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Jamais autant de défenseurs de l’environnement auront été tués dans le monde. Un lourd tribut pour ces femmes et hommes démunis et pacifiques alors que l’urgence écologique devrait être une priorité mondiale. Notre responsabilité est indirectement engagée.

Depuis 2012, c’est l’ONG Global Witness qui maintient à jour ce macabre décompte : en 2019, 212 personnes ont été tuées pour avoir défendu pacifiquement leurs terres et/ou s’être opposées à la destruction de la nature. À l’échelle mondiale, le nombre réel d’assassinats est sans doute plus élevé que celui qui est connu, car trop souvent les cas ne sont pas enregistrés.
Un triste record dans un contexte de dégradation générale de notre support de vie, d’effondrement de la biodiversité et de changement climatique.

Cela fait vingt cinq ans que Global Witness mène des campagnes pionnières contre les conflits et la corruption liés aux ressources naturelles ainsi que contre les violations des droits environnementaux et des droits de l’homme qui y sont associées. Du Cambodge au Congo, de la Sierra Leone à l’Angola, nous exposons la brutalité et l’injustice engendrées par la lutte pour l’accès aux richesses naturelles et le contrôle de celles-ci, et cherchons à faire rendre des comptes aux responsables de cette corruption et aux auteurs de ces conflits.

Le rapport annuel de l’ONG a également mis en lumière le rôle critique que jouent les défenseurs des droits à la terre et de l’environnement dans la lutte urgente contre la dégradation du climat. Ils s’opposent directement aux industries non durables qui émettent le plus de carbone et souillent l’environnement.

Autre enseignement du rapport : la répression et la surveillance se sont accrues pendant le confinement de la COVID-19, notamment envers les défenseurs de l’environnement.

Depuis l’Accord de Paris sur le climat de décembre 2015, 4 défenseurs ont été tués chaque semaine, sans compter les nombreux défenseurs réduits au silence par des attaques violentes, des arrestations, des menaces de mort ou des poursuites judiciaires.

De plus en plus de défenseurs de l’environnement sont tués dans le monde

Soulignons que plus de la moitié des meurtres signalés l’année dernière se sont produits dans deux pays seulement : la Colombie (qui détient la palme avec un triste record de 64 assassinats) et les Philippines (un nombre en hausse, passant de 30 assassinant en 2018 à 43 en 2019).

Parmi ces meurtres figure celui de Datu Kaylo Bontolan, assassiné aux Philippines après s’être opposé à l’exploitation minière illégale dans la région. Ce dirigeant manobo, l’un des nombreux autochtones tués en 2019, affirmait son droit à l’autodétermination et protégeait ses terres ancestrales contre ceux qui cherchaient à en exploiter les ressources naturelles.

Le secteur minier a été le plus meurtrier au monde avec 50 défenseurs tués en 2019, l’agroalimentaire restant une menace, en particulier en Asie où se sont déroulées 80 % des attaques liées à l’agroalimentaire.

Les menaces et les attaques se sont également multipliées en Roumanie, avec notamment l’assassinat de Liviu Pop. Ce garde-forestier qui travaillait à la protection d’une des plus grandes forêts primaires d’Europe, une forêt vitale pour l’environnement, a été tué par balle parce qu’il voulait protéger des arbres des gangs criminels organisés qui déciment ces forêts dans le pays.

Parmi les militant·e·s toujours en campagne et menacé·e·s figure Angelica Ortiz, l’une des principales défenseuses des Wayuu de La Guajira. Elle s’oppose depuis des années à la plus grande mine de charbon d’Amérique latine, dans le cadre d’une tentative de protéger le droit à l’eau des communautés d’une des régions les plus pauvres de Colombie. Tout au long de sa campagne, elle a été menacée et harcelée.

L’exploitation des ressources naturelles est la principale cause des meurtres

L’exploitation forestière est le secteur qui a connu la plus forte augmentation des meurtres dans le monde depuis 2018, avec 85 % d’attaques supplémentaires contre les défenseurs qui s’opposent à l’industrie.

« L’agroalimentaire, le pétrole, le gaz et les mines ont toujours été les principaux moteurs des attaques contre les défenseurs des droit à la terre et de l’environnement et ce sont également ces industries qui nous poussent toujours plus loin dans le changement climatique par la déforestation et l’augmentation des émissions de carbone. Bon nombre des plus graves atteinte à l’environnement et aux droits de l’humain dans le monde sont dues à l’exploitation des ressources naturelles et à la corruption du système politique et économique mondial. Les défenseurs des droits à la terre et de l’environnement sont ceux qui prennent position contre cela. » déclare Rachel Cox, responsable de cette campagne à Global Witness.

En ce moment, les communautés indigènes subissent des attaques disproportionnées alors qu’elles luttent pour la défense de leurs droits et leurs territoires.
Au Brésil où la déforestation est principalement liée à l’élevage et la production de cultures fourragères notamment à destination de l’Europe, les populations autochtones sont régulièrement intimidées, harcelées, opprimées et violentées par les autorités qui soutiennent les éleveurs.

Et pourtant, les peuples autochtones restent les meilleurs protecteurs de la nature et les seuls qui sont capables de vivre en relative harmonie avec.

Les populations et communautés indigènes étant déjà durement touchées par la dégradation du climat, les chiffres de 2019 révèlent que plus d’un·e défenseu·r·se sur dix tué en 2019 était une femme. Les femmes défenseuses sont confrontées à des menaces spécifiques, notamment des campagnes de diffamation souvent axées sur leur vie privée, avec un contenu sexiste ou sexuel explicite. La violence sexuelle est une tactique souvent utilisée pour réduire au silence les femmes défenseuses, lesquelles ont peu tendance à les déclarer.

Nos choix de consommation en occident contribuent à cette pression insoutenable sur les défenseurs de l’environnement. En achetant tout et n’importe quoi, en mangeant régulièrement de la viande, nous sommes les premiers financeurs de cette exploitation insensée de notre support de vie qui se solde par la mort de nombreuses espèces animales et végétales et par le meurtre de ceux qui les protègent.

La lutte des défenseurs de l’environnement porte aussi ses fruits

Malgré ces menaces violentes et cette criminalisation, les défenseurs du monde entier ont remporté un certain nombre de succès en 2019. Ces succès sont la preuve de leur résilience, leur force et leur détermination à protéger leurs droits, l’environnement et notre climat mondial.

Ainsi, en Equateur, la tribu indigène Waorani a obtenu une décision historique visant à empêcher le gouvernement de mettre aux enchères son territoire pour l’exploration pétrolière et gazière.

En Indonésie, la communauté indigène Dayak Iban du centre de Bornéo s’est vue attribuer un droit de propriété de 10 000 hectares de terres, après une lutte de plusieurs décennies.

Et dans une affaire portée devant la Cour suprême britannique par des communautés impactées par une mine de cuivre à grande échelle en Zambie, un juge a pris la décision signifiante que la plainte serait entendue par les tribunaux britanniques. Cette décision pourrait avoir des répercussions plus larges en ce qui concerne pour les entreprises qui ne respectent pas leurs engagements publics envers les communautés et l’environnement.

Les marches mondiales pour le climat et le vivant

Avant la pandémie de COVID-19, des millions de citoyens se réunissaient régulièrement dans de nombreuses villes du monde pour dénoncer l’inaction et l’inertie des gouvernements face à l’effondrement du vivant et la réalité de plus en plus forte d’un climat qui se réchauffe.

En France, l’Affaire du Siècle, soutenue par 2,3 millions de personnes, a attaqué en justice l’Etat pour le mettre face à ses responsabilités et obtenir des actions à la hauteur de l’urgence climatique. Après une première réponse tardive et très insuffisante du gouvernement, le collectif d’associations poursuit son action en justice et espère une réponse avant la fin de l’année 2020.

Rappelons enfin qu’en France les défenseurs de l’environnement sont souvent ridiculisés et de plus en plus réprimés comme en témoignent les violences policières sur les territoires des grands projets inutiles et imposés (Notre-Dame-Des-landes, Sivens, grand contournement de Strasbourg, centre d’enfouissement de déchets radioactifs…).
Outre les blessés et les mutilés, fin 2014, un activiste de 21 ans, Rémi Fraisse a été tué par des gendarmes alors qu’il protestait contre le projet du très controversé barrage de Sivens.

Global Witness

 

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