«C’est un fou génocidaire»: un cessez-le-feu au terme d’une journée sous haute tension
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Des influenceurs conservateurs au pape, Donald Trump a provoqué un vif émoi en menaçant d’anéantir la «civilisation» iranienne. Finalement, il a saisi une perche diplomatique de dernière minute pour s’en sortir.
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- Trump a menacé d’anéantir la «civilisation» iranienne si Téhéran ne cédait pas.
- Un cessez-le-feu de quinze jours a été annoncé grâce à la médiation du Pakistan.
- Des Démocrates ont réclamé l’application du 25e amendement, jugeant Trump inapte à gouverner.
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« Un désastre diplomatique » : pourquoi l’accord de cessez-le-feu de Trump avec l’Iran a un goût amer pour Israël
Le cessez-le-feu de deux semaines annoncé par Donald Trump suscite frustration et amertume en Israël, bien décidé à poursuivre ses attaques au Liban contre le Hezbollah. L’opposition à Netanyahou invoque « un désastre diplomatique ».
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Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Le cessez-le-feu annoncé ce mercredi divise les deux alliés.
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Pascal Brunel
Benyamin Netanyahou a été contraint de faire contre mauvaise fortune bon coeur face à Donald Trump, à la suite de l’annonce de l’arrêt des combats dans la nuit de mardi à mercredi. Le Premier ministre israélien s’est empressé de proclamer qu’il soutenait la suspension des attaques contre l’Iran pendant deux semaines.
Mais, dans un communiqué, il a précisé que ce consentement dépendrait de la réouverture effective du détroit d’Ormuz et de la cessation de toutes les attaques iraniennes contre les Etats-Unis, Israël et tous les pays de la région.
Détail essentiel : Benyamin Netanyahou a tenu à préciser que le cessez-le-feu « ne concerne pas le Liban », autrement dit, Tsahal va poursuivre ses attaques contre le Hezbollah. Quelques heures après l’annonce du cessez-le-feu, l’armée israélienne a effectué plusieurs raids dans le sud du Liban, faisant une centaine de morts selon les autorités libanaises. Cinq divisions de Tsahal restent déployées et bien décidées à poursuivre leurs opérations dans une « zone de sécurité » qu’Israël s’est attribuée dans le Sud-Liban.
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« Désastre diplomatique »
Les premiers bilans des 40 jours de guerre ne sont guère brillants pour le Premier ministre. Il est présenté par la plupart des commentateurs comme ayant été mis devant le fait accompli par Donald Trump mardi soir, alors qu’aucun des objectifs de la guerre que s’était fixés Benyamin Netanyahou n’a été atteint. « Il n’y a jamais eu un désastre diplomatique de cette ampleur dans toute l’histoire d’Israël », a déploré le chef de l’opposition centriste Yaïr Lapid.
Comme l’a rappelé la radio de l’armée israélienne, le régime iranien que le Premier ministre souhaitait voir renversé grâce à une révolte populaire encouragée par l’offensive militaire américaine et israélienne, est toujours en place. Le régime « a tenu bon, malgré les coups très durs qui lui ont été assénés par une superpuissance mondiale telle que les Etats-Unis et une puissance régionale comme Israël. D’un point de vue stratégique, les Iraniens peuvent sourire », souligne avec une certaine amertume Assaf Cohen, un ancien officier supérieur des renseignements militaires, interviewé par la chaîne de télévision 13.
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Incertitude sur le nucléaire
« Donald Trump a pris Benyamin Netanyahou par surprise et lui a forcé la main », ajoute Danny Citrinowicz, de l’Institut national israélien des études stratégiques, également sur la 13. Les capacités de tirs et de production de missiles balistiques iraniens sont loin d’avoir été totalement éradiquées, contrairement à ce qu’avait évoqué le Premier ministre. De même, l’arrêt du soutien financier et militaire aux « proxys » de Téhéran, tels le Hezbollah ou les Houthis yéménites, ne figure pas dans les règles du jeu prévues par l’accord de cessez-le-feu.
Surtout, l’incertitude la plus totale règne sur les deux dossiers les plus essentiels. Le nucléaire d’abord, et en particulier le sort des 440 kg d’uranium enrichi à 60 %, que détient l’Iran, alors que ce pourcentage pourrait un jour être élevé à 90 % et permettre de produire une dizaine de bombes atomiques.
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Vœu pieux
La question de la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz ensuite, qui demeure en grande partie dans le brouillard. Sur tous ces sujets en suspens, Benyamin Netanyahou a évoqué sans donner de précisions des « négociations à venir », en se contentant d’émettre ce qui peut apparaître comme un voeu pieux. « Les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils étaient déterminés à agir pour que l’Iran ne représente plus une menace avec le nucléaire, les missiles balistiques et les organisations terroristes pour les Etats-Unis, Israël et les pays de la région », a affirmé le Premier ministre.
Rien ne garantit toutefois que ces objectifs puissent être atteints tant les intérêts de Donald Trump et Benyamin Netanyahou, qui préconisait ces derniers jours encore une escalade tous azimuts, semblent plus divergents que jamais.
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Pascal Brunel (Correspondant à Tel-Aviv)
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Cessez-le-feu en Iran : ce que contient le plan en 10 points de Téhéran, jugé « viable » par Trump
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Téhéran et Washington revendiquent chacun une victoire après l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines en Iran. Les négociations à venir s’appuieront sur un plan iranien en dix points, accepté par le président américain comme base de discussion.
L’une des exigences de Téhéran est de pouvoir conserver le contrôle du détroit d’Ormuz.
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Claude Fouquet
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Les Etats-Unis et l’Iran ont chacun revendiqué la victoire, mercredi après l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines. C’est « une victoire totale et complète. Cent pour cent. Il n’y a aucun doute là-dessus », a affirmé le président américain Donald Trump. Le Conseil suprême de la sécurité d’Iran a assuré de son côté que le régime des mollahs « a remporté une grande victoire […] et que l’ennemi a subi une défaite indéniable, historique et écrasante ».
Les discussions doivent désormais s’engager en vue d’un accord de paix à long terme. Elles vont s’appuyer sur « une proposition en dix points » transmise par l’Iran et relayée par les médias iraniens locaux, dont l’agence de presse Tasnim. Une proposition qui, selon les propres termes de Donald Trump, « constitue une base viable pour négocier », plus condensée que le plan en 15 points mis en avant par les Etats-Unis il y a quelques semaines.
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« Climat de méfiance totale »
Selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, ces deux textes serviront de base aux discussions. Alors que certaines exigences iraniennes ont déjà été rejetées par Washington dans le passé, le Conseil suprême de la sécurité a jugé que les discussions avec Washington débuteront « dans un climat de méfiance totale envers les Etats-Unis ».
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Passage en revue des conditions posées par l’Iran et transmises à Washington. Elles peuvent être regroupées en quatre thèmes principaux.
1. La cessation des combats
C’est, sans grande surprise, la plus classique des exigences en vue d’un cessez-le-feu. Le premier point du plan iranien demande que « les Etats-Unis doivent s’engager à garantir, en principe, la non-agression ». Le point 9 du plan iranien pose de son côté le principe du « retrait des forces de combat américaines de la région », tandis que le point 10 demande « l’arrêt de la guerre sur tous les fronts, y compris contre la résistance islamique au Liban ». Ce dernier point n’est de toute évidence pas au goût d’Israël, qui a affirmé, dans la matinée, que le cessez-le-feu ne concernait pas le Liban.
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2. Le contrôle du détroit d’Ormuz
C’est l’un des deux sujets sensibles du conflit et surtout un point auquel Téhéran tient énormément. L’Iran exige, dans son point 2, de pouvoir « maintenir le contrôle du détroit d’Ormuz ». Une demande dont la teneur exacte reste floue et qui pose de nombreuses questions, notamment celle de savoir qui assurera la sécurité des traversées. Le ministre iranien des Affaires étrangères a assuré que cela se fera sous contrôle militaire iranien de Téhéran.
Ce point laisse aussi entier la question de la mise en place d’un droit de passage que pourraient se partager l’Iran et Oman, même si, selon un responsable anonyme cité par Associated Press, le plan de cessez-le-feu autorise l’Iran et Oman à percevoir un droit de passage. Et surtout conduit à un changement de situation par rapport au passé puisque jusqu’au déclenchement de la guerre il n’existait aucune limitation de passage, sous quelque forme que ce soit, par le détroit d’Ormuz.
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3. Le « droit à enrichir » l’uranium
C’est l’autre sujet sensible pour le régime des mollahs, détaillé dans le point 3 : l’Iran souhaite que soit « accepté » son « droit à enrichir » de l’uranium. Et ce, alors même que c’est la possibilité de cet enrichissement, notamment à des fins militaires, qui est largement à l’origine du conflit. La fin du programme nucléaire iranien est par ailleurs une demande de longue date de l’administration Trump. Et a constitué par le passé une véritable ligne rouge érigée par les négociateurs américains.
Selon l’agence américaine Associated Press, seule la version en farsi du plan incluait initialement ce point, absent des premiers documents en anglais transmis aux journalistes par des diplomates iraniens.
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4. La levée des sanctions sur l’Iran
Dans les points 4 à 7 du plan iranien, Téhéran souhaite que soient levées toutes les sanctions internationales dont l’Iran fait l’objet. Cela concerne celles imposées par l’ONU et l’Agence internationale de l’énergie, mais aussi, sans doute, le déblocage des avoirs iraniens aujourd’hui gelés.
Le régime des mollahs veut aussi obtenir des réparations (point 8). Une demande déjà formulée par Téhéran qui, en mars, demandait déjà le paiement « garanti et clairement défini » de compensations et de réparations de guerre. Et laissait entendre la possibilité de créer un fonds d’investissement pour gérer l’argent ainsi récolté.
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Claude Fouquet à suivre sur https://www.lesechos.fr/