Taxe Zucman en débat, chute du gouvernement Bayrou, budget en suspens, dette colossale, déclassement par les agences de notation… Le compte X @NicolasQuiPaie, devenu le cri de ralliement d’une grande partie de la droite libérale, de Bruno Retailleau à l’extrême droite nationaliste de Marine Le Pen, est au bord de l’apoplexie. Pis, la France se rend coupable d’un « Nicocide » : un assassinat, la « mort des Nicolas ». Rien que ça..

Ce personnage fictif, apparu sur les réseaux sociaux, trentenaire, travailleur qui croule sous les impôts, les taxes, et estime supporter tout l’effort national, serait sur le point de trépasser. Mais avant, il engrange les vues, les likes et les soutiens. Une hype de « Nicolas qui paie » qui raconte, en creux, la bataille culturelle sourde se jouant autour de la question de l’impôt et de la place de l’État, autant qu’elle démontre la puissance numérique de cette partie, très à droite, de l’échiquier politique.

Pour bien prendre la mesure de ce que revêt l’expression « C’est Nicolas qui paie », il faut remonter dans la moiteur du mois de juin 2025, sur la scène du Casino de Paris. Ce jour-là, l’eurodéputée Reconquête! Sarah Knafo enfile les punchlines devant un parterre comble. « Permettez-moi […] de remercier tous ces comptes Twitter, les Marc Vanguard, les “Nicolas qui paie” », lance-t-elle, manière de saluer une nouvelle grammaire politique forgée en ligne. Quelques minutes plus tard, elle revient à la charge : « Une entreprise qui embauche un banlieusard, c’est encore Nicolas qui paie. » La salle exulte. Ce soir-là, au Sommet des libertés financé par le milliardaire ultra-conservateur Pierre-Édouard Stérin, la droite conservatrice et l’extrême droite identitaire affichent leur convergence : libérale et fiscale.

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Jordan Bardella, Eric Ciotti et Sarah Knafo. Tous les trois sont là et revendiquent autant la convergence des droites que l’héritage de « Nicolas qui paie ». Leur message est limpide : livrer bataille sur l’impôt, sur le coût de l’État, avec « Nicolas » comme figure totémique du contribuable exténué. Casser l’idée de l’État comme entité protectrice autant que comme base légale et juridique de l’organisation institutionnelle et politique en élargissant la fenêtre d’Overton à propos de l’impôt et du périmètre de l’État. Voilà ce qui anime aujourd’hui l’extrême droite autant que ce qui constitue son carburant politique.

Avant de devenir un slogan politique, @NicolasQuiPaie est un compte X fondé en 2023 et suivi par 76 000 followers. Quand il ne paie pas, Nicolas parle beaucoup. Son récit est clair et constant. Les charges sociales sont trop lourdes, les retraites sont injustes, il existe des « assistés » et des « profiteurs » supposés, l’aide internationale de la France constitue une gabegie, et la défense d’une identité blanche et occidentale affleure dans de nombreux posts, dont certains sont vus près d’un demi-million de fois. Les messages les plus relayés sont toujours les mêmes : ils opposent un « Nicolas » producteur à des « Bernard et Chantal », retraités favorisés, et à des « Karim » allocataires. La vision du monde de Nicolas pourrait se résumer ainsi : les trentenaires qui paient des impôts financent les profiteurs boomers, mais aussi, et surtout, les profiteurs de l’immigration. Le ton identitaire et raciste est assumé. Ainsi, chez « Nicolas qui paie », on vilipende les pays – souvent d’Afrique – qui envoient des travailleurs immigrés en France et « bénéficient d’un accord de Sécurité sociale ».