À la veille du lancement de l’Enquête Publique sur l’éventuelle prolongation à 50 ans du réacteur n°1 du Tricastin, un cadre de la centrale lance un pavé dans la mare en portant plainte contre EDF et la direction du site nucléaire auprès du tribunal de Paris.
Ce 12 novembre 2021, Le journal Le Monde a dévoilé la plainte déposée par un ingénieur d’EDF au sujet d’une grave affaire de dissimulation d’informations et d’intimidation pour l’empêcher d’en faire état.
Ces graves accusations portées par un ancien membre de la direction de la centrale du Tricastin portant en particulier sur une “politique de dissimulation “ d’incidents et d’écarts en matière de sureté, confirme nos craintes sur l’état général de cette centrale et le manque de transparence d’EDF, que nous dénonçons régulièrement .
À de nombreuses reprises nous avions constaté nous aussi la volonté de la direction de la centrale de dissimuler à l’ASN des évènements, ou de les déclarer avec retard, puis de publier à postériori des communiqués lénifiants pour minimiser les incidents survenus.
Pour EDF la prolongation à 50 ans du réacteur n°1 du Tricastin est un enjeu majeur, car c’est la “tête de pont “ d’une série de 32 réacteurs de 900MW et le lanceur d’alerte nous apprend que tout a été fait pour donner la meilleure image possible de la centrale et de ce réacteur avant la visite décennale des 40ans, quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sureté.
Notre collectif STOP TRICASTIN avait envisagé de porter plainte contre EDF pour “mise en danger de la vie d’autrui” car nous sommes en première ligne en tant que riverains de la centrale .
Nous sommes donc très reconnaissants à ce lanceur d’alerte et nous suivrons de près le suivi de la plainte qu’il a déposé contre EDF devant le tribunal de Paris.
Nous avons interpellé l’équipe dirigeante de la centrale du Tricastin sur les dissimulations d’incidents révélées récemment par un lanceur d’alerte dans le journal Le Monde et sur son manque de transparence vis à vis des membres de la Cligeet qui sont sensés représenter la population riveraine du site nucléaire.
Nous avons en particulier reparlé de l’inondation du 29 aout 2018 survenue dans plusieurs locaux et sur trois niveaux dans un bâtiment du réacteur n°3 et déjà relatée dans un article de Médiapart en 2019.
Extrait des déclarations du lanceur d’alerte :
« Été 2018 ,dans la nuit du 29 au 30 août, le chef d’exploitation fait état, dans un e-mail, d’une « inondation interne dans plusieurs locaux et sur trois niveaux » survenue dans l’un des bâtiments électriques de la centrale, et atteignant 10 centimètres d’eau . Il explique que les prélèvements réalisés ne contiennent pas d’activité radioactive, « sauf dans un local », et que « du matériel sensible au niveau sûreté est présent ». Il s’agit notamment de vannes de l’alimentation de secours des générateurs de vapeur, l’un des systèmes de sauvegarde les plus importants en cas d’accident. Selon son compte rendu, l’incident n’est « toujours pas soldé vingt-quatre heures après sa découverte » et « les moyens humains et surtout matériels ne sont pas à la hauteur de l’enjeu », ce qu’il juge « inacceptable ». C’est avec de simples raclettes et un aspirateur emprunté à un prestataire de nettoyage que les agents d’EDF tentent de résorber l’inondation.
Hugo(le lanceur d’alerte NDLR) découvre cet e-mail le lendemain matin, ainsi que des photos et vidéos prises pendant la nuit. « Mon supérieur vient me voir et me dit : “Mais c’est quoi ce con de chef d’exploitation qui envoie un e-mail à la Terre entière ?” », rapporte-t-il. Le 31 août a lieu une inspection de l’ASN, prévue de longue date. Alors qu’Hugo s’apprête à expliquer ce qui s’est passé, son chef lui demande de quitter la réunion. Il découvrira seulement plus tard ce qui a été dit aux inspecteurs, en lisant le compte rendu de l’Autorité de sûreté nucléaire daté du 16 octobre: Celui-ci fait état non pas d’une inondation mais de « quelques écoulements » qui ont été « immédiatement arrêtés ». Pour Hugo, il est clair, à la lecture de cette version, que la durée de l’évènement, sa gravité et le manque de moyens pour y faire face ont été largement minimisés. »
Alors qu’il s’agissait d’une vraie inondation qui a duré plus de 24 h, le PDG de la centrale l’a présenté à la CLIGEET du 6/11/2019 comme un simple problème de réparation des joints inter -bâtiments, en parlant d’un « écoulement d’eau potable »…
Document présenté par EDF à la Cligeet du 6/11/2019
Alors que le système de contrôle de la sûreté repose sur un principe déclaratif, et donc sur le postulat d’un exploitant qui, de bonne foi, viendra déclarer les problèmes dans les temps et sans les minimiser, le décalage est énorme…
Comment encore croire que ce fonctionnement suffit à nous protéger d’un accident ?
Nous ne pouvons vraiment pas faire confiance à ces gens là alors qu’ils veulent prolonger à 50 ans le vieux réacteur périmé Tricastin 1 dont nous ignorons l’état réel.
ENQUÊTE PUBLIQUE:
Participation électronique du public à l’élaboration des décisions publiques ou parodie caricaturale?
L’enquête publique pour la prolongation du réacteur numéro 1 débutera à la mi-janvier 2022 selon les informations données par la préfecture de la Drôme qui doit la piloter.
Nous sommes dubitatifs sur la méthode retenue mais nous vous informerons, dès qu’ils seront connus, des détails de son déroulement pour que vous puissiez faire circuler largement l’information autour de vous et dans vos réseaux. Tous les français peuvent voter, mais nous espérons surtout que tous les habitants de la vallée du Rhône se sentiront concernés et donnerons leur avis sur cette “fuite en avant” risquée d’EDF.
Pour notre part 45 000 personnes ont déjà répondu en signant notre pétition pour l’arrêt de ce réacteur, nous allons la remettre à l’ASN dès le début de l’enquête.
Pour relancer le débat localement nous avons prévu d’organiser à l’école d’infirmières de Montélimar (IFSI) une Conférence /débat le mardi 18 janvier 2022 avec le journaliste Thierry Gadault sur le thème: Quel avenir pour le nucléaire au Tricastin?
Pour soutenir nos actions, cette année pas de cadeaux mais des dons…
2022 va être une année très importante, enquête publique et élection présidentielle… Nous avons besoin de vous pour mener à bien nos actions de sensibilisation du grand public sur le risque nucléaire et sur les alternatives énergétiques.
Pour cela, nous dépendons de votre soutien financier : votre don, c’est notre indépendance !
Vos chèques sont à adresser à STOP TRICASTIN c/o Alain Volle 11 B chemin d’Espoulette 26200 Montélimar.