GÉOGRAPHIE. « Dictionnaire critique de l’anthropocène », du collectif Cynorhodon
Toute urgence se double d’une autre : l’urgence de connaître, d’évaluer, de passer chaque idée et chaque fait au crible de l’esprit critique. Les menaces qui pèsent sur le climat et la biodiversité n’échappent pas à la règle. Rien d’efficace ne pouvant sortir d’une vision vague des choses, il est même possible qu’elle soit plus cruciale encore en ces matières, où la pensée réflexe risque de faire perdre beaucoup de temps. Pour en gagner, ne vous fiez pas aux apparences : un monument de 928 pages comme le Dictionnaire critique de l’anthropocène, dirigé par le collectif de géographes Cynorhodon, avec ses plus de 300 entrées, d’« Abeille » à « Zone humide », apparaît vite, à l’usage, comme un recours indispensable, aussi exigeante que soit sa fréquentation.
Quelle part l’homme prend-il dans la situation de la planète ? Mais surtout : quelles formes cette emprise revêt-elle, selon quelles modalités, à la suite de quelle histoire ? Et d’abord : qu’entend-on par « homme », par « planète », par « emprise » ? Ce dictionnaire n’est pas le premier livre à tenter de ressaisir au plus large les enjeux de l’ère anthropocène. Mais peu ont problématisé les questions avec cet acharnement, cette méfiance libératrice envers les présupposés idéologiques. La rigueur critique presque constante des articles et leur agencement, qui en font une formidable réussite, accomplissent comme rarement le projet résumé dans son introduction : « Recenser les mots qui permettent d’outiller la pensée, puis les interroger : connaître les bœufs avec lesquels on laboure, comme le dit justement un proverbe mexicain. »
Florent Georgesco
« Dictionnaire critique de l’anthropocène », du collectif Cynorhodon, CNRS Editions, 928 p., 39 €, numérique 28 €.