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Changement climatique : la végétation se transforme à une vitesse inédite

Changement climatique, activités humaines, utilisation intensive des sols, transformations des écosystèmes terrestres… La végétation de notre planète change à un rythme supérieur à celui de la fin de la dernière ère glaciaire précipitant notre planète vers une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène.

Comme toujours, l’Homme n’est jamais bien loin lorsque l’on cherche à comprendre qui sont les responsables de l’accélération des changements environnementaux observés ces derniers siècles.

« À la fin de l’ère glaciaire, nous avons eu des conversions complètes d’écosystèmes à l’échelle du biome », a expliqué Jack Williams, professeur de géographie à l’Université du Wisconsin-Madison, qui a aidé à diriger la nouvelle recherche, mais aussi président de la base de données nord-américaine Neotoma. « Et au cours des derniers milliers d’années, nous sommes de nouveau à cette échelle. Cela a tellement changé. Et ces changements ont commencé plus tôt que nous n’aurions pu le penser auparavant. »

La Révolution Industrielle a intensifié les émissions de gaz à effet de serre induites par les activités humaines, les accumulant dans l’atmosphère et provoquant le réchauffement de la planète que nous connaissons actuellement.

Cependant, la modification des paysages et les changements de la végétation ne datent pas d’hier, mais plutôt de plusieurs milliers d’années en arrière. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a environ 3 000 à 4 000 ans, la végétation de notre planète avait déjà commencé à changer drastiquement et rapidement.

Dans une étude parue dans le PNAS, fin octobre 2019, une équipe de chercheurs internationaux de l’Inra et de l’Institut Max Planck avait déjà enregistré des changements au niveau de l’érosion des sols, en analysant des dépôts de sédiments lacustres dans plus de 600 lacs à travers le monde. Ils ont alors montré que l’accumulation des sédiments avait augmenté ponctuellement et de manière significative il y a 4 000 ans. Au cours de cette même période, le couvert forestier a diminué, ce qui est un indicateur clair de déforestation.

La palynologie pour retracer l’évolution de la végétation depuis la fin de l’ère glaciaire

Une enquête mondiale, réalisée par des scientifiques internationaux et publiée dans la Revue <em »>Science</em »>, s’est intéressée de près à l’évolution des écosystèmes en analysant les grains de pollen fossilisés (la palynologie). Ils ont appuyé leurs recherches grâce à la base de données Neotoma – outil en libre accès qui stocke et partage plusieurs types de données fossiles, paléoécologiques et paléoenvironnementales, provenant de centaines de scientifiques -.

Les chercheurs ont analysé plus de 1 100 enregistrements de pollen fossile sur l’ensemble des continents, à l’exception de l’Antarctique. Le pollen fossile fournit une mesure extrêmement sensible des communautés végétales passées.

En effet, lorsque le pollen des plantes environnantes tombe dans les lacs, il se dépose sous forme de couches – du plus ancien en bas, au plus récent en haut -. En extrayant des carottes de sédiments, les scientifiques peuvent alors mener un travail minutieux d’identification du pollen pour, par la suite, reconstruire les écosystèmes végétaux sur plusieurs milliers d’années.

Dans le cas de cette étude, l’équipe de chercheurs a voulu donner des réponses sur l’évolution et la vitesse du changement des écosystèmes végétaux depuis la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 18 000 ans.

Pour rappel, la dernière période glaciaire correspond à une période de refroidissement global, ou glaciation, qui caractérise la fin du Pléistocène sur l’ensemble de la planète.

Cette étude a permis de découvrir que la végétation de notre planète, aujourd’hui, change au moins aussi rapidement que lorsque les dernières calottes glaciaires se sont retirées il y a environ 10 000 ans. Son rythme denouvellement rivalise, voire surpasse, celui qui a eu lieu à la fin de l’ère glaciaire, lorsque les plantes ont rapidement colonisé des paysages autrefois gelés et ont dû s’adapter à un climat mondial qui s’était réchauffé.

A travers leurs analyses, l’équipe de chercheurs met alors en avant l’origine de l’influence dominante de l’humanité sur les écosystèmes – particulièrement visible aujourd’hui – qui proviendrait des premières civilisations mais aussi de l’essor de l’agriculture, de la déforestation et d’autres façons dont notre espèce a impacté les paysages.

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Pour étudier les écosystèmes végétaux du passé et leur évolution, un lac ou un autre environnement approprié est creusé pour récupérer les sédiments stratifiés qui contiennent généralement des grains de pollen accumulés au cours de milliers d’années. En identifiant et en comptant les différents grains de pollen, les chercheurs peuvent alors reconstituer la composition végétale locale. Enfin, le taux de changement de végétation est estimé à partir des changements dans l’abondance du pollen au cours du temps.
Milan Teunissen van Manen 

Anthropocène: vers une nouvelle ère ?

Officiellement, nous sommes dans l‘Holocène, époque géologique qui s’étend sur les 12 000 dernières années et succède à la dernière période glaciaire du Pléistocène. Cependant, des scientifiques s’interrogent et évoquent l’apparition d’une nouvelle ère, celle de l’Anthropocène, pour décrire une période géologique moderne influencée par les activités anthropiques.

Cette nouvelle époque géologique est loin de faire l’unanimité et il est encore difficile de fixer une date de commencement… Une chose est sûre, les activités humaines, qui ont commencé bien plus tôt que l’on pourrait se l’imaginer, ont de tels impacts sur les écosystèmes terrestres qu’elles sont devenues les principaux facteurs des changements environnementaux.

« Et l’une des questions a été, quand l’Anthropocène a-t-elle commencé ? », s’est interrogé Jack Williams. « Ce travail suggère qu’il y a 3 000 à 4 000 ans, les humains avaient déjà un impact énorme sur le monde et cela continue aujourd’hui. »

La situation climatique actuelle n’a plus de secrets pour personne. Malgré les études scientifiques, les cris d’alerte ou encore les mobilisations, l’utilisation intensive et la dégradation des terres continuent et la planète se réchauffe à un rythme alarmant, en raison notamment de la hausse des émissions de gaz à effet de serre

D’après l’équipe de scientifiques, au vu de la situation climatique actuelle et des impacts humains directs, les écosystèmes n’ont pas fini de subir des changements et pourraient même continuer à battre des records au cours des prochaines décennies.

lucie.t lucie.t / SINE LIMES

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