https://youtu.be/UW3IgDs-NnA
VIOLETA PARRA (1917-1967), la plus connue des artistes chiliennes est née dans le Sud du pays, à San Carlos, près de Chillan, d’une mère paysanne et d’un père instituteur, qui enseigna la musique. Dans une famille nombreuse, toujours à la recherche d’un travail, elle vécut une enfance pleine de couleurs et de saveurs. Pablo Neruda prétendait qu’à son baptême, le prêtre aurait élevé une grappe de raisins et prophétisé : « Treille tu es, vin triste tu deviendras… »*. Le même poète écrivit ensuite : « Sainte Violeta, tu es devenue guitare, dont les cordes sont des lames qui étincellent sous la lune… tu es devenue peuple, colombe sauvage, trésor caché ». Puis l’« antipoète » Nicanor Parra, son frère aîné, enchérit : « On t’accuse de toute sorte de choses. Moi qui te connais, je te dis qui tu es, un agneau déguisé en loup ! » Cette petite femme dotée d’un caractère volcanique, d’une tristesse violette, d’un humour corrosif, était multiple, instinctive et volontaire. Et une artiste totale : musicienne, poétesse, peintre, sculptrice et tapissière, elle créa avec trois fois rien, une imagination débridée et une sensibilité à fleur de peau. Violeta des Andes a chanté dès sa prime jeunesse. Elle a chanté dans les rues, tavernes, théâtres et cabarets, aux cirques et au champ, sur les places, dans les bateaux, trains et stades. Elle a chanté pour protester, mobiliser, remémorer, séduire, oublier, rire et pleurer. Elle a chanté pour semer le trouble et pour faire la paix. Avec un talent musical inné et une magie rythmique qui ne craint pas la dissonance, elle a chanté pour remercier la vie, mais aussi parce qu’elle sentait la mort rôder.
Dès le début des années cinquante, elle entreprit son pèlerinage d’un bout à l’autre du pays, du nord au sud, jusque dans les terres les plus reculées, où la musique paysanne, si fertile, se transmettait de père en ls, sans trace écrite. Munie de sa guitare, d’un cahier, de crayons et d’un magnétophone, l’infatigable voyageuse répertoriait les airs du folklore national, dépourvus de toute facilité ou de pittoresque. Elle en distillait l’essence, l’âme du peuple, l’authentique héritage, et sauva ainsi la tradition menacée, la musique du Chili.
Aujourd’hui, un demi-siècle après sa disparition, l’artiste a en n trouvé la reconnaissance qu’elle mérite : le 4 octobre 2015, s’est ouvert, en plein cœur de Santiago, le Musée Violeta Parra. On peut y admirer grande partie de son œuvre plastique, composée de tapisseries, de peintures à l’huile, des sculptures en papier mâché. On y découvre aussi quelques-uns de ses instruments et des objets personnels, ainsi que de nombreux documents photographiques.
Dans ce disque réalisé avec l’amitié complice de Matias Pizarro, roi parmi les arrangeurs et accompagnateurs, Angel Parra explore une audacieuse aventure musicale. Il dépouille l’œuvre de sa mère, dont on célèbre en 2017 le centenaire de la naissance, des instruments traditionnels, tels la guitare, le charango, le tiple ou le bombo. En choisissant le piano comme unique partenaire à sa voix profonde, qui chante et qui récite, il l’éloigne du contexte folklore et lui réinvente un espace artistique universel. D’une extrême sobriété, cette forme n’est pas sans évoquer la pureté d’un lied ; elle insuffle une sensibilité naturelle à la poésie de Violeta Parra, qui abonde en douleur et en bonheur, en humilité et en désir, en modestie et en liberté, en réflexion et en passion. Gageons que cette métamorphose du monde poétique de Violeta Parra saura émouvoir tous ceux qui l’écoutent.
Ruth Valentini