. On ne savait pas la turista si ambitieuse.

Vous croyez avoir tout vu ? Attendez-vous à plus dément encore avec Pierre Legrand, l’agité du contrat. La République ? Connaît pas. C’est en 2024 qu’avec son épouse, une infirmière suspendue pendant le Covid, ils se font connaître, en s’opposant aux gendarmes qui les contrôlent avec une formule qui fera florès : «On ne contracte pas.» Ce couple issu de la mouvance des « citoyens souverains » ne reconnaît ni l’État français ni les tribunaux devant lesquels ils comparaissent. Importée des États-Unis, la doctrine tient en une fiction juridique : l’État ne serait qu’une société commerciale, la loi un contrat que l’«homme vivant» serait libre de refuser. Les tribunaux, eux, y voient plus prosaïquement des délits. Cela n’empêche pas « Pierre de la famille Legrand par ouï-dire », comme il se désigne, de briguer la présidence – pardon : la « gérance » – de la France, puisqu’à ses yeux la magistrature suprême n’existe pas. On ne contracte pas, mais on candidate.

Rois, prophètes ou insurgés : tous devront, comme le commun des mortels, réunir 500 signatures d’édiles pour voir leur nom sur un bulletin. C’est là que le principe des parrainages trouve tout son sens.

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Rudy Reichstadt
 Rudy Reichstadt et Annie Tiet
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L’époque est aux radicalités, à la polarisation et à la manipulation de l’information. Face aux extrêmes qui montent, nous proposons un projet éditorial qui combatte leurs raccourcis, leurs « Fake news » et se batte pour faire entendre haut et fort le droit à la nuance.

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Un journal de combat.

Combat contre les populismes, et toutes les fièvres identitaires. Celle de l’extrême-droite qui maquille la haine d’une religion en défense de la laïcité.  Combat contre l’obscurantisme et l’égoïsme des anti-vax, prêts à laisser prospérer un virus mortel, en relayant de fausses informations et des peurs toxiques. Combat contre les complotistes et les propagateurs de fausses nouvelles. Combat contre la manipulation sur les réseaux sociaux, devenus des déversoirs de haine et érigés en tribunaux populaires, où l’appel au lynchage est désormais une pratique courante. Combat contre tous les démagogues.

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La raison est un combat

Et Franc-Tireur le mène  cette formule réunit un bataillon d’éditorialistes à la plume aussi pertinente qu’acérée. Des hommes et des femmes courageux et déterminés, passionnés et raisonnables. Des francs-tireurs. Leurs tribunes, chroniques et éditoriaux sonnent comme autant de coups de canon, de la Une jusqu’à la « der ».