Le monde sur le chemin « catastrophique » de 2,7 °C de réchauffement climatique
A six semaines de la COP26, un rapport des Nations unies constate que, même s’ils étaient appliqués, les engagements actuels des Etats impliqueraient une « augmentation considérable » des émissions de CO2 .

Alors que les inondations, les canicules et les incendies se multiplient dans le monde, marqueurs d’une planète en surchauffe, l’action des Etats pour lutter contre la crise climatique reste très insuffisante.
A six semaines de la COP26, une conférence climat majeure qui doit marquer un basculement dans l’action de la communauté internationale, nombre de grands Etats pollueurs n’ont toujours pas soumis de nouveaux objectifs climatiques, ou n’ont pas accru leurs efforts. Les plans actuels des 196 pays qui doivent se réunir à Glasgow (Ecosse), du 31 octobre au 12 novembre, mettent la planète sur la trajectoire d’un réchauffement de 2,7 °C d’ici à la fin du siècle, loin de l’objectif de l’accord de Paris de le limiter bien en deçà de 2 °C, et si possible de 1,5 °C.
S’ils étaient appliqués, les engagements des Etats impliqueraient une « augmentation considérable » des émissions de gaz à effet de serre, de l’ordre de 16 % d’ici à 2030 par rapport à 2010. Un échec, alors que, pour garder une chance de ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement, les rejets carbonés devraient au contraire être réduits de 45 % durant cette période.
Rebâtir la confiance entre pays
C’est ce qui ressort de la dernière évaluation de l’Organisation des nations unies (ONU), publiée vendredi 17 septembre, qui appelle les Etats à « redoubler d’urgence leurs efforts ». Elle est parue en amont de deux rencontres de haut niveau pour tenter d’éviter un échec à la COP26. Vendredi, le président américain Joe Biden a réuni, virtuellement, une quinzaine de grandes économies pour tenter d’arracher de nouveaux engagements. L’Union européenne (UE) et les Etats-Unis ont annoncé un accord pour réduire les émissions de méthane, un gaz à effet de serre très puissant, d’au moins 30 % d’ici à 2030.
Lundi, c’est au tour du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et du premier ministre britannique, Boris Johnson – dont le pays préside la COP26 –, de convoquer une quarantaine de chefs d’Etat au siège des Nations unies, à New York, pour provoquer « une discussion franche » et rebâtir la confiance entre pays en développement et pays développés.
« L’augmentation de 16 % est un énorme sujet de préoccupation. Elle contraste fortement avec les appels lancés par la science en faveur d’une réduction rapide, soutenue et à grande échelle des émissions, afin de prévenir les conséquences climatiques les plus graves », prévient Patricia Espinosa, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), dans un communiqué.
Des pays à la traîne
La CCNUCC fait le bilan des engagements climatiques pris de manière volontaire (les « contributions déterminées au niveau national », NDC en anglais) par les 191 parties – 190 pays et l’UE – à avoir ratifié l’accord de Paris. En vertu de ce traité international scellé en 2015, les pays doivent réviser leurs NDC à la hausse tous les cinq ans, pour espérer parvenir à la neutralité carbone au milieu du siècle. Ils devaient le faire avant le 31 juillet 2021, une date repoussée d’un an en raison de la pandémie de Covid-19.
Mais au total, seulement 113 parties, qui pèsent pour la moitié des émissions mondiales, ont soumis des plans nouveaux ou actualisés à l’ONU avant la date butoir. Il reste donc 78 pays qui n’ont pas livré de nouveaux engagements.
Parmi les gros pollueurs qui manquent encore à l’appel figurent la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, la Turquie ou l’Arabie saoudite. Pékin, premier émetteur mondial, s’est engagé à la neutralité carbone d’ici à 2060 et a promis d’atteindre un pic des émissions de CO2 avant 2030, mais n’a pas encore déposé de nouvelle NDC. Ces annonces n’ont donc pas de statut officiel – et la manière d’y parvenir n’est pas détaillée. Quant à l’Inde, troisième pollueur mondial, elle se refuse pour l’instant à accroître ses efforts pour 2030, ou à se fixer un objectif de neutralité carbone au milieu du siècle.
Au sein des autres pays du G20 – responsables de 75 % des émissions mondiales – une partie seulement ont pris des objectifs plus ambitieux : les Etats-Unis, l’UE, le Royaume-Uni, le Canada et l’Argentine. La majorité, comme l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud ou le Vietnam, sont à la traîne. Ils ont, certes, soumis de nouveaux plans, mais ces derniers marquent un statu quo, voire un recul (pour le Brésil, le Mexique et la Russie) par rapport à ceux déposés en 2015.
Leadership des pays du G20
L’ONU note malgré tout des progrès dans les nouvelles NDC des 113 parties. L’effet combiné de ces nouveaux plans entraînerait une baisse des émissions de ce groupe de 12 % d’ici à 2030 par rapport à 2010. Voire de 26 %, si l’on prend en compte les objectifs de neutralité carbone vers le milieu du siècle pris par 70 pays.
Par ailleurs, beaucoup de nouveaux plans de pays en développement sont conditionnés à une aide financière de la communauté internationale. Or, le rapport suggère que la mise en œuvre complète de ces NDC « pourrait permettre aux émissions mondiales de culminer d’ici à 2030 ». L’ONU appelle donc les pays du Nord à honorer leur promesse de mobiliser 100 milliards de dollars (85 milliards d’euros) par an à destination des pays du Sud – une promesse qui n’est pour l’instant pas tenue.
« Le leadership des pays du G20 est plus que jamais nécessaire (…) pour éviter le chemin catastrophique d’un réchauffement de 2,7 °C, prévient Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Les décisions qu’ils prennent maintenant détermineront si la promesse faite à Paris sera tenue ou non. » Le 16 septembre, une analyse du cercle de réflexion World Resources Institute et de Climate Analytics montrait qu’une action ambitieuse des seuls Etats du G20 permettrait de contenir la hausse de la température à 1,7 °C d’ici à la fin du siècle.
« On attend maintenant des objectifs rehaussés, davantage de financements climat et des engagements clairs sur les énergies fossiles : sortir du charbon, mais aussi s’attaquer à l’autre frontière, celle du pétrole et du gaz », indique Lola Vallejo, directrice climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales.
Et Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace, de prévenir : « Il faut cesser de renvoyer la balle aux générations futures. Nous vivons l’urgence climatique maintenant. »