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Esprit Village

Loin de l’esprit de clocher, forts de l’esprit village, Ecologie au Quotidien a été l’invité et le « partenaire » de l’événement « Pour un village France » chez nos voisins de Châtel-en-Trièves. Sa jeune et dynamique maire, Fanny Lacroix, une « amie » des Rencontres de Die et de la Biovallée, nous a ainsi offert une nouvelle occasion de lier chaleur, richesse et ouverture au monde. La présence de son invité, David Djaïz[i], haut fonctionnaire et professeur à Sciences Po Paris, a été un « plus » apprécié de toutes et tous. Ainsi, cette journée a mis naturellement en lien réflexion académique et réalisations de terrain dans une cette commune de 475 habitants. Au fur et à mesure de ces aller-retour entre local, national et global, quelques points de repères ont été particulièrement évoqués :

L’esprit village

Face à la mondialisation et à l’anonymat des grandes villes, le village nous aide à sortir de nos silos. C’est un lieu de socialisation marchand et non marchand où il est possible à chacune et chacun d’influencer le cadre de vie. Le café-épicerie « O’Talon » en a été un sympathique témoignage. Plus touchant encore, celui des élèves de l’école communale venus expliquer comment ils ont participé à la conception de l’aire de jeu inaugurée ce même jour.

L’auteur de « slow démocratie » a souligné que l’esprit village devient aujourd’hui une sorte « remplacement » suite à l’effacement progressif des religions, syndicats et autres mouvements. La taille village est sans doute optimale pour réinventer l’appartenance dont chacune et chacun a besoin.

Le village « terre d’accueil »

L’esprit village, c’est celui de l’ouverture, pas du repli, surtout au moment où l’exode urbain se fait nettement sentir. Terre d’accueil, mais à quelles conditions ? Sur quelles valeurs faire communauté avec ces candidats villageois ? Avoir « droit au village » en signant une sorte de « contrat d’accueil » ? De quoi définir ce que chacun(e) apporte ! De quoi célébrer l’arrivée de nouveaux habitants !

Confiance en l’autre

Comme le souligne Fanny Lacroix, cette dimension villageoise favorise la confiance entre ces personnes qui se connaissent. Or en cette période de défiance, de « crise démocratique très grave », restaurer la confiance c’est faire le premier pas pour remettre en route le fonctionnement de la démocratie.

Et l’interco ?

De nombreux élus ont souligné combien les interco sont devenues des machines techno-bureaucratiques qui leur échappent en grande partie, rendant l’échelon communal de plus en plus captif, sans marge de manœuvre. David Djaïz a souligné sa préférence pour une « intercommunalité de projets » redonnant la main à des élus motivés, unis sur un objectif déterminé.

Les associations, moteur du renouveau citoyen ?

En fait, comment refaire des citoyens actifs ? A fortiori compte tenu d’une répartition des tâches souvent injustement déséquilibrée entre femmes et hommes comme l’a observé une participante ? Sophie Guillain, intervenante et actrice de premier rang de la Convention Citoyenne sur le Climat, a souligné alors le rôle que devraient jouer les associations. Entre pouvoir d’agir et expériences pionnières, souvent à coût faible ou nul, il y a probablement là une piste pour susciter une envie de citoyenneté.

Ne pas rester seuls, aller vers, aller de l’avant

Aux actifs d’aujourd’hui d’aller vers les personnes encore éloignées ou hésitantes. A ces actifs de créer une « société où l’on se sent bien » en tissant des liens, en développant des réseaux informels… A ces actifs de mettre en valeur les avantages des interrelations. A ces engagés de faire preuve d’attention et de discernement vis-à-vis de leurs élus et des techniciens des collectivités dans un contexte de complexité nécessairement croissante. Occasion de souligner qu’il n’est pas souhaitable de « former les élus à la complexité » car ce serait alors mettre encore plus le citoyen à l’écart !

Choisir la date de sa majorité ?

L’idée a été émise par Armel Le Coz de Démocratie Ouverte. Avec accompagnement, rite de passage, cette possibilité pourrait favoriser l’émergence de passions et d’envies citoyennes. C’est une mission qui devrait probablement revenir aux associations en cette période de « crise de civilisation républicaine », de « crise culturelle » cependant réversible.

Pour une « échelle humaine » ?

Fanny Lacroix et David Djaïz, ont annoncé la sortie le 24 juin du « Manifeste pour une échelle humaine »-(2), co-écrit par 40 personnalités de moins de 40 ans. Volonté écolo-altruiste de construire avec d’autres un « grand récit positif », celui voulu au fond par des millions de personnes aujourd’hui désemparées face à la longue décadence dont nous ne sommes souvent même pas conscients. Ce récit de la « sobriété heureuse » ferait la part belle à une économie de demains pourvoyeuse d’emploi ou d’activité : agriculture, santé, circuits courts, énergies (renouvelables), communs, éducation et enseignement, villages inclusifs…

Ce fut par conséquent une belle journée de connivence « transverse » entre territoires à dimensions humaines, entre « arrières pays d’avant-garde » unis par les mêmes valeurs !…

A suivre donc, à l’Abbaye de Valcroissant samedi 19 juin à 14 heures puisque c’est Fanny Lacroix qui viendra témoigner de son expérience de jeune maire.

Pour Ecologie au Quotidien

Jean-Louis Virat

26150 Die

PS :

Fanny Lacroix a co-écrit avec Alain Lamour qui est aussi intervenu aux Rencontres de Die et de la Biovallée en janvier 2020 « Des communes et des citoyens » publié sur www.bookelis.fr.

A rapprocher du « débat de l’associations des lecteurs d’Alternatives Economiques que nous avons animé le 28 avril 2021 : « Utopies locales, les solutions écologiques et solidaires de demain » de Timothée Duverger, éditions Les Petits Matins (en vente actuellement à la librairie Mosaïque, Librairie de Die ) ainsi que « La renaissance des campagnes » du Drômois et journaliste à Alternatives Economiques Vincent Grimault, éditions du Seuil 2020.

[i] David DJAÏZ « Slow démocratie, comment maitriser la mondialisation et reprendre notre destin en main » Allary Editions

(2)« Manifeste pour une échelle humaine » : Quarante acteurs de la vie civile, hauts fonctionnaires, responsables politiques, tous de moins de 40 ans, appellent, à un moment crucial de la vie politique nationale, à la construction d’un nouveau destin français pour la décennie qui s’ouvre.
 » Notre génération, née avec la chute du Mur de Berlin, fait face au retour du tragique. Du réchauffement climatique à la pandémie actuelle, des attentats terroristes à la menace de l’extrême droite, elle ne peut rester spectatrice des catastrophes qui s’accumulent. Nous refusons de nous résoudre à la crise permanente. Nous n’acceptons pas la fatalité du déclinisme ambiant. À l’heure où l’histoire frappe de nouveau à la porte, il nous appartient de relever le gant. Enfants de la fin du xxe siècle, nous portons, avec l’énergie et la détermination de notre jeunesse, l’espoir des meilleurs lendemains. «  Ce manifeste initié par quarante acteurs de la vie civile, chefs d’entreprises, responsables associatifs, hauts fonctionnaires, intellectuels et élus locaux, tous appartenant à la génération montante, propose un autre chemin pour la décennie qui s’ouvre, celui d’une République écologique et altruiste. Celui d’une nouvelle échelle humaine.

 

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