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USA 2026 : la fin du  « wokisme »

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Droits des LGBTQ+, lutte contre les inégalités de race ou de genre… les démocrates américains ont mis de côté ces questions sociétales, souvent qualifiées de « woke », pour se concentrer sur le coût de la vie. Pour autant, les républicains continuent d’instrumentaliser ces sujets contre eux.
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Nicolas Chapuis (New York, correspondant) et Jessica Gourdon (Los Angeles, correspondante)

 31 octobre 2026
Alexandria Ocasio-Cortez, à l’ouverture d’un meeting de Bernie Sanders, à Tempe (Arizona), le 20 mars 2025.

La scène raconte à elle seule le virage stratégique des démocrates depuis l’élection présidentielle américaine de 2024. Elle se déroule dans un vieux cinéma de Portland, dans le Maine, le 22 octobre, lors d’un meeting de la députée Alexandria Ocasio-Cortez, figure de l’aile gauche du parti. Une étudiante transgenre se lève et l’interpelle : « Beaucoup de personnes transgenres aux Etats-Unis ont le sentiment d’avoir été lâchées par le Parti démocrate, qu’on est devenus un sujet perdant, qu’on ne vaut plus la peine d’être défendus. Que répondez-vous à cela ? » L’élue hoche la tête : « Je veux vous dire à quel point j’ai honte, et je suis désolée de voir qu’il y a des gens qui prennent peur si facilement au lendemain d’une élection. C’est d’ailleurs ce que les gens détestent le plus en politique : ces responsables politiques qui changent de camp ou retournent leur veste au moindre coup de vent. »

Droits des LGBTQ+, lutte contre les inégalités raciales ou de genre, droits en matière de procréation : ces sujets sociétaux, souvent rassemblés dans le concept fourre-tout de « wokisme », ont été au cœur de la campagne de Kamala Harris en 2024, mais ont été mis de côté par les démocrates pour les élections de mi-mandat, le 3 novembre. « L’économie a tout éclipsé. Les démocrates se concentrent sur ce que Bernie Sanders appelle les “kitchen table issues”, les sujets du quotidien, dont on parle autour de la table de la cuisine : le prix de l’essence, le coût de l’alimentation, du logement, des soins de santé », décrit Benjamin VanDreew, analyste politique, auteur d’une étude sur le wokisme. Les démocrates ont tiré la leçon de leur échec en 2024, lorsque les républicains avaient caricaturé et réduit toute la campagne de Kamala Harris à ces seules questions, rendant son programme « anxiogène pour une partie de son électorat », poursuit Benjamin VanDreew.

De nombreux électeurs démocrates estiment aussi que, sur ces sujets, le curseur a été poussé trop loin, autour de la « culture de l’effacement » (cancel culture). En témoigne le revers subi par Francesca Hong, 37 ans, candidate aux primaires démocrates pour le poste de gouverneur dans le Wisconsin. Durant l’été, cette figure remarquée de l’aile gauche des démocrates devançait largement son adversaire, un démocrate plus modéré. Mais quelques jours avant le scrutin, des propos qu’elle avait tenus en 2020 ont ressurgi : elle y affirmait que les Américains devraient « supprimer » Thanksgiving, une fête jugée « colonialiste ». Tollé dans les médias, au retentissement national. Elle a perdu l’élection d’un cheveu.

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Recentrage sur les sujets économiques

« Le wokisme 1.0 était fou », a concédé Mme Ocasio-Cortez dans un rire cet été, lors d’une interview à ABC qui a fait grand bruit – un recentrage stratégique pour celle qui nourrit des ambitions présidentielles pour 2028. La représentante de New York était pourtant l’une des voix les plus importantes de ces revendications, qui ont connu leur apogée au tournant des années 2020, portées par les manifestations Black Lives Matter ou la révolution #MeToo. Même l’aile gauche du Parti démocrate, qui était la plus à la pointe sur ces questions, s’est recentrée sur les sujets économiques et sociaux. Zohran Mamdani, le maire de New York, ne rechigne pas à répondre aux questions qui lui sont posées sur les droits des minorités, mais il axe son message sur le coût de la vie.

Toutefois, si les démocrates ont mis de côté ces sujets, les républicains, eux, s’en servent à tort et à travers. Dans le Wyoming, l’un des candidats à la Chambre des représentants, Chuck Gray, fait campagne autour de l’interdiction des éoliennes, qu’il qualifie de « woke ». Le terme « woke wind » (vent woke) est devenu son slogan. Donald Trump ne rate pas non plus une occasion de parler de ces sujets : notamment des personnes transgenres dans le sport universitaire, l’une de ses marottes. Les controverses sur la participation aux épreuves féminines d’athlètes ayant effectué une transition de genre se comptent sur les doigts de la main aux Etats-Unis, mais elles sont un inépuisable réservoir de commentaires transphobes pour le président.

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A la convention républicaine à Dallas, en septembre, il a même verbalisé cette stratégie. « Je suis terrifié à l’idée que les démocrates changent d’avis et qu’ils disent : “Vous savez quoi ? Les hommes ne devraient pas participer aux compétitions sportives féminines.” Cela nous ferait vraiment beaucoup de tort. C’est l’une de nos meilleures petites phrases de tous les temps. Et je pensais qu’après notre victoire écrasante à la dernière élection, ils allaient changer de position là-dessus. »

Troy Jackson, candidat démocrate pour le Sénat, et la représentante de New York Alexandria Ocasio-Cortez, lors d’un meeting à Portland (Maine), le 22 octobre 2026.

A vrai dire, il n’y a plus que les républicains qui abordent régulièrement le sujet de la transidentité. James Talarico, candidat démocrate au Sénat dans le Texas, nouvelle figure de cette campagne des midterms, est régulièrement pris à partie sur ce sujet. Le trentenaire, ex-enseignant et chrétien progressiste, avait déclaré, en 2021, que Dieu était « non binaire », lors d’un débat sur la transidentité dans le sport. James Talarico a, depuis, qualifié cette formulation de cringy (« maladroite »), mais les républicains ne cessent de la brandir contre lui. Avec peu d’effet : le démocrate est largement devant son adversaire dans les sondages.

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« Aborder ces questions différemment »

Ce virage stratégique des démocrates vers les questions de pouvoir d’achat ne signifie pas que ces sujets sociétaux aient été abandonnés. « Des propositions législatives et des réflexions continuent de circuler en coulisses, même si elles ne sont pas débattues au grand jour car d’autres urgences ont pris le dessus », observe Benjamin VanDreew.

En outre, pendant cette campagne, de multiples associations qui défendent les droits des minorités continuent leur travail de terrain, organisant des meetings, du porte-à-porte, soutenant certains candidats – en grande majorité des démocrates. La National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), très active pour inciter les électeurs afro-américains à se rendre aux urnes, a adapté son message : « Nous partons des questions de coût de la vie pour démontrer leurs liens intrinsèques avec les inégalités raciales systémiques, que cela soit dans l’accès à la propriété immobilière, à la santé, à une éducation de qualité. »

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Le droit à l’avortement, mis en péril aux Etats-Unis depuis l’annulation, en 2022, de l’arrêt de la Cour suprême Roe vs Wade, et par les coupes budgétaires dans la santé publique décidées par l’administration Trump, aurait pu être un sujet majeur pour les démocrates. Pour autant, ce thème n’est abordé qu’épisodiquement, même s’il provoque des salves d’applaudissements dans les meetings à gauche. Pour Katie Rodihan, porte-parole de l’association Planned Parenthood, la focalisation de la campagne sur le pouvoir d’achat « ne doit pas être interprétée comme si les électeurs ne se souciaient plus du droit à l’avortement. Cela nécessite simplement d’aborder ces questions différemment. Par exemple, nous poussons pour que les candidats abordent ce thème au travers de la mortalité maternelle, un problème majeur aux Etats-Unis, et qui l’est encore plus dans les Etats qui ont pris des mesures d’interdiction de l’avortement », explique-t-elle.

Chez Planned Parenthood, on se félicite aussi que, dans le Maine, le démocrate Troy Jackson, qui brigue un poste au Sénat, attaque régulièrement son adversaire, Susan Collins, sur ce sujet, rappelant qu’elle avait appuyé l’élection, à la Cour suprême, de Brett Kavanaugh – un juge ayant joué un rôle-clé dans l’annulation de l’arrêt Roe vs Wade. Le candidat au Sénat dans le Michigan Abdul El-Sayed, une des figures démocrates de la campagne des midterms, a de son côté réalisé un spot de campagne sur le droit à l’avortement, appuyant sa position sur son expertise de médecin. Mais cette vidéo, sur YouTube, ne compte que 12 000 vues quand d’autres, portant sur d’autres sujets, dépassent le million.

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