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Corinne Lepage sur l’affaire Hulot : « De grâce, ayez pitié de l’écologie »

Corinne Lepage, ancienne ministre et avocate, revient sur l’affaire Hulot et sur l’impact que celle-ci pourrait avoir sur le combat pour l’écologie.

Corinne Lepage.

Corinne Lepage.

La tribune : « Le tsunami de l’affaire Hulot n’a pas fini ses ravages et l’instrumentalisation politique dont elle fait l’objet ne doit pas se transformer en remise en cause du caractère vital de la cause écologique et de l’impératif qu’il y a à sortir de la communication pour entrer dans l’action. La déflagration est à la hauteur de l’amour que les Français portaient à ce présentateur vedette, longtemps personnalité politique préférée. Cette place privilégiée n’était pas le résultat d’une action politique éclatante, mais d’une présence médiatique pérenne et utilisée avec talent. Lécher, lâcher, lyncher. Ce poncif du comportement des médias se vérifie une fois de plus.

La lâcheté et une forme de connivence du monde politique, à commencer par celle de la macronie qui a couvert et défendu Nicolas Hulot en 2018 lors des accusations d’Ebdo, apparaît une fois de plus au grand jour. Qui savait quoi? La libération de la parole des femmes est essentielle et tout d’abord pour elles-mêmes. C’est une évidence. Aider à cette libération de la parole lorsque l’on sait est indispensable mais cela passe par la volonté des victimes d’accepter de s’exprimer, faute de quoi la loi exclut la dénonciation. Au-delà, et à l’évidence, lorsqu’un comportement toxique est connu de tout un entourage, cet entourage a une responsabilité pour faire cesser le risque que fait courir le violeur potentiel en faisant tout pour l’empêcher de nuire et en l’excluant de la sphère politique à laquelle il appartient lorsque c’est le cas. En revanche, la dénonciation publique n’est pas toujours possible et dépend de la capacité des victimes à oser s’exprimer.

Les lanceurs d’alerte sont conspués et oser s’exprimer, lorsqu’on appartient à la sphère politique, se paie au prix fort

Le comportement de prédateur, que l’on trouve dans tant de sphères du pouvoir, pose une question éthique fondamentale. Le sentiment d’être au-dessus des lois, de pouvoir tout se permettre apparaît ici dans le domaine du rapport aux femmes mais se retrouve dans bien d’autres domaines, à commencer par celui de l’argent ; les affaires Fillon ou Cahuzac en sont une parfaite illustration. Et si l’on en croit Madame Filippetti s’agissant du deuxième, les deux cases pourraient être cochées. D’où l’importance de l’éthique en politique. Or, dans ce domaine plus que dans d’autres, les lanceurs d’alerte sont conspués et oser s’exprimer, lorsqu’on appartient à la sphère politique, se paie au prix fort. Plusieurs fois, j’en ai fait l’amère expérience. En tout cas, en 2007, lorsque j’avais publié dans Libération une tribune qui commençait par : « L’éthique s’oppose à ce que Nicolas Hulot soit candidat des écologistes », pointant ses liens avec le lobby nucléaire et, de manière plus générale, avec les grands intérêts industriels en opposition avec ses prises de position orales, je me suis retrouvée toute seule. Le dégoût de la politique qu’expriment nos concitoyens, le manque de légitimité des acteurs politiques, le manque de confiance dans leurs paroles vient aussi et peut-être avant tout de ces comportements qui n’appartiennent à aucun courant politique en particulier.

La volonté de prendre le pouvoir au sein de EELV émanant des courants wokistes et intersectionnalistes est un secret de polichinelle

Certes, la sphère EELV commence à compter un certain nombre de personnalités encombrantes. Et les règlements de comptes internes paraissent jouer un rôle croissant dans les événements actuels. L’éco féminisme poussé à son extrême et la véritable chasse à l’Homme lancée par certaines ont des visées purement politiciennes, très éloignées du combat écologiste. La volonté de prendre le pouvoir au sein de EELV émanant des courants wokistes et intersectionnalistes est un secret de polichinelle et l’affaire Hulot est pour eux une bénédiction. Qu’ils se battent entre eux mais qu’ils ne détruisent pas l’écologie. Et surtout que les courants ultra minoritaires dans la société française, que les wokistes représentent, n’annihilent pas définitivement toute chance d’une écologie rigoureuse mais pragmatique de triompher.

De grâce, ayez pitié de l’écologie. Ce combat vital pour le vivant humain et non humain, cette formidable possibilité qui nous est donnée de transformer notre monde pour assurer la pérennité des espèces vivantes, ne peut pas s’arrêter à ces misérables affaires humaines. L’écologie, c’est l’humanisme du 21e siècle, c’est une dynamique qui pourrait permettre à une génération de réparer les dégâts causés par un siècle et demi de destruction des ressources, c’est un espoir qu’il convient de partager avec nos jeunes pour sortir de l’éco anxiété et rendre possible les transformations rapides que nous avons à accomplir. De plus en plus de nos concitoyens s’engagent. Nous avons tous une responsabilité à leur égard.

A l’heure où l’extrême droite ne semble plus connaître de limites en France, où la communication et parfois la manipulation servent de politique, il est plus que jamais indispensable que tous ceux qui pensent que la solution est dans le mariage entre l’écologie et l’universalisme républicain se retrouvent. »

Corinne Lepage, ancienne ministre et avocate

Corinne Lepage, née le 11 mai 1951 à Boulogne-Billancourt, est une avocate et une femme politique française.

Engagée dans la protection de l’environnement, elle est notamment ministre de l’Environnement dans les gouvernements d’Alain Juppé (1995-1997) et députée européenne (2009-2014). Présidente de Cap21.

20h30 , le 4 décembre 2021, modifié à 15h01 , le 5 décembre 2021

Ouvrages

Corinne Lepage interrogée par les médias en 2012.
  • Les Audits d’environnement, Éditions Dunod, 1993 
  • On ne peut rien faire, madame le Ministre, Éditions Albin Michel, 1998 
  • Bien gérer l’environnement, une chance pour l’entreprise, Le Moniteur Éditions, 1999
  • La Politique de précaution, en coll. avec François Guéry, PUF, 2001
  • Oser l’espérance, Robert Jauzé, 2001 
  • De l’écologie hors de l’imposture et de l’opportunisme, Raphaël (collection Temps critiques), 2003 
  • Santé & Environnement : l’ABCdaire, Jacques-Marie Laffont, 2004
  • J’arrive, sous le pseudonyme de Catherine Médicis, 2005 .
  • Ecoresp 2006, le livre débat pour une économie responsable, 2006
  • L’Entreprise responsable : sociale, éthique, « verte »… et bénéficiaire ?, de Cécile Jolly, préface de Corinne Lepage, Éd. du Félin, 2006 
  • Le Développement durable à l’usage des collectivités locales, de Dominique Bourg, préface de Hubert Reeves, contributions de Corinne Lepage, Jean-Louis Debré, Éric Flamand et Anne-Marie Sacquet, Victoires Éditions, 2006 
  • On efface tout et on recommence, sous le pseudonyme de Catherine Médicis, Michalon Éd., 2006 
  • Et si c’était elle, roman de politique fiction, Michalon Éd., 2006
  • Constitution pour une nouvelle République, Atelier de presse, 2006
  • Français, encore un effort pour passer d’une monarchie bananière à une République durable, sous le pseudonyme de Catherine Médicis, Michalon Éd., 2007 
  • Vivre autrement, Grasset, 2009 
  • Entre colère et espoirs : chroniques de catastrophes annoncées, livre broché et e-book [archive], 2009 
  • Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie, et autres tartes à la crème du discours techno-scientifique, en collaboration avec Jean-François Bouvet, Seuil, 2010
  • La Vérité sur le nucléaire, Éditions Albin Michel, 2011
  • À vos droits, citoyens !, Ilv Bibliotheca, 2011 
  • Déficit public : le patrimoine des Français en péril, L’Archipel, 2011
  • La Vérité sur les OGM, c’est notre affaire !, Éditions Charles Léopold Mayer, 2012 
  • L’État nucléaire, Éditions Albin Michel, 2014 
  • Pollution atmosphérique et action publique, de Franck Boutaric, préface de Corinne Lepage, Rue d’Ulm, 2014
  • Les Mains propres : plaidoyer pour la société civile au pouvoir, Autrement, 2015
  • Atlas mondial du nucléaire, Autrement, 2015 
  • Le Choix du pire, de la planète aux urnes, avec Dominique Bourg, PUF, 2017
  • À bout de confiance : de la morale en politique, Autrement, 2017
  • Déclaration universelle des droits de l’humanité: Commentaire article par article, de Christian Huglo et Fabrice Picod, préface de Corinne Lepage, Bruylant Édition, 2018 
  • Paysans, on vous aime, défendez-vous, défendez-nous… : contre les pesticides de synthèse, de Daniel Cueff, préface de Corinne Lepage, Indigène Éditions, 2020
  • Les Femmes au secours de la république, de l’Europe et de la planète, avec Bouchera Azzouz, Max Milo, 2020
  • Fukushima, tremblements et stupeur : 10 ans après, de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin et Mickael Naveau, préface de Corinne Lepage, Les éditions Trédaniel, 2021 
  • Nos batailles pour l’environnement : 50 procès – 50 ans de combats, avec Christian Huglo, Actes Sud, 2021

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