Benyamin Nétanyahou : l’étoile noire de David
L’un des grands responsables du désespoir actuel de l’État hébreu, c’est « Bibi ». Un mal ancien. Son ombre commence à planer sur le destin d’Israël en 1993. Alors que Yitzhak Rabin et Yasser Arafat viennent de signer les accords d’Oslo, lui descend dans les rues avec le Likoud, parti de la droite nationaliste israélienne, pour haranguer les foules et faire de Rabin « un traître ». Au risque de désigner à la vindicte des fanatiques celui qu’un extrémiste juif finira par abattre. Rabin assassiné, la voie est libre pour les faucons. Aidé par les attentats commis par le Hamas, déjà, Nétanyahou peut pilonner le camp de la paix, éteignant jour après jour le rêve d’une solution pacifique. Et ça lui réussit.
Des valises de billets
Dès son arrivée au pouvoir, en 1996, il commence à réécrire l’histoire et les accords d’Oslo, afin de « mettre fin à la frénésie du retour aux frontières de 1967 », dénonce la « duplicité » d’Arafat et commence à instiller l’idée que la « Judée-Samarie », c’est-à-dire la Cisjordanie, constitue une propriété de l’État hébreu. Il sera chassé trois ans plus tard par un dernier sursaut des tenants d’une solution à deux États, avant de revenir les enterrer, en 2002, comme ministre des Affaires étrangères d’Ariel Sharon. Un poste dont il démissionnera en 2005, pour protester contre la meilleure décision de ce gouvernement : le retrait unilatéral de la bande de Gaza. « Un abandon de la grandeur d’Israël », tonne-t-il alors.
De retour dans l’opposition, il ne cesse de tisser des liens avec les franges les plus religieuses du pays, effectuant plusieurs visites dans les implantations illégales en Cisjordanie, s’affirmant comme leur défenseur, promettant même « l’annexion de la vallée du Jourdain ». Le tout au nom d’une vision messianique, monoculturaliste, qui mène au racisme : « Israël est l’État-nation du peuple juif et de lui seul. » Lorsqu’il retrouve le pouvoir, en 2009, pour douze ans consécutifs, Nétanyahou pilonne l’Autorité palestinienne, intensifie la colonisation de la Cisjordanie et laisse les émissaires du Qatar apporter des valises de billets qui financent le Hamas à Gaza. C’est l’une de ses fautes les plus impardonnables : avoir laissé grandir le mouvement terroriste dans l’espoir qu’il détruise le camp de la paix.
Corruption et affairisme
Lors d’une réunion devant les cadres du Likoud en 2019, le Premier ministre ne s’en cache pas : « Quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et lui transférer de l’argent. Cela fait partie de notre stratégie. » Une stratégie qui mènera au 7 octobre. Un pogrom où les assaillants du Hamas sont entrés dans un Israël sans défense, pendant huit heures, pour massacrer. La faute à Nétanyahou, qui a décidé contre toute logique militaire, quelques jours avant, de déplacer l’unité de Tsahal « Division de Gaza », chargée de sécuriser cette frontière, en Cisjordanie afin d’y protéger les colonies… Depuis ce jour, le leader israélien a perdu de sa morgue et de sa superbe, son regard n’est plus le même, mais la fuite en avant continue.
Car tant qu’Israël est en guerre, le Premier ministre n’a pas de comptes à rendre. Le jour où les armes se tairont, la justice et l’histoire auront leur mot à dire. À commencer par ce mélange de corruption et d’affairisme qui aura salement marqué son règne. Mis en examen trois fois, l’homme d’État use visiblement de tous les apparats du pouvoir pour son bien-être personnel. Ici, il dérégule le marché des télécoms pour que l’un des opérateurs lui tresse des lauriers dans ses médias en ligne. Là, il promet à un patron de presse de diminuer la distribution de son concurrent, en échange de louanges. Dans un troisième dossier, il se fait arroser de cigares, de bijoux et de champagne par des milliardaires, en retour de lois favorables pour leurs business.
C’est en raison de ces casseroles qu’il perd le pouvoir en 2021. Et grâce à son alliance avec deux partis d’extrême droite qu’il y est revenu. Jusqu’à singer leurs envolées sur un « Israël du Jourdain à la mer » ou « l’inexistence du peuple palestinien ». Jusqu’à nommer des ministres homophobes et racistes. Jusqu’à rêver de réformer la justice pour limiter la séparation des pouvoirs. Une réforme mortifère pour l’âme d’Israël, qui met en péril sa démocratie et même sa sécurité, coupe le pays en deux et pousse des millions d’Israéliens à descendre dans la rue. Un signal de vitalité démocratique interprété par le Hamas comme une faiblesse, et le moment de frapper. Le chef du gouvernement n’a rien vu venir. Et bien sûr, devant le tribunal qui l’attend, il expliquera que ce n’est pas sa faute, mais celle de l’armée, des renseignements ou de ses opposants. L’Histoire, elle, a jugé. Cet homme est coupable.