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Présidentielle 2022 : à la recherche de l’électorat de gauche perdu

Les sondages promettent à la gauche une déroute lors de la prochaine présidentielle. Au-delà des débats sur son rassemblement, elle apparaît plus affaiblie que jamais.

Se parler ou mourir. La gauche et les écologistes se retrouvent ce samedi pour une réunion consacrée à 2022. Le rendez-vous a été initié par l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, soucieux de s’imposer comme le rassembleur d’une gauche atomisée. La multiplication des candidatures l’éloigne chaque jour un peu plus du second tour de la présidentielle, promis par les sondages à Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Discuter oui, mais de quoi ? Pressé de clarifier l’ordre du jour exact de la réunion, l’écologiste a précisé qu’elle n’avait pas forcément vocation à parler d’une candidature commune, même si celle-ci pouvait être un objectif à plus long terme.

Vaste programme. LFI, EELV, PS, PCF… Officiellement, personne ne récuse l’appel au rassemblement, réclamé par l’électorat de gauche. Pas question d’enfiler le costume de diviseur. Dans les faits, chacun avance ses pions et veut incarner l’unité. Et pour cause: aucun candidat n’écrase le match dans les sondages. C’est une règle d’or de la politique. Tout ralliement suppose un leader incontesté. Un hiérarque de gauche ne se fait guère d’illusions sur l’issue de la réunion: « Ce sont des calculs mesquins. Le communiste Fabien Roussel veut entraver Mélenchon, qui ne veut pas que la gauche se reconstitue sur un autre pôle que lui. Les écologistes estiment que leur temps est arrivé et le Parti socialiste, au nom de son glorieux passé, ne veut pas être dépassé. »

Entre 28% et 30% des suffrages

Unité ou pas unité ? Ce dilemme stratégique est secondaire. La gauche affronte une menace plus profonde : celle d’un effacement du paysage politique. « Le principal problème de la gauche n’est pas sa désunion, c’est sa faiblesse », résumait jeudi sur France Inter le député LFI Adrien Quatennens. Selon une enquête Ifop publiée dans le JDD, elle ne récolterait qu’entre 28 et 30% des suffrages exprimés au premier tour de 2022. Jean-Luc Mélenchon oscille autour de la barre des 10%, devant Anne Hidalgo (7%) et Yannick Jadot (6%). Lors de la présidentielle de 2012, le bloc de gauche avoisinait les 44%. « La gauche a perdu la moitié de ses troupes depuis 1981 », résume l’ancien Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

Cette érosion est forte parmi les couches populaires. Anne Hidalgo et Yannick Jadot ne sont crédités que de 3 à 4% d’intentions de vote dans cette catégorie de la population. Jean-Luc Mélenchon surnage à 12%. La majorité de cet électorat se tourne vers l’abstention ou le Rassemblement national. « Le début du siècle a été marqué par un fort recul de la social-démocratie, incapable de résister à la mondialisation financière, analyse l’eurodéputé (élu sur la liste LFI) Emmanuel Maurel. L’émergence d’une gauche plus radicale et la percée des écologistes ne sont pas parvenues à contenir le populisme de droite qui récupère des électeurs des classes populaires. »

Analyser ce déclin n’est pas neutre. A gauche, la tentation est forte d’y voir la confirmation de ses propres intuitions politiques. La direction du PS, partisan d’une stratégie unitaire, l’attribue au morcellement de l’offre progressiste. « L’électorat de gauche souhaite le rassemblement, mais cette attente n’est pas satisfaite, juge la numéro 2 du parti Corinne Narassiguin. Pourquoi les gens voteraient en faveur de la gauche au 1er tour s’ils pensent qu’elle ne se donne pas la capacité d’être au second tour? » L’enquête Ifop démontre pourtant l’inverse. Une candidature unitaire PS-PC-EELV pèserait de 9 à 10% des voix. « L’unité ne change rien à la faiblesse de la gauche », tranche le directeur généra adjoint de l’Ifop Frédéric Dabi.

« La gauche est aujourd’hui sur ses ailes »

C’est un paradoxe politique. L’ancrage au centre-droit d’Emmanuel Macron a ouvert un espace politique théorique pour la gauche. Mais ce dernier ne se ressent dans les enquêtes d’opinion, imperméables à la mue du chef de l’Etat. Le président conserve la confiance d’une partie de l’électorat de François Hollande de 2012. En parallèle, les plaies du précédent quinquennat ne sont pas cicatrisées. Le souvenir de la loi Travail de 2016, qui a rendu François Hollande minoritaire dans l’électorat socialiste, n’est pas éteint. « Nous payons le prix de la dérive de la gauche vers le libéralisme de François Hollande, confie la numéro 2 d’EELV Sandra Regol. Le simple mot « gauche » crée du rejet, car il est associé à cette déception. C’est long à réparer. »

Le quinquennat socialiste a laissé la gauche exsangue. Il a mis au jour ses divisions sur un nombre incalculable de sujets, allant de la politique économique aux questions régaliennes. Ce sont les fameuses « gauches irréconciliables », théorisées par Manuel Valls. Désormais dépourvu de force centrale – le PS s’est effondré – elle peine à dessiner un projet de société commun. « Il faut reconstituer le centre de la gauche, analyse Jean-Christophe Cambadélis. Car la gauche est aujourd’hui sur ses ailes. Elle est soit dans le libéralisme économique, soit dans une logique revendicative. Soit dans le multiculturalisme sociétal, soit dans un républicanisme qui frise la préférence nationale. On ne peut pas s’en sortir. »

Enlisée dans les débats identitaires

La gauche n’est enfin pas portée par l’air du temps. Hors Covid, l’actualité est dominée par les débats identitaires, comme sur les réunions non-mixtes à l’Unef. La droite est unie sur ces sujets. La gauche, elle, s’enlise dans les divisions. Quitte à se retrouver en porte à faux de son propre électorat. Ainsi les représentants de gauche ont unanimement fustigé en février l’enquête lancée par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal sur l’islamo-gauchisme à l’université. Son électorat, lui, était très partagé.

Ces thèmes identitaires ont un autre effet pervers : priver la gauche de dérouler son agenda politique. Elle est aujourd’hui inaudible sur les questions de fiscalité ou de justice sociale. « La gauche doit rester maîtresse de ses combats, et en revenir aux questions essentielles qui intéressent la majorité de nos compatriotes, ceux qui travaillent, ceux qui sont exposés à la précarité », confiait Emmanuel Maurel à L’Express au début du mois.

Le tableau est crépusculaire. Chaque camp a ses options pour redresser la tête. EELV veut croire que l’enjeu climatique brisera ce plafond de verre. Le PS mise sur la dynamique d’une démarche unitaire. Chez LFI, on estime que l’offre de « rupture » de Jean-Luc Mélenchon peut faire mentir ces sondages. « Ces enquêtes ne montrent que l’opinion qui a traduit ses choix politiques en choix électoraux, assure le député LFI Éric Coquerel. Mais nous souhaitons aller chercher des gens qui s’abstiennent dans les couches populaires. » Il reste treize mois à ces partis pour faire mentir les prédictions.

Paul Chaulet ( envoyé par l’auteur )

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