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Contre l’Etat de droit, Nétanyahou pousse Israël au bord de la guerre civile

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Résolu à assurer son maintien au pouvoir, le Premier ministre s’efforce désormais de limoger les responsables institutionnels qui le gênent. Dans la société israélienne, la contestation s’intensifie.

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Des policiers israéliens arrêtent des manifestants lors d’un rassemblement contre le gouvernement à Tel Aviv, le 19 mars. 
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Dov Alfon
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Fou de jalousie. Observant son copain d’avant, avec qui il faisait des virées mémorables dans les bars de New York dans les années 80, lui jeune ambassadeur, l’autre déjà promoteur immobilier prometteur, Benyamin Nétanyahou n’en revient pas. Pourquoi devrait-il accepter les limites que lui impose la démocratie alors que son pote Donald Trump est libre comme l’air, poussant le luxe jusqu’à poursuivre ses ennemis sans aucune contrainte judiciaire ? En annonçant dans la nuit de jeudi à vendredi le limogeage de Ronen Bar, le chef de la sécurité intérieure qui critiquait ouvertement la reprise des bombardements sur Gaza, le Premier ministre israélien a plongé son pays dans une crise institutionnelle.

Il n’en a cure, résolu à ne pas aller en prison alors que l’heure du verdict dans ses multiples procès pour corruption se rapproche inexorablement et que les critiques contre sa décision de reprendre les bombardements meurtriers sur Gaza se multiplient. Sa prochaine cible annoncée est donc la procureure générale israélienne, Gali Baharav-Miara, une femme que ses ministres appellent à «renvoyer à la maison où elle a sans doute des tâches à faire», terriblement seule autour de cette table mais incroyablement courageuse. Son rôle lui confère un statut protégé par la loi, et il est impossible de la limoger pour trois ans encore. Nétanyahou a déjà annoncé qu’il ne respecterait pas la loi. L’ancien président de la Cour suprême Aharon Barak a averti que de telles mesures faisaient risquer au pays une «guerre civile», mais Nétanyahou est décidé à en prendre le risque, prêt à envoyer la police arrêter ces deux fonctionnaires même si la Cour suprême le lui interdit. Et ce n’est malheureusement pas tout : «La guerre est pour lui le moyen le plus évident, le plus sûr de rester à son poste», nous rappelle le diplomate et historien Elie Barnavi. Face à cette folie autocratique, c’est à la société israélienne d’éviter le pire, dans la rue.

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Dov Alfon

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Contre Nétanyahou, l’Etat de droit israélien sur le pied de guerre

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La destitution du chef du Shin Bet a précipité le bras de fer entre le gouvernement et la Cour suprême. La procureure générale, Gali Baharav-Miara, menacée à son tour, est soutenue par des milliers de manifestants ainsi que par ses prédécesseurs.

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La procureure générale Gali Baharav-Miara lors d’une cérémonie au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 27 octobre.
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Fanny Léonor Crouzet, Correspondante à Jérusalem
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L’extrême droite israélienne la surnomme «la traîtresse». Ciblée de longue date par les alliés de Benyamin Nétanyahou au gouvernement pour sa non-complaisance vis-à-vis de propositions de lois potentiellement antidémocratiques, elle s’impose ces dernières semaines comme le nouveau visage d’une contestation grandissante du pouvoir, qui devrait s’intensifier avec les immenses manifestations attendues ce samedi dans le pays. Revers de la médaille : Gali Baharav-Miara est désormais visée par un projet de destitution pour «insubordination» émanant du ministre de la Justice, Yariv Levin. La proposition sera votée dimanche par le cabinet du gouvernement.

Gali Baharav-Miara bénéficie du soutien de l’ensemble des anciens procureurs généraux d’Israël encore en vie, auteurs jeudi d’un avis juridique cosigné par plusieurs juges ainsi que par l’ancien président de la Cour suprême Aharon Barak. Selon le quotidien israélien Haaretz, le texte condamne le limogeage prévu de la procureure comme une «atteinte à l’Etat de droit» et la félicite au passage de sa «loyauté aux principes juridiques, sans crainte ni parti pris». A 65 ans, la magistrate occupe un poste comptant parmi les plus respectés en Israël. Elle officie comme conseiller juridique principal du gouvernement mais n’est pas nommée par l’exécutif, à l’égard duquel elle conserve donc une précieuse indépendance. Première femme désignée procureure générale d’Israël en 2022, pour une période de six ans, elle est par exemple celle qui a demandé en début d’année au Shin Bet, l’agence du renseignement intérieur de l’Etat hébreu, de se pencher sur les liens suspectés entre des membres du cabinet de Benyamin Nétanyahou et le Qatar, financeur principal du Hamas et traditionnellement perçu comme un ennemi géopolitique d’Israël. Sans surprise, elle fait donc figure de bête noire du Premier ministre et de ses partisans, dont les actions à Gaza et en Cisjordanie se heurtent de manière récurrente au cadre des lois démocratiques israéliennes.

Pour Benyamin Nétanyahou, laisser le champ libre à l’extrême droite ultrareligieuse sioniste relève plus que jamais de la survie politique. Sans la présence des ministres Bezalel Smotrich aux Finances et Itamar Ben Gvir à la Sécurité – celui-ci avait démissionné fin janvier pour protester contre le cessez-le-feu à Gaza, mais vient d’annoncer sa volonté de revenir au gouvernement – le Premier ministre se retrouverait sans coalition stable et à la merci des juges, devant lesquels il doit répondre d’inculpations de corruption, mais aussi de fraudes et d’abus de confiance. «La seule idéologie de Nétanyahou, c’est Nétanyahou lui-même, juge Uriel Abulof, professeur de politique à l’université de Tel Aviv. Bezalel Smotrich, par exemple, a pour objectif d’expulser tous les Palestiniens de Cisjordanie pour créer un “Grand Israël”… Le Premier ministre n’a pas ce genre de projet, il veut seulement garder le pouvoir.»

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Résistance populaire

Pas à pas, «Bibi» s’est donc employé à neutraliser les détracteurs de cette politique coloniale considérée par les organisations internationales comme illégale sur de nombreux aspects. Comme celui, par exemple, de l’implantation à un rythme effréné depuis le 7 octobre 2023 de colonies et d’avant-postes sur des terres palestiniennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Sans oublier les évictions d’abord politiques, et désormais institutionnelles, comme celle annoncée dimanche du chef du Shin Bet, Ronen Bar, refusée par l’intéressé, qui a jugé la décision contraire à l’intérêt général de la société israélienne, et désapprouvée par… la procureure générale de l’Etat hébreu, Gali Baharav-Miara. Cette dernière a fait part de «préoccupations d’illégalité et de conflit d’intérêts» dans une lettre adressée au Premier ministre. Qu’importe, le gouvernement s’est finalement résolu à voter le limogeage de Ronen Bar en pleine nuit, de jeudi à vendredi, provoquant la colère des partis d’opposition et des citoyens israéliens.

Des manifestations ont rassemblé des milliers d’Israéliens confrontés à une répression policière violente. En témoigne le déploiement de la Garde nationale, dont l’objectif initial est, selon ses statuts, de répondre à des «crimes graves» et des «troubles d’origine nationaliste». Aharon Barak, le même ancien juge de la Cour suprême qui exprimait jeudi son soutien à Gali Baharav-Miara, alertait à la suite de ces mouvements populaires en partie réprimés que la décision gouvernementale «laissait planer sur le pays l’ombre d’une guerre civile». Vendredi, la Cour suprême a pris position à son tour sur le limogeage du chef du Shin Bet à travers une injonction temporaire, qui aura pour effet de geler le licenciement de Ronen Bar jusqu’à ce que des requêtes soient déposées puis présentées devant la Cour. La procureure générale a immédiatement envoyé un message au Premier ministre, rendu public, indiquant que «selon la décision de la Cour suprême, il est interdit de prendre toute mesure portant atteinte au statut du chef du Shin Bet, Ronen Bar […] Il est interdit de nommer un nouveau chef du Shin Bet et il n’est pas non plus permis de mener des entretiens pour le poste». Benyamin Nétanyahou a réagi sur son compte X : «L’Etat d’Israël est un Etat de droit et, de par la loi, c’est le gouvernement qui décide qui sera le chef du Shin Bet.»

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Pour l’expert en politique Uriel Abulof, le maintien de la démocratie israélienne est aujourd’hui conditionné aux protestations de son peuple : «Malheureusement, je ne vois pas assez de personnes qui prennent conscience que nous vivons peut-être les derniers moments propices à un changement de cap, regrette-t-il. Nous ne devrions pas nous trouver dans une position où tout repose sur la procureure générale ou la Cour suprême. C’est un problème lié à la démocratie représentative.» Si le limogeage envisagé de la procureure générale se concrétisait, et ce malgré le soutien de la Cour suprême, pour le politiste il ne fait aucun doute qu’Israël entrerait dans une grave crise constitutionnelle.

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Fanny Léonor Crouzet, Correspondante à Jérusalem  à suivre sur  Libération

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