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Fondation Jean-Jaurès : «La secousse extrémiste Zemmour laissera des traces»

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La fondation et ses partenaires publient ce mercredi un long dossier de plusieurs articles qui analysent l’électorat et la stratégie politique du polémiste d’extrême droite, presque candidat à la présidentielle

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Selon l’auteur d’un des articles du dossier publié par la fondation Jean-Jaurès, l’irruption d’Eric Zemmour sur la scène politique signe d’abord un «nouveau style de campagne – celui de la campagne à mort».
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Nicolas Massol
 27/10/2021 
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Une fois passée la stupeur, il faut fermer la bouche, remettre ses lunettes et penser le phénomène Eric Zemmour. Un dossier publié ce mercredi par la fondation Jean-Jaurès s’y attelle, sans attendre que finisse la comédie du faux suspense autour de la candidature du polémiste de plateau télé. Et avec cette conviction : «Quoi qu’il advienne, la “secousse Zemmour” laissera des traces : sur le ton de la campagne, sur le positionnement des autres candidats et peut-être sur la façon même de faire de la politique à l’avenir», prédit Raphaël Llorca, auteur d’un des articles, conseiller en communication et doctorant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

De fait, selon le communicant, l’irruption de l’ex-journaliste sur la scène politique signe d’abord un «nouveau style de campagne – celui de la campagne à mort». Refus de tout compromis et violence assumée : le quasi candidat endosse le costume du «dynamiteur», dans une France, rappelle Llorca, où le premier qualificatif à l’égard du personnel politique est «indifférence». Pour se distinguer, Zemmour mènerait sa barque façon Netflix, alors que ses concurrents à droite en seraient restés à l’ère de TF1. Là où les uns déroulent un plan média à l’ancienne : conférence de presse, Figaro, JT de 20 Heures, lui adopte un rythme continu, nourri en rebondissements. «Eric Zemmour est capable, dans une même émission […] d’alterner des passages “didactiques” au cours desquels il disserte sur l’histoire de France, et des passages de clash où il lâche en uppercut, un propos qui fera polémique», souligne le communicant. Sans parler de son jeu de scène, n’hésitant pas à braquer une arme sur un journaliste et à dévoiler une femme dans la rue.

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«Cocktail du zemmourisme»

Tout à la fois enfant chéri, corne d’abondance et amoureux vache des médias, Zemmour est, il est vrai, servi par eux plus souvent qu’à son tour. «La commande permanente de sondages […], venant alimenter une actualité à laquelle les politiques sont sommés de réagir en temps réel enclenche un cercle dont on peut douter qu’il soit vertueux», regrette Mathieu Souquière, expert associé auprès de la fondation. Attention cependant à ne pas voir en Zemmour un pur «feu de paille médiatique», prévient l’auteur qui perçoit plutôt en lui «un habile surfeur dominant une vague que viennent gonfler deux forces souterraines» – bien réelles, elles : l’enracinement du populisme dans le pays et la droitisation de l’opinion. Zemmour jouerait plus de celle-ci que de celui-là : s’il est bien populiste dans sa dénonciation des élites, son complotisme et sa position de pourfendeur du système, il invoque rarement le peuple, «préférant en appeler à la nation et à sa grandeur passée», relève Souquière. Et de résumer : «Un tiers de populisme, deux tiers d’ultranationalisme, tel est donc le cocktail du zemmourisme.» A cette recette, Milo Lévy-Bruhl et Frédéric Potier ajoutent un ingrédient, la «dépolitisation» que signe la sentence contenue dans le dernier livre du pamphlétaire : «La démographie, c’est le destin.» «La politique (…) n’aura aucun effet sur une destinée fixée par la naissance ?», s’interrogent les auteurs qui estiment que le projet zemmouriste se borne à une alternative : la mort de la France ou sa survie. Laquelle «ne passe pas par une politique mais par des persécutions».

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Il n’est donc pas étonnant que ces idées extrêmes trouvent leur écho dans un électorat marqué par la radicalité. C’est ce qui apparaît dans l’enquête menée par le sondeur Ipsos et le Cevipof de Sciences-Po, partenaires de la fondation Jean-Jaurès, sur un échantillon de 9 000 personnes ayant déjà fait leur choix (sur un panel total de 16 000 interrogées), analysée par Antoine Bristelle et Tristan Guerra, de la fondation. Exemple : 81% de ses sympathisants voient dans l’islam une menace pour la République… soit plus que les électeurs frontistes (73%). Pareil pour l’idée qu’il y aurait trop d’immigrés en France (83% de «oui» chez les zemmouristes, contre 78% au RN – et 35% pour l’ensemble de la population). Zemmour a donc cette particularité de séduire bien plus à droite que Marine Le Pen (31% de ses électeurs de 2017 se reporteraient sur lui en 2022), tout en recrutant plus large qu’elle, puisque ses soutiens pourraient venir presque autant de LR (23% des électeurs de François Fillon en 2017 voteraient Zemmour, contre seulement 4% pour Le Pen). Sur les opinions économiques, cet électorat potentiel semble d’ailleurs téter des mamelles de l’un comme de l’autre : seuls 37% d’entre eux sont d’accord avec l’idée qu’il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres (58% des frontistes, 32% des soutiens de Xavier Bertrand). A l’inverse, sur la mondialisation et ses dangers, il est «clairement plus proche de l’électorat de Marine Le Pen que celui des candidats de LR». Sur ce point, danger pour le RN : 17% de ses soutiens de 2017 avouent hésiter encore sur le choix de leur champion.

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C’est donc chez l’héritière de Jean-Marie Le Pen qu’il y aurait le plus de voix à engranger. Certes, Zemmour semble réunir «une coalition électorale assez interclassiste, même s’il dispute clairement au centre et à la droite un électorat assez favorisé», notent les auteurs. La trois fois candidate n’en demeure pas moins reine chez les ouvriers (33% pour elle, contre 17% pour lui) et les employés (20% contre 16%). Même faiblesse sur le vote des femmes, que Marine Le Pen avait su attirer en 2017 : elles voteraient à 7% moins pour lui que les hommes – ce qui s’accentuerait avec l’âge. Sans doute conscient de sa marge de progression, le polémiste qui claironnait son intention de prendre de la hauteur en ne parlant que de France à la mode de Talleyrand et de Gaulle, s’est récemment mis à parler permis à points et limitation de vitesse. Tout en assurant de son attachement au droit à l’avortement.

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Nicolas Massol avec la Fondation Jean Jaurès
 27/10/2021 

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