La décrue du Rhône
Le fleuve se retire dans son lit après avoir enlacé berges, sentiers et arbres
Confinée et coupée des humains pendant trois jours, la nature respire en gardant les pieds dans l’eau. Reportage en images sur la rive droite.

Des nouvelles du front fluvial en crue? Elles sont localement plutôt rassurantes: ça décroît, ça se détend aux abords des rives, même si le débit du Rhône et, plus encore, de sa rivière voisine, reste soutenu à fort.
Côté inondations, les pompes engagées sur le quai du Seujet font le travail. Elles recrachent dans le fleuve le trop-plein de flotte accumulé dans les gaines techniques. Sous contrôle, de l’avis des intervenants. Confirmé par la porte-parole des Services industriels, Isabelle Dupont Zamperini: «Il n’y a pas de problème de rupture de courant malgré la montée des eaux dans les galeries.»

Les spécialistes indiquent que l’Arve a fait sa «grosse crue» mardi matin vers 9h30, un peu plus de 400 m3, et que le Canton a demandé de laisser ouvert le barrage du Seujet «plein pot», ce qui signifie que le surplus de l’Arve peut être absorbé.
Du côté de Verbois et Chancy-Pougny, ça turbine un maximum, ce qui permet de déverser le surplus. Bref, on régule de concert. En gardant un œil vers le ciel et sur le Léman. Selon les sources officielles, ce dernier est entre 30 et 40 cm au-dessus de son niveau pour cette période de l’année, soit un niveau d’alerte de 2 sur 5, de l’avis des ingénieurs.

Voilà pour la fiche évolutive des intempéries à fleur d’eau. La fiche contemplative, elle, se raconte en remontant, jusqu’au pont Butin, la rive droite du Rhône. Les rubalises déroulées par la police municipale signalent en maints endroits la dangerosité des berges, pointant les tronçons qui, hier encore, étaient submergés.
Le sentier des Falaises est désormais à sec sur la totalité de son cheminement, mais toujours interdit au public. Les flaques qui font des étangs, des pataugeoires et des décors aquatiques inédits, c’est plus loin, dans le secteur sous Cayla et juste avant la réserve naturelle qui respire un grand coup, tellement c’est calme.

La nature, confinée, puis coupée du monde par la montée des eaux, revit avec la décrue progressive. «Les animaux se reposent des humains», glisse le photographe animalier en suivant avec son objectif une famille de canards en train de barboter à l’endroit où, en temps normal, les amateurs de grillades en plein air allument leurs feux interdits.
Le Rhône a investi les lieux et ne se montre pas pressé de repartir. Il a déplacé de force un ou deux fûts servant de poubelle, il enlace les platanes en faisant disparaître leur système racinaire habituellement découvert.
Les bras du fleuve ont des manières amoureuses. L’approche se fait tout en douceur, le retrait également. Mais quand on regarde de plus près, force – oui, force – est de constater que le courant est toujours bien présent. L’Arve joue des coudes et pousse par les flancs.

La police a demandé aux sociétés de loisirs en eaux vives de cesser leurs activités. Elle a eu raison. Il faudra le redire plusieurs fois, avec le retour annoncé du soleil pour ce week-end. Les descentes du Rhône vont reprendre. Or, le courant promet de rester bien trop marqué pour naviguer avec des pneumatiques en forme de salons sur l’eau ingouvernables.
