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Gel dans les vergers et vignes : braseros, éoliennes,  pourquoi les mesures de protection n’ont pas fonctionné

-5°C à Die, autour de 20 % des vignes gelées et donc de récolte en moins…

Le gouvernement a annoncé qu’il allait déployer le régime de calamité agricole à la suite de l’épisode de gel de ce début de semaine qui a touché de nombreuses régions. Aspersions, éoliennes, braseros… les efforts nocturnes des agriculteurs pour protéger les vergers n’ont pas suffi. Explications.

Un verger touché par le gel dans la région de Sisteron - Photo d'illustration

Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a annoncé jeudi, tard dans la soirée, que le régime de calamité agricole allait être activé et des aides mobilisées suite à l’épidode de gel qui a touché de nombreuses régions et de nombreuses cultures. Les vergers sont particulièrement impactés. Les fortes gelées sont arrivées au pire moment, en pleine floraison. Et les efforts nocturnes des agriculteurs pour limiter les dégâts du gel n’ont pas suffi.

Trop froid, trop longtemps

Pour limiter les dégâts du gel, les arboriculteurs comme les viticulteurs, tentent de réchauffer l’air. Certains installent des braseros, d’autres mettent en route des éoliennes pour chasser l’air froid du sol, certains font même appel à des hélicoptères pour brasser l’air. Mais cette semaine, ces moyens ont été inefficaces explique Florent Michez, animateur à la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, car le froid était descendant et il était particulièrement vif.

-5 à -7° dans la nuit de mercredi à jeudi dans la combe de Savoie. Frédéric Bergin producteur de pommes et de poires à Châteauneuf se désole « on a des températures de plus en plus basses. Ca ne passe pas. Les parcelles où on n’a rien fait, c’est 90% de dégâts ».

Et pourtant, Frédéric a de la chance si l’on peut dire, car son exploitation est située à proximité des berges de l’Isère. Il a donc pu installer un système d’aspersion sur la moitié de son exploitation, soit 26 hectares de vergers. Sur les 80 arboricutleurs de Savoie et Haute-Savoie, ils ne sont que deux à disposer de ce système. En arrosant les arbres durant la période de gel, une coque de glace se forme autour des bourgeons et les protège. Mais même ce système, réputé particulièrement efficace, n’a pas donné de résultat satisfaisant cette fois selon l’arboriculteur car il a gelé trop longtemps. « Les températures étaient déjà négatives à 10 heures du soir. Ca fait 9 heures de gel d’affilé. Et il a fait trop froid. C’est la première fois qu’on a des résultats aussi mauvais ».

Une situation « d’une violence assez inédite »

« On est aujourd’hui face à une situation qui est tout à fait exceptionnelle, qui est particulièrement difficile », a détaillé jeudi soir sur France Info le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, évoquant une « violence assez inédite ».

L’enjeu est maintenant de savoir si suffisamment de fleurs seront sauvées pour faire une récolte. L’évaluation des dégâts a déjà commencé. Dans les Savoie, on évoque déjà un chiffre : 80% de pertes. « Ce sont les arboriculteurs de la plaine qui ont le plus souffert, se désole Florent Michez de la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, étonnemment, il a fait moins froid sur les coteaux. »

Frédéric Bergin lui se désespère. Depuis qu’il a repris l’exploitation familiale il y a 25 ans, les problèmes de gel sont de plus en plus fréquents. « C’est la quatrième fois que je vis ça (…) c’est dramatique ». Florent Michez confirme, les arboriculteurs sont plus fréquemment confrontés aux problèmes de gel au printemps car les arbres bourgeonnent de plus en plus tôt, « on a gagné 3 semaines en 20 ans ».

Et après ?

Les agriculteurs redoutent la survenue d’un nouvel épisode de gel, possiblement en début de semaine prochaine. « Et nous ne sommes que mi-avril, on peut geler jusque début mai », note Daniel Sauvaitre, président de l’association nationale des pommes et des poires (ANPP).

Suite au gel, des dégâts catastrophiques en Drôme et en Ardèche

La nuit du 7 au 8 avril 2021 restera sans doute dans les mémoires comme la pire de ces 45 dernières années pour l’arboriculture et la vigne dans la Drôme et en Ardèche. Les températures très froides ont fait des dégâts considérables surtout pour les fruits.

A Érôme, la famille Lays a perdu la totalité de ses abricots, cerises et poires.

Difficile de faire un bilan complet et précis mais il y aura très peu de fruits récoltés en Drôme et en Ardèche cette année. Le gel intense qui a sévi durant la nuit de mercredi à jeudi a détruit une grande partie des abricots, pêches, nectarines et cerises.

Selon les estimations de la FDSEA de l’Ardèche, il y aura près de 90 % de pertes pour les cerises, 95 % pour les abricots. Dans la Drôme, la Chambre d’Agriculture explique qu’il est trop tôt pour dresser un bilan mais les pertes seront du même ordre, très importantes, principalement pour les abricots et les pêches. Certains arboriculteurs ont tout perdu.

Aurélien Soubeyrand, producteur de cerises à Désaignes (Nord-Ardèche), est responsable « fruits » à la FDSEA de l’Ardèche. Il a quasiment tout perdu en une nuit. « On a eu jusqu’à moins 6 degrés sur certains secteurs, on est à des taux de perte de 98%, 99%. C’est étonnant de voir les choses partir aussi rapidement, c’est très rare » précise Aurélien Soubeyrand, très ému. Quasiment aucun secteur de Drôme et d’Ardèche n’a été épargné par cet épisode de gel long (entre 8 et 10 heures) et extrêmement intense.  

« On dirait qu’il y a eu un coup de lance-flammes sur le verger, c’est du jamais vu » – Aurélien Soubeyrand

La viticulture moins touchée

Pour la vigne, les dégâts seront sans doute de moindre ampleur. Il est trop tôt pour des estimations fiables car si certains bourgeons ont déjà brûlé, des contre-bourgeons peuvent encore éclore. Et la situation est contrastée selon les appellations. Dans les appellations septentrionales, Saint-Péray, Cornas, Saint-Joseph, Hermitage et Crozes-Hermitage, les viticulteurs ont sorti les grands moyens, jusqu’à un hélicoptère pour brasser l’air. Les dégâts seront sans doute contenus. La présidente de l’appellation Cornas Anne Colombo évoque ainsi des pertes de l’ordre de 20%.

Rémy Nodin, viticulteur à Saint-Péray, inspecte sa vigne
Rémy Nodin, viticulteur à Saint-Péray, inspecte sa vigne

Pour la clairette de Die, déjà très touchée par des épisodes de gel ces dernières années, la situation est contrastée. Les bourgeons n’étaient pas encore sortis dans le Haut Diois. En revanche, les dégâts seront plus importants dans le bas de la vallée de la Drôme, entre Vercheny et Saillans.

Dans le Sud Drôme peu habitué au gel, les viticulteurs ont pour la première fois de leur histoire pour certains allumé des ballots de paille au milieu des parcelles. L’appellation Grignan-lès-Adhémar semble « relativement épargnée » selon son président Matthieu Rozel. Dans le Sud Ardèche, le gel a surpris par son ampleur. Les viticulteurs n’ont pas d’équipement non plus et le dernier épisode de gel important remonte à 1991. Ce sont les cépages les plus précoces – grenache, chardonnay, merlot- qui ont le plus souffert selon Philippe Dry le directeur des Vignerons ardéchois de l’Uvica à Ruoms.

Quelles aides face à la crise ?

Les FDSEA et les deux chambres d’agriculture de l’Ardèche et de la Drôme en appellent au ministre de l’agriculture pour qu’il vienne constater lui-même l’ampleur des dégâts. Si Julien Denormandie a prévu de se déplacer sur le terrain, on ne sait pas encore où. En revanche, le ministre a confirmé que la procédure de calamités agricoles sera activée rapidement.

Mais les calamités agricoles peuvent-elles suffire ? Non répondent les représentants du monde agricole. Les aides pour le gel 2020 n’ont pas encore été touchées par tous les sinistrés. Et par ailleurs, « il faut toujours finir par rembourser les prêts reportés » souligne par exemple Bernard Habauzit en charge des calamités agricoles à la chambre d’agriculture de l’Ardèche.

Les deux chambres d’agriculture demandent des aides exceptionnelles à l’Etat.  Appel relayé par les élus qui, en Ardèche, demande la tenue urgente d’une table ronde. Le département de l’Ardèche promet de débloquer tout de suite 300.000 euros, comme lors des années précédentes. Il faudra sans doute se poser aussi la question des variétés plantées en Drôme et en Ardèche. Sont-elles trop précoces ? Que faire face au dérèglement climatique ? Aux vagues de froid et de sécheresse ? Ces questions-là agitent aussi la profession.

Mélanie Tournadre France Bleu Drôme Ardèche
Florence Beaudet
Florence Beaudet France Bleu Drôme Ardèche
Pierre-Jean Pluvy
Pierre-Jean Pluvy France Bleu Drôme Ardèche

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