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Répression en France
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«Le ministère de l’Intérieur vient de faire sauter des digues» : l’arsenal antiterroriste mobilisé pour empêcher de manifestation des dizaines de militants

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De nombreuses personnes ont dû pointer au commissariat samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre, empêchées de se mobiliser. Les autorités, qui n’ont pas communiqué à propos de ces mesures attentatoires aux libertés, fondent leurs décisions sur les dispositions juridiques de l’antiterrorisme.

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17 octobre

Le nombre de militants concernés est encore inconnu mais les témoignages se multiplient ces derniers jours. Le ministère de l’Intérieur a utilisé des dispositions administratives antiterroristes pour empêcher des personnes de manifester samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre. Dans des documents consultés par Libération, l’exécutif justifie juridiquement ces mesures en assimilant des événements survenus au cours des manifestations du 17 octobre à du terrorisme. Cette même logique est appliquée à des publications issues d’organisations antifascistes et écologistes appelant à prendre part à la révolte.

«Une dizaine de policiers sont venus toquer chez moi à 11 h 35 vendredi pour me délivrer un arrêté m’interdisant de me rendre sur les lieux prévus de la manifestation», témoigne Eden H., une militante de 23 ans engagée politiquement à La France insoumise à Montélimar (Drôme). «J’ai un casier judiciaire vierge, je n’ai jamais été placée en garde à vue, je n’ai jamais été auditionnée, indique-t-elle. Je suis choquée par le lien que le ministère de l’Intérieur fait entre mon activité militante et le terrorisme.»

Dans l’arrêté, consulté par Libération, lui notifiant la décision administrative prise au nom du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, aucune condamnation ou procédure judiciaire en cours n’est effectivement mentionnée. La place Beauvau, qui s’appuie seulement sur des notes blanches (des documents sans en-tête et non signés) des services de renseignement, évoque notamment la tenue de la militante, «vêtue de noir» et «porteuse de rangers», voyant là «les codes des blacks blocks». Un «casque» et «des gants coqués» sont aussi évoqués. «J’en ai effectivement porté une fois, il s’agissait de se protéger contre des menaces d’attaques de militants d’extrême droite à l’occasion d’un meeting de Jordan Bardella», explique Eden H.

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«J’anime les manifestations mais c’est tout»

L’arrêté fait également état de sa présence sur des blocages au cours de la mobilisation lycéenne au mois d’octobre. A l’une des trois dates évoquées, Eden H. assure ne même pas avoir été présente, tandis qu’elle réfute les faits qui lui sont attribués pour les deux autres. Le ministère de l’Intérieur assure notamment qu’elle a érigé des barricades avec des palettes de chantier. «J’attends de voir les preuves de ça, parce que c’est totalement faux.»

Un enseignant en école primaire et syndicaliste à SUD éducation dans l’Allier, qui ne souhaite pas que son nom apparaisse, a également été visé par un arrêté similaire. «Des policiers sont venus me le notifier vendredi après-midi, témoigne-t-il. J’ai un casier vierge, je n’ai jamais été entendu, je suis donc très surpris. Mon implication dans le mouvement social existe, je prends la parole en public, j’anime les manifestations, mais c’est tout.»

Dans cet arrêté, également consulté par Libération, l’homme est décrit comme un «leader d’influence», «impliqué dans la lutte écologique radicale». Les autorités retiennent également contre lui le fait qu’il serait à l’origine du «détournement du cortège» lors d’une manifestation, le 17 octobre. Ou encore qu’«il est allé au contact de lycéens» le 1er octobre, dans le cadre de la mobilisation sociale et qu’il y a eu ce jour-là «des jets de projectiles» dont il n’est pas désigné comme l’auteur. Sa participation, au mouvement «Bloquons tout», en septembre 2025, est aussi citée. «Le matin même de l’arrêté d’interdiction qui me vise, j’étais dans le bureau du sous-préfet pour négocier le trajet de la manifestation à Vichy, s’étonne-t-il. Ils ne m’ont rien dit concernant le fait que j’aurais un comportement problématique.»

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«Ubuesque de lire ça»

L’une comme l’autre sont abasourdis par le fait d’être visés par un arrêté pris dans «le but de prévenir la commission d’actes de terrorisme». Les autorités leur ont ainsi imposé de ne pas quitter leur commune et de se rendre à 15 heures au commissariat pour pointer, samedi et dimanche. «C’est ubuesque de lire que je suis suspecté par le ministère de l’Intérieur de promouvoir des idées terroristes ou que je suis susceptible de commettre des actes terroristes, réagit le syndicaliste de SUD éducation. C’est extrêmement violent de lire ça.» De son côté, Eden H. dit être «choquée» de voir «cet attirail juridique utilisé contre des gens qui ont juste une activité politique».

Dans les décisions consultées par Libération, le ministère de l’Intérieur utilise les «mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance». Ces mesures administratives, les Micas, ont été introduites par la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Ce texte a transposé dans le droit commun des mesures permises par l’état d’urgence, en vigueur face à la vague d’attentats qu’a connue la France entre 2015 et 2017.

A l’époque du vote de cette loi, les organisations de défense des libertés publiques avaient alerté sur le risque d’une application extensive de ces mesures administratives permettant aux autorités de restreindre les libertés d’une personne sans décision d’un juge ni même l’existence d’une procédure judiciaire. Pour éviter un dévoiement de ces dispositions, le législateur avait prévu qu’elles ne pouvaient s’appliquer que contre des personnes qui adhèrent à l’idéologie terroriste ou qui sont en relation habituelle avec des terroristes.

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«Gravement déstabiliser les structures politiques»

Ce lien entre des militants qui participent au mouvement social en cours et le terrorisme est assumé par le ministère de l’Intérieur. Dans un recours en référé contre un arrêté d’interdiction visant un agriculteur engagé dans des mouvements écologistes, la place Beauvau a produit un mémoire en défense, consulté par Libération, où est justifiée cette accusation. Selon les autorités, «une partie des actes commis à la suite de la mobilisation du 17 octobre dernier […] peuvent être qualifiés d’actes terroristes». Et, depuis ce jour, un «mouvement insurrectionnel» qui a déjà «causé des destructions massives notamment de bâtiments publics et de commerces» a pour objet «de gravement déstabiliser les structures politiques et sociales de la France».

Dans la suite de son argumentaire, le ministère de l’Intérieur cite aussi «à titre d’exemple» les activités de l’organisation Action antifasciste Paris-Banlieue ou celles du «collectif écologiste radical les Soulèvements de la Terre» qui appellent à participer à la révolte en cours. Ainsi, leurs publications participent à ce «mouvement insurrectionnel» avec comme objectif de «compromettre le fonctionnement des institutions républicaines et de renverser le pouvoir établi». Une action «susceptible d’être regardée comme relevant du terrorisme».

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«Du Trump dans le texte»

«Le ministère de l’Intérieur vient de faire sauter des digues», réagit auprès de Libération l’avocate Aïnoha Pascual, qui défend plusieurs personnes concernées par ces mesures d’interdiction de manifestation. Pour justifier l’appartenance de son client agriculteur à l’«ultragauche», et donc l’existence d’un risque terroriste, le ministère de l’Intérieur cite son «tissu relationnel» avec des associations et collectifs comme «les Soulèvements de la Terre, Extinction Rebellion, Greenpeace et Bassines non merci». «Dire que l’antifascisme et l’écologie radicale, c’est du terrorisme, c’est du Trump dans le texte, s’indigne l’avocate. Il faut oser dire que les événements du 17 octobre, que les commerces pillés, ça peut être assimilé à des vies arrachées.»

Selon son décompte, une quarantaine de personnes visées par ces mesures ont pour l’heure été recensées dans le week-end par des avocats spécialistes de ces dossiers. Dans un communiqué, l’organisation les Soulèvements de la Terre estime que le nombre de militants concernés «semble ahurissant». Le ministère de l’Intérieur n’a pas communiqué sur l’utilisation de ces mesures administratives antiterroristes contre des militants. Contacté par Libération, notamment pour connaître le nombre précis d’arrêtés, le cabinet de Laurent Nuñez n’a pas répondu.

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17 octobre

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