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Emmanuel Macron en quête d’une doctrine et d’une stratégie en matière d’écologie

Pesticides, déclaration sur les « amish » et propositions de la convention citoyenne embourbées, plus de deux ans après la démission de Nicolas Hulot, le président de la République ne parvient pas à convaincre.

Le président Emmanuel Macron, lors de son intervention devant la convention citoyenne pour le climat, le 10 janvier à Paris.

Sur l’écologie, rapporte un ministre, « Emmanuel Macron n’a pas envie de rentrer dans les symboles, mais il y en a besoin ». Le 17 septembre, son premier ministre, Jean Castex, s’est donc mis en tête d’anticiper le très médiatique débat sur la souffrance animale déclenché par la proposition de loi du député (ex-macroniste) de l’Essonne Cédric Villani, dont l’Assemblée nationale se saisit jeudi 8 octobre.

Hors de tout agenda officiel, le chef du gouvernement a réuni ce jour-là à Matignon les ministres Barbara Pompili (transition écologique) et Julien Denormandie (agriculture), mais aussi trois de leurs collègues plus réputés pour leur flair politique que leur connaissance du dossier : Marlène Schiappa (citoyenneté), Gabriel Attal (porte-parole) et Marc Fesneau (relations avec le Parlement). Il en est ressorti l’annonce formulée par Mme Pompili, le 29 septembre, de la fin progressive des spectacles d’animaux sauvages ou de l’élevage de visons. Mais pour un atterrissage à peu près réussi, combien de carambolages depuis le début du quinquennat ?

Plus de deux ans après la  démission fracassante de Nicolas Hulot du ministère de la transition écologique et solidaire, en août 2018, Emmanuel Macron n’en finit pas de tenter de définir sa doctrine. Le chef de l’Etat s’est érigé en champion du climat au niveau mondial, mais il peine à convaincre de sa mue complète.

Un président « écartelé »

L’adoption par l’Assemblée nationale, mardi, d’une dérogation autorisant le recours pour la culture de la betterave sucrière aux néonicotinoïdes tueurs d’abeilles vient alourdir la somme des critiques dont il est l’objet de la part du camp écolo. Mais l’objectif assumé, ici, est de venir en aide à une filière représentant 46 000 emplois.

L’exécutif s’attend à subir une nouvelle salve, ces prochaines semaines, au sujet du glyphosate. Le 27 novembre 2017, Emmanuel Macron, qui refusait d’inscrire dans la loi l’interdiction de cet herbicide jugé dangereux pour la santé, avait promis de le bannir « au plus tard dans trois ans ». Soit en novembre 2020. « On va avoir des interdictions de glyphosate sur certaines utilisations dès le début de l’année prochaine », s’est contentée d’annoncer Barbara Pompili, le 8 septembre.

En cette rentrée, le président de la République est décrit par certains proches comme « écartelé » entre son ambition écologique et la volonté de faire redémarrer une économie française frappée par la crise. Un jour, il annonce que la France va prendre « le tournant de la 5G » et moque les écologistes, des « amish » nostalgiques de « la lampe à huile », qui s’opposeraient au progrès. Le lendemain, il tente de rassurer dans un Tweet les membres de la convention citoyenne pour le climat, qui réclamaient un moratoire sur le déploiement de cette technologie perçue comme potentiellement néfaste pour l’environnement et la santé.

« Emmanuel Macron n’arrive pas à trouver son langage sur l’écologie, reconnaît un de ses visiteurs du soir. Les amish, c’est un peu la version 2020 du sarkozysme. » Après avoir promu le Grenelle de l’environnement au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait balayé le sujet d’un « ça commence à bien faire ». La crise économique était alors passée par là, déjà.

La machine paraît aujourd’hui grippée

Le 29 juin, le président de la République recevait à l’Elysée les membres de la convention citoyenne pour leur annoncer qu’il reprenait 146 de leurs 149 propositions. Dans la foulée étaient annoncés la fin des terrasses chauffées à l’horizon 2021, l’abandon progressif des chaudières au fioul et un effort accru dans la lutte contre l’artificialisation des sols.

Mais la machine paraît aujourd’hui grippée. « Après les discours enthousiastes vient le temps du détricotage. Semaine après semaine, une par une, les mesures fortes de la convention sont abandonnées », ont dénoncé le député (ex-La République en marche, LRM) de Maine-et-Loire, Matthieu Orphelin, et le maire (Europe Ecologie-Les Verts, EELV) de Grenoble, Eric Piolle, dans une tribune au Monde, le 30 septembre.

Les deux hommes ont listé les coups de canif apportés par certains membres du gouvernement – le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, en tête –, que ce soit sur le malus frappant les automobiles en fonction de leur poids, la régulation de la publicité pour les produits polluants ou une future hausse de la taxe sur les billets d’avion.

Sur ce dernier sujet, la nomination passée inaperçue, le 16 septembre, de l’ancien conseiller écologie d’Edouard Philippe à Matignon, Damien Cazé, comme directeur général de l’aviation civile, est accueillie fraîchement au sein de la majorité. « Il prendra fait et cause pour le lobby de l’aviation, c’est quelqu’un qui n’a jamais pris le parti de l’écologie, souffle un macroniste. Elisabeth Borne [prédécesseure de Barbara Pompili au ministère de la transition écologique] l’avait retoqué pour ce poste. » Mais la filière aéronautique, là encore, est sévèrement menacée par la crise sanitaire et économique.

Tenter de fracturer l’électorat écologiste

Que devient, par ailleurs, le (ou les) référendum(s) évoqué(s) par Emmanuel Macron, notamment sur la réécriture de l’article premier de la Constitution ? « Je n’en entends pas parler », rapporte aujourd’hui une ministre. Le projet de loi traduisant les propositions des citoyens, lui, doit arriver au conseil des ministres en décembre.

En réponse aux critiques, l’entourage présidentiel jongle avec les concepts de « progressisme vert » ou d’« écoloproductivisme », qui permettraient au locataire de l’Elysée de se différencier d’EELV sans paraître abaisser son niveau d’ambition. « Il n’y a pas de renoncement, au contraire. Nous investissons 30 % du plan de relance dans l’écologie, la vraie, pas celle de salon qui ne se préoccupe pas de l’impact social de ses décisions », avance le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

L’objectif de l’exécutif est clair : tenter de fracturer l’électorat écologiste pour attirer dans ses filets sa frange la plus « raisonnable ». « L’écologie sortie de la vie économique et sociale est un danger ou une anecdote. Il faut combattre une vision malthusienne de l’économie, qui n’est pas celle des Verts allemands par exemple, souligne Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Créer un progressisme vert, c’est difficile. Ce sont souvent des conservateurs qui portent ces sujets en Europe, ce qui montre bien une certaine ambiguïté. » Et une difficulté d’orientation pour Emmanuel Macron, à dix-huit mois de l’élection présidentielle de 2022.

Olivier Faye

 

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