Tous les sondages sont constants : ce 23 février, un Allemand sur cinq serait prêt à voter pour l’AfD. Ce n’est pas rien, sachant qu’il s’agit d’un parti plus à droite que le RN, prorusse, nostalgique du nazisme, et qui prône « la remigration » des étrangers. Ces mêmes sondages s’accordent toutefois à donner la victoire à la droite ­chré­tienne-démocrate (CDU), ce qui ferait de son chef, Friedrich Merz, le futur chancelier. Mais à quel prix ? À la tête de quelle coalition ? La réponse dépend de l’ampleur de la percée d’une extrême droite allemande qui peut compter sur le soutien enthousiaste du tonitruant Américain Elon Musk et de Donald Trump, qui milite pour « la paix » de Poutine, rêve d’en finir avec l’Union européenne et, par la même occasion, avec ce « culte de la culpabilité » qui renvoie sans cesse aux crimes de ­Hitler… Un ­soutien de poids à ce cheval de Troie pour affaiblir l’Europe de l’intérieur.

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L’AfD mise aussi sur l’exaspération des Allemands, traumatisés par la série d’attaques meurtrières perpétrées par des migrants : un Saoudien à Magdebourg en décembre, un Afghan à Aschaffenbourg en janvier et un autre, Afghan, à Munich le 13 février, soit quelques jours seulement avant les élections. Dans une République fédérale habituellement très policée, particulièrement attentive au ­respect de l’État de droit, la violente campagne qui s’achève n’incite guère à l’optimisme. Faute de majorité claire, beaucoup craignent de voir le Bundestag s’enliser dans une instabilité chronique, semblable au désolant spectacle que donne depuis des mois l’Assemblée française. D’autres, plus pessimistes encore, estiment que l’Allemagne n’est pas à l’abri d’un scénario à l’autrichienne, où la droite déboussolée avait fini par engager des négociations pour une coalition avec le FPÖ, un parti fondé par un ancien général SS qui n’a pas, loin s’en faut, tout renié de ses origines… En l’occurrence, les deux partis n’ont pas réussi à trouver d’accord.

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La fachotte, la bête immonde de l’Extrême droite

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Certes, le patron de la CDU a fait le serment de ne « jamais » gouverner avec l’extrême droite : « L’AfD se dresse contre tout ce que notre parti et notre pays ont construit dans les dernières décennies », déclarait-il encore le 3 février devant ses supporters. Longtemps impensable, l’alliance de la démocratie chrétienne et de l’extrême droite est pourtant devenue une hypothèse crédible depuis que les députés de ces deux partis ont additionné leurs voix pour donner une majorité à une résolution approuvant le principe de contrôle aux ­frontières afin de refouler tous les étrangers sans papiers, y compris les demandeurs d’asile. À l’initiative de cette motion sans effets contraignants, Merz entendait montrer aux électeurs qu’il ne laissait pas sans réponse les récentes tueries. Pour les socialistes et les écologistes (SPD et Grünen), il était hors de question de voter une telle résolution « en contradiction flagrante avec le droit européen ».