Il y a 80 ans, le 6 janvier 1943, une cinquantaine d’hommes pourchassés arrive à la ferme d’Ambel, marquant symboliquement la naissance du maquis du Vercors. Avant même le STO, cette création intervient dans un contexte d’accroissement des pressions de l’occupant allemand, avec l’instauration de la Relève et l’invasion de la zone sud en novembre 1942.
Courant 1942, un groupe de socialistes grenoblois, emmené par le docteur Léon Martin, ancien maire de Grenoble et Aimé Pupin, cafetier, contactent plusieurs socialistes du Vercors et du Royans (Eugène Samuel à Villard-de-Lans, Benjamin Malossane à Saint-Jean-en-Royans…). Ce groupe affilié au mouvement Franc-Tireur est à l’origine de la création du premier camp, à Ambel, au sud du massif. Le site est repéré dès le 19 décembre 1942.

Une cinquantaine de cheminots du dépôt de la gare de Grenoble arrive à Ambel le 6 janvier 1943. Les réfractaires sont employés au bûcheronnage et au transport du bois par la société exploitant le domaine forestier d’Ambel et reçoivent un salaire. La société d’exploitation forestière était une association de quatre personnes dont la famille Huillier, active au sein du mouvement Franc-Tireur de Villard-de-Lans.
Témoignage d’André Brun-Bellut sur son arrivée à Ambel en janvier 1943
« On se rendait à Ambel, soit par la vallée de l’Isère et Pont-en-Royans, soit par Villard et Pont-en-Royans, puis à pied jusqu’à Ambel par les deux Bouvante (…). Une tempête de neige avait coupé la route entre Staint-Nizier et Lans et de ce fait, nous nous offrîmes à pied 9 km supplémentaires, et la correspondance pour le Pont fut manquée (…). 

Au Pont, on nous cacha au « Paradis » chez un viel Américain ; puis le soir, traversée de la Bourne et ce fut la grande étape jusqu’à Bouvante. Après un vin chaud et réconfortant à Bouvante-le-Haut(…). La nuit fut terminée dans la paille. Au petit jour, Zize et trois maquisards avaient donné à chacun, soit un quartier de viande, soit deux gros pains ronds emmanchés sur un bâton, et c’est ainsi que la dernière étape fit entreprise. Nous avions à monter par le raccourci qui longe le Saut de la Truite, et certains passages sur cet étroit sentier sont très vertigineux. Mes nouveaux compagnons, empêtrés dans leurs vêtements, gênés par leurs valises ou leurs paquets, jurèrent bien de ne jamais repasser par là (…). Les anciens nous attendaient à la sortie du mauvais pas, puis ce fut la traversée du plateau recouvert de neige et l’arrivée à Ambel. »
in le Vercors raconté par ceux qui l’ont vécu (1990).

Musée départemental de la Résistance du Vercors
https://www.facebook.com/Musee.Resistance.Vercors.Vassieux
Il y a 80 ans, naissait le plan Montagnards.
Le 25 février 1943, la diffusion sur les ondes de la BBC du message «Les montagnards doivent continuer à gravir les cimes» signifie l’approbation par l’Etat-major du Général de Gaulle du projet « Montagnards ». Après la création des maquis en janvier, ce plan est la deuxième initiative faisant entrer le Vercors dans la stratégie de la Résistance. A l’origine de ce plan, un homme, Pierre Dalloz, alpiniste et architecte. Il imagine une utilisation stratégique du Vercors présenté comme une citadelle naturelle protégée par des remparts de falaises. Le projet vise à aménager des terrains d’atterrissage pour donner au Vercors le rôle de base offensive ; lors d’un débarquement en Provence, profitant d’une situation critique de l’armée allemande, le Vercors recevrait des troupes alliées aéroportées. Selon le principe du Cheval de Troie, ces troupes alliées aidées des résistants pourraient prendre à revers les troupes allemandes. Pierre Dalloz fait transmettre, par l’intermédiaire du journaliste Yves Farge, le projet à Jean Moulin qui le valide. Le Général Delestraint, chef de l’Armée Secrète, donne au projet le nom de code Montagnards et le transmet à Londres. Après la validation par la France Libre, Pierre Dalloz rassemble alors une petite équipe pour la préparation du projet (le lieutenant Alain Le Ray, l’écrivain Jean Prévost…).
Musée départemental de la Résistance du Vercors
https://www.facebook.com/Musee.Resistance.Vercors.Vassieux
Il y a 80 ans, le C6 s’installait à Vassieux.

Après la création du camp d’Ambel début 1943, d’autres camps de maquisards fleurissent dans le massif. Dans le Royans, sous l’impulsion de Benjamin Malossane et de Constant Berthet, dit Molaire, un camp est créé sur la commune de Rochechinard afin d’accueillir des réfractaires. Face à l’accroissement des effectifs, Malossane doit trouver, avec l’aide de ses réseaux locaux, un nouvel emplacement ; c’est chose faite fin mars 1943, à Vassieux, à la grange de Vauneyre, non loin du col de la Chau. Ce camp, sous la direction d’Auguste Raison, est ravitaillé par des résistants de Saint-Jean et il entretient des liens étroits notamment avec les habitants du hameau de Jossaud situé en contrebas. Particularité de ce camp : de nombreuses photos ont été réalisées, dès son installation en mars 1943… La grange, toujours existante, se trouve non loin du Mémorial de la Résistance, l’un des deux sites majeurs consacrés à l’histoire du Vercors-résistant.
