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Robert Badinter au Panthéon : dans la foule parisienne, des larmes et de la reconnaissance
L’entrée dans le sépulcre républicain de l’ancien ministre qui a aboli la peine de mort en France s’est faite sous les yeux d’une foule venue en nombre bien avant le début de la cérémonie, ce jeudi 9 octobre. Emmanuel Macron a salué une figure de l’«Etat de droit».
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La foule s’est massée, rue Soufflot (Ve arrondissement de Paris), dès le milieu d’après-midi ce jeudi 9 octobre pour apercevoir le cercueil de Robert Badinter. Lorsque le corbillard est arrivé près du jardin du Luxembourg en provenance du cimetière de Bagneux où il était enterré jusqu’à présent, un premier frémissement. On murmure, on chuchote, on se tient par l’épaule. Puis un épais silence, quand six hommes vêtus de noir ont porté la bière jusqu’à un promontoire blanc au centre de la rue. La photo de l’ancien ministre de la Justice, les bras croisés, fait face au Panthéon dans une mise en scène sobre. Il doit y reposer dans le caveau des révolutionnaires aux côtés de Condorcet, qu’il admirait. En attendant, son cercueil est exposé là, une dernière fois à la vue de toutes et tous.
En haut de la montagne Sainte-Geneviève, sous la nef du Panthéon, de nombreuses personnalités publiques (BHL, Anne Sinclair…) et politiques (Jack Lang, Anne Hidalgo…) se sont aussi réunies pour ce dernier hommage. Ont notamment défilé les trois anciens Premiers ministres : Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu.
Ce dernier, démissionnaire, a accompagné solennellement Emmanuel Macron à son arrivée pour écouter la Marseillaise jouée par la garde Républicaine avant d’assister aux différents hommages : des lectures de ses discours par Guillaume Gallienne, un intermède musical par Julien Clerc qui entonne L’assassin assassiné, entre autres.
«On en a bien besoin en ce moment»
Dans la foule compacte, Aline tient la main de sa fille de 8 ans. Elles observent le cercueil remonter lentement vers sa dernière demeure. «Je me suis mise à pleurer dès ce matin», glisse cette professeure qui admire l’ancien homme d’Etat pour son combat contre la peine de mort. Elle se tourne vers son enfant, pointe du doigt une citation inscrite : «La mémoire est un combat.» «La mémoire c’est quand tu écris et quand tu fais des choses qui restent», lui explique-t-elle. A leurs côtés contre la barrière, quatre lycéennes en seconde se sont retrouvées bloquées là, faute d’accès au RER pour rentrer chez elles. C’est la première fois qu’elles assistent à une panthéonisation. «Est-ce que c’est Emmanuel Macron, lui-même, qui va porter le cercueil jusqu’en haut ?», interroge l’une d’elles. Ses camarades se marrent : «Mais non, il n’a pas assez de force !»
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Louise et May, 19 ans, en L2 de droit et d’histoire sont, elles, présentes car elles sont «très attachées au personnage». «Il était parrain de notre double licence. Je trouve ça bien qu’il entre au Panthéon, on met de belles personnalités du pays sur le devant et on en a bien besoin en ce moment», plaident-elles. Alex, guide conférencier dans le temple, est venu voir le «petit nouveau». Evoquant le monument, il développe : «Pour moi, c’est la République qui honore ses grands hommes. Ce sont des idéaux qui normalement ne sont pas dévoyés, un retour aux sources. C’est un endroit sacré, intouchable, où il a toute sa place.» Avec un regret tout de même : «qu’on y célèbre encore un homme», alors que selon lui Gisèle Halimi, dont la panthéonisation envisagée par l’Elysée n’avance plus, ou Olympe de Gouges mériteraient pareil hommage.
«Les morts ici nous écoutent»
La nuit tombe à peine sur le Panthéon. Au centre, entre deux arches, un portrait de l’ancien avocat. Le cercueil a remonté toute la rue Soufflot, lentement. Dans un silence à nouveau retrouvé, il pénètre dans le temple, porté par la garde républicaine. De timides applaudissements, quelques larmes écrasées. Au bout du chemin, sur l’air de Lascia ch’io pianga de Georg Friedrich Haendel, il est posé au centre, sous les yeux d’Elisabeth Badinter et du Président de la République, côte à côte au premier rang.
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Dans un ultime discours, Emmanuel Macron rend hommage à l’homme «né dans la haine des juifs dans les années 20» et décédé «dans nos années 20 où la haine des juifs tue». «Les morts ici aussi nous écoutent. Et il est des voix que nous entendons encore résonner. Celle de Robert Badinter en est une. Il prendra place aux côtés des hommes de 1789. Il entre au Panthéon avec les Lumières et l’esprit de 1789, avec les principes de l’Etat de droit, inséparable de l’idéal républicain. Et dans cet instant, nous entendons sa voix».
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