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Après deux ans de grèves scolaires, la « génération climat » se réinvente

La Suédoise Greta Thunberg doit rencontrer, jeudi, la chancelière allemande, Angela Merkel, avec une longue liste de revendications. Une manière de montrer que malgré la crise sanitaire, la mobilisation des jeunes ne faiblit pas.

Luisa Neubauer et Greta Thunberg, lors de la manifestation « Fridays for Future », devant la porte de Brandebourg, à Berlin, le 29 mars.

Pour les jeunes mobilisés pour le climat, la date du 20 août revêt une double importance. D’abord, parce qu’elle marque, jour pour jour, les deux ans de leur mouvement « Fridays for Future » (« les vendredis pour le futur »). Le 20 août 2018, une jeune Suédoise alors inconnue, Greta Thunberg, débutait une grève scolaire devant le Parlement de Stockholm pour demander aux dirigeants des actions urgentes contre le dérèglement climatique. Depuis, des millions d’étudiants, de lycéens et de collégiens lui ont emboîté le pas, boycottant massivement leurs cours pour descendre dans la rue.

Ensuite, parce que l’égérie de la lutte contre le réchauffement de la planète, accompagnée par trois autres figures de proue du mouvement, devait rencontrer, jeudi, la chancelière allemande Angela Merkel – dont le pays assure pendant six mois la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) – avec une longue liste de revendications. Une manière de montrer que malgré la crise sanitaire du Covid-19, la mobilisation inédite de la « génération climat » ne faiblit pas.

« La seule solution est de changer de système »

Les quatre jeunes femmes, Greta Thunberg, l’Allemande Luisa Neubauer, et les Belges Anuna de Wever et Adélaïde Charlier, se sont vu accorder une audience de 1 h 30 avec la chancelière, à Berlin. Elles doivent lui remettre une lettre ouverte, envoyée le 16 juillet aux vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE et aux présidents des institutions européennes, qui a recueilli 125 000 signatures, dont celles de climatologues, d’économistes, de militants ou encore de stars.

Dans leur tribune, les militantes demandent aux dirigeants, comme elles en ont désormais l’habitude, de traiter la crise climatique et écologique véritablement comme une crise. Mais pour la première fois, elles listent aussi des mesures précises à engager immédiatement. Parmi elles : l’arrêt de tous les investissements et des subventions dans les énergies fossiles, la reconnaissance d’un crime international d’écocide, la mise en place de budgets carbone annuels contraignants pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ainsi que l’adoption de politiques climatiques qui réduisent toutes les formes d’inégalités et protègent les plus vulnérables.

« Les changements nécessaires pour sauver l’humanité peuvent sembler très irréalistes. Mais il est beaucoup plus irréaliste de croire que notre société serait capable de survivre au réchauffement climatique que nous allons connaître, ainsi qu’aux autres conséquences écologiques désastreuses qui seront entraînées par le statu quo actuel », expliquent les activistes. Pour les jeunes femmes, les dirigeants se bercent d’illusions et « perdent un temps précieux » en croyant que nous sommes sur la bonne trajectoire pour réduire les émissions. « La seule solution est de changer de système », assènent-elles.

« Nous sommes toujours dans un état de déni »

Pour cela, l’Europe a un rôle à jouer, notamment du fait de sa responsabilité historique dans le dérèglement climatique. « Avec le Covid-19, le climat a été relégué au second plan alors que c’est la plus grande crise à laquelle l’humanité fait face, regrette Adélaïde Charlier. Nous voulons nous assurer que le climat reste la priorité d’Angela Merkel et que la relance ne marquera pas un retour à la normale. »

Deux dossiers majeurs sont sur la table de la chancelière : la relève de l’objectif européen de réduction des émissions d’ici à 2030 et les négociations qui se poursuivent sur le budget européen pour la période 2021-2027, alors que le Parlement réclame notamment des augmentations pour le climat.

La crise sanitaire, toutefois, n’est pas la seule responsable du retard de l’action climatique. Depuis 2018 et le début du mouvement « Fridays for future », « nous avons perdu deux nouvelles années cruciales en raison de l’inaction politique », condamnent Greta Thunberg et ses camarades dans une tribune au Guardian publiée le 19 août. Pendant ces deux années, l’humanité a continué à émettre plus de 80 milliards de tonnes de CO2 et les catastrophes (incendies, canicules, ouragans, etc.) se sont multipliées à travers le monde, entraînant la perte de nombreuses vies. « Lorsqu’il faut agir, nous sommes toujours dans un état de déni », écrivent les grévistes du climat dans le Guardian.

Selon les Nations unies (ONU), respecter l’accord de Paris sur le climat implique que les pays triplent leurs efforts afin de ne pas dépasser 2 °C de hausse globale des températures moyennes, et les multiplient par cinq pour ne pas aller au-delà de 1,5 °C. Or, les Etats ne parviennent toujours pas à s’entendre pour rehausser collectivement leur ambition.

Maintenir la pression

Pour autant, le mouvement « Fridays for future », qui s’est vu décerner par l’ONU le titre de « champion de la Terre » en septembre 2019, n’a pas été inutile. Il a permis de mobiliser une partie de la jeunesse – même s’il s’agit surtout, pour l’Europe, de jeunes aisés et éduqués – qui n’avait jusqu’alors jamais manifesté. Lors des trois journées de grève internationale de 2019, ils étaient 1,8 million à défiler le 15 mars, 2 millions le 24 mai et plus de 4 millions le 20 septembre, selon les chiffres des organisateurs. « Fridays for future » a aussi aidé à la prise de conscience de l’urgence climatique dans une partie de la population.

Les jeunes militants, dont le mouvement se veut apolitique, sont également parvenus à inscrire la question climatique à l’agenda politique de nombreux pays. Le sujet s’est imposé lors des élections européennes et américaines et le Parlement européen a déclaré l’urgence climatique et environnementale l’an passé, de même que certains pays et collectivités.

« Ces jeunes ont eu accès à de nombreux responsables politiques de premier plan, même si parfois ces derniers étaient surtout intéressés par faire des selfies avec Greta Thunberg, note Katrin Uba, professeure associée à l’université d’Uppsala (Suède), qui étudie le mouvement Fridays for future. Cependant, je ne vois pas encore de politiques claires qui répondent directement aux demandes de Fridays for future. »

De quoi pousser les jeunes à maintenir la pression. Il leur faut désormais se réinventer dans un monde bouleversé par le Covid-19. Si la pandémie leur a porté un coup, en les empêchant de défiler toutes les semaines et en reléguant le climat au second plan, les militants sont tant bien que mal parvenus à faire exister le mouvement pendant le confinement. Ils ont poursuivi la grève en ligne chaque vendredi, organisé des conférences d’experts sur Internet, manifesté localement en petits comités ou mené des actions symboliques, à l’image de militants allemands qui ont déposé des milliers de pancartes devant leur Parlement.

Prochaine grève mondiale pour le climat le 25 septembre

« Les mouvements sociaux ont des hauts et des bas, par cycles. Le Covid-19 a, du moins temporairement, entraîné un bas, explique Joost de Moor, chercheur postdoctorant à l’université de Stockholm, qui travaille sur le militantisme climatique. Mais le caractère générationnel de Fridays for future, qui fait que ses jeunes membres s’identifient comme ceux qui souffriront si la crise climatique reste non résolue, pourrait constituer une base solide pour entraîner leur engagement à long terme sur le sujet. »

La prochaine grève mondiale pour le climat, prévue le 25 septembre à la fois dans les rues et en ligne en fonction de la situation sanitaire, permettra de voir où en est cette mobilisation de la jeunesse mondiale.

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