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Israël attaque le Liban

Qui arrêtera la destruction du Liban par Israël ? L’Etat hébreu affirme que ses opérations sont « limitées ». Néanmoins, de violents combats  touchent le Liban.

Israël va il créer la troisième guerre mondiale ?

Jean-Philippe Rémy (Jérusalem, correspondant) et Hélène Sallon (Beyrouth, correspondante)

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Des chars israéliens stationnés dans le nord d’Israël, près de la frontière avec le Liban, le 1ᵉʳ octobre. 

Il n’y a plus de formules équivoques ni même de doutes : Israël est entré, dans la nuit de lundi 30 septembre à mardi 1er octobre dans une seconde guerre, au Liban, après celle entamée à Gaza au lendemain de l’attaque meurtrière du Hamas, le 7 octobre 2023. L’armée israélienne décrit, dans des communiqués, des opérations terrestres au Liban sud « limitées, localisées et ciblées », et destinées à viser des « cibles et des infrastructures » du Hezbollah. Mardi matin, l’armée israélienne a fait état de « violents combats » avec le Hezbollah.

 

Le parti chiite libanais a, de son côté, déclaré avoir visé des « mouvements de soldats ennemis » dans deux localités israéliennes – Metoula et à Avivim – « avec des tirs d’artillerie », et tiré des roquettes sur un « rassemblement » de troupes israéliennes dans la même zone, située dans le nord d’Israël à la frontière avec le Liban. Le Liban fait face à « l’une des phases les plus dangereuses de son histoire », a déclaré mardi le premier ministre libanais, Najib Mikati.

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Est engagée, officiellement, côté israélien, la 98e division. Celle-ci avait été retirée fin août de Gaza après des mois de guerre dans l’enclave. D’autres renforts devraient arriver sur le front nord, notamment deux brigades de réservistes récemment mobilisées.

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Soutien des Etats-Unis

Les opérations, selon la terminologie israélienne, n’ont été déclenchées que pour détruire des installations du Hezbollah proches de la « ligne bleue », la frontière tracée par l’ONU entre le nord d’Israël et le Liban. Le « but de guerre » ajouté par le gouvernement le 16 août, à ceux déjà en vigueur à Gaza prévoit le « retour en sécurité des déplacés du Nord », 60 000 évacués d’une bande de 5 kilomètres courant tout le long de la frontière, côté israélien. Kibboutz et coopératives agricoles ont été vidés de leurs habitants, en octobre 2023, quand l’armée redoutait une opération commando des forces d’élite Radwan du Hezbollah, alors très présentes dans la zone.

Les Etats-Unis n’ont pas marqué d’opposition franche à une entrée en guerre, qui risque pourtant de s’étendre aux pays de la région, alliés de l’Iran. Joe Biden se disant « inquiet », avait appelé, lundi, à un cessez-le-feu. Malgré ces réserves, le secrétaire à la défense, Lloyd Austin, a assuré, lors d’une conversation téléphonique avec son homologue israélien, Yoav Gallant, qui porte le projet de cette guerre depuis un an, que les Etats-Unis « soutiennent l’opération », et adhèrent à l’intention déclarée d’Israël de « démanteler des infrastructures d’attaques afin d’assurer que le Hezbollah libanais ne puisse mener une attaque dans le genre du 7-Octobre sur les communautés israéliennes du Nord ».

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Le cadre affiché des opérations terrestres est donc restreint. Sera-t-il tenu ? Une source officielle au sein de l’armée reconnaissait au printemps qu’« une opération [israélienne], définie comme géographiquement limitée au Liban, est impossible. Si [l’armée israélienne] entre, [elle] doit se préparer à une guerre qui pourrait, par paliers successifs, même s’ils ne sont pas souhaités, [la] porter beaucoup plus loin ».

Des plans de l’armée israélienne prévoyant depuis le printemps une possible phase terrestre, aujourd’hui en cours, anticipaient qu’un contingent pourrait être basé le long de la frontière, tandis que des groupes mobiles lanceraient des opérations coup de poing afin d’atteindre et de détruire les stocks d’armes (missiles et roquettes) du Hezbollah installés en profondeur, échappant aux frappes aériennes.

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Les leçons de 2006

« Rappelons que l’incursion israélienne de 1982 avait également été présentée comme une incursion limitée. Mais comme Ariel Sharon [alors ministre de la défense en Israël] l’avait compris, il y aura toujours quelqu’un qui vous tirera dessus de la colline voisine, donc la légitime défense impose de prendre cette colline… jusqu’à ce qu’ils atteignent Beyrouth », a commenté Michael Young, du cercle de réflexion Carnegie à Beyrouth, sur le réseau X.

En 2006, lors de la précédente guerre (qui n’avait duré que trente-trois jours), l’inexpérience des recrues côté israélien, dont la plupart avaient à peine 20 ans, les errements du commandement et la mauvaise qualité du renseignement dans le cadre d’une opération décidée précipitamment avaient été la cause de nombreux échecs.

Cette fois, le renseignement est nettement plus détaillé, et les leçons de 2006 sont théoriquement tirées. Mais, dans l’intervalle, le Hezbollah, une milice bien entraînée qui compte des dizaines de milliers de combattants et fait figure de petite armée, a aussi été à la dure école de la guerre en Syrie, et conserve une force installée dans des réseaux de bunkers et de souterrains.

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Le Hezbollah est affaibli, mais conserve d’importantes réserves de forces, et des stocks de roquettes et de missiles. « Dans la journée de lundi, plus de cent trajectoires [de tirs] à la frontière ont été relevées, dont la moitié venant du nord de la “ligne bleue”. Le Hezbollah n’est donc pas totalement passif, mais son activité est loin d’atteindre les sommets observés auparavant. Ce sont des tirs peu précis, peu complexes. Ils ne semblent plus en mesure de répondre », estime une source diplomatique.

Les membres du Hezbollah ne sont plus visibles au sud du Liban comme ils pouvaient l’être encore récemment. Lors de ses patrouilles, désormais réduites, la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la Finul, a pu observer un nombre important de lanceurs de roquettes détruits par les frappes de l’armée israélienne. « On observe, depuis le sabotage des bipeurs des membres du Hezbollah [le 17 septembre], qu’il n’y a plus de combattants dans le sud du Liban. Cela pourrait offrir une occasion à l’armée libanaise d’occuper le vide, mais la question se pose de savoir si les combattants du Hezbollah ne vont pas réapparaître. Dans ce cas, un déploiement des Forces armées du Liban [FAL] pourrait se traduire par la mise en danger des soldats. Il y a d’ailleurs eu un soldat tué, lundi, dans la zone », dit une autre source diplomatique. L’armée libanaise a déclaré que l’un de ses hommes avait été tué dans une frappe de drone israélien visant une moto qui passait par le poste de contrôle militaire d’Al-Omra-Al-Ouazzani, dans le sud du Liban.

La volonté de rester dans la bande frontalière suffira-t-elle pour éviter à l’armée israélienne d’être aspirée dans un conflit long, meurtrier et destructeur pour le Liban ? Lundi, dans une déclaration à la télévision, le numéro deux du Hezbollah, le cheikh Naïm Qassem, a affirmé que ses combattants sont « prêts si Israël décide d’entrer sur le sol [libanais] ». « Israël n’a pas été en mesure d’éliminer nos capacités militaires », a-t-il ajouté. La dernière série de combats, en 2006, s’est soldée par une impasse.

Lundi, en milieu de journée, le premier ministre démissionnaire libanais, Najib Mikati, avait affirmé que le gouvernement libanais était prêt à mettre en œuvre pleinement la résolution 1 701 de l’ONU qui visait à mettre fin à la présence armée du Hezbollah au sud du fleuve Litani et à y déployer l’armée libanaise, dans le cadre d’un accord visant à faire cesser la guerre avec Israël.

Les Forces armées du Liban, dépassées par la puissance militaire du Hezbollah, se tiennent traditionnellement à l’écart des conflits avec Israël. C’est notamment le cas dans les affrontements transfrontaliers entre Israël et le Hezbollah depuis octobre 2023. L’armée libanaise a commencé, lundi soir, à « repositionner » ses troupes plus loin de la frontière, a déclaré un responsable militaire à l’Agence France-Presse.

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Une armée sous perfusion

Une lettre a été adressée aux FAL par Israël pour les avertir du déclenchement des opérations terrestres, qui n’incluait pas de demande de retrait. Selon la source diplomatique, « les FAL ne sont pas en capacité de combattre, car elles n’ont pas de matériel. Elles seraient balayées, décimées rapidement. Les FAL ont entre 2 000 et 4 000 hommes au sud du Litani, mais elles fonctionnent à 50 %, comme ailleurs dans le pays ». La crise économique et financière de 2019 a impacté l’armée libanaise, maintenue sous perfusion grâce à des financements américains et qataris, qui ont notamment permis le paiement des soldes.

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Les soldats ont été autorisés par leur hiérarchie à prendre un second emploi, en intermittence, pour subvenir à leurs besoins dans le contexte de crise. Le redéploiement de troupes supplémentaires des FAL dans le sud du Liban fait l’objet de discussions depuis les attaques du 7-Octobre. Il nécessiterait un soutien financier de la communauté internationale pour permettre au Liban de recruter, de former et d’armer des contingents supplémentaires.

Selon la source diplomatique, la Finul a également « reçu une lettre de l’armée israélienne lui annonçant son intention de mener une série de raids localisés au Liban et lui demandant de se retirer de ses bases dans les 5 kilomètres le long de la “ligne bleue” ». « La Finul a répondu qu’elle n’allait pas libérer ses bases, qu’elle avait renforcé ses positions et demeurait sur place », assure cette source. Cette « demande » d’évacuation concerne vingt-neuf positions, la plupart situées sur la « ligne bleue », mais quelques-unes plus à l’intérieur du territoire libanais, dont une ou deux proches du fleuve Litani.

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