Sélectionner une page

Les libellules et demoiselles menacées d’extinction

Photo Le DL/Christophe AGOSTINIS

Les libellules et demoiselles menacées d’extinction

La destruction des zones humides – leur habitat naturel – entraîne le déclin des libellules et demoiselles, dont 16% (1/6) des quelque 6 000 espèces étudiées sont en danger d’extinction, selon la dernière mise à jour de la « liste rouge » des espèces menacées de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), publiée ce jeudi 9 décembre. Il s’agit du premier état des lieux consacré à cette espèce.

L’homme est responsable de la dégradation et de la destruction de leur habitat, en défrichant des forêts pour la construction résidentielle et commerciale en premier lieu. Les pesticides, d’autres polluants et le changement climatique constituent également des menaces croissantes pour ces espèces. En France métropolitaine, une vingtaine d’espèces de libellules sur 89 sont menacées ou quasi menacées de disparition, selon une évaluation de 2016.

Le rapport souligne « l’urgente nécessité de protéger les milieux humides du monde […]. Ces écosystèmes disparaissent trois fois plus vite que les forêts », détaille Bruno Oberle, le directeur général de l’UICN. « Les marais et autres zones humides peuvent paraître improductifs et inhospitaliers aux humains, mais ils nous rendent en réalité des services essentiels. Ils stockent le carbone, nous fournissent de l’eau propre et de la nourriture, nous protègent des inondations et offrent le gîte à une espèce sur dix répertoriées dans le monde. »

Union internationale pour la conservation de la nature, vu 17260 fois

Solution : préservez les zones humides existantes et  creusez des mares dans vos jardins.

Les Libellules: Comment protéger les Libellules, conserver les Zones Humides ?  Episode 4 sur 4

Pourquoi protéger les Libellules ?

D’après un premier recensement, mené conjointement par le Museum National d’Histoire Naturelle, et le comité français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature(UICN) en 2016, 12% des 89 espèces de libellules présente en France sont aujourd’hui menacées de disparition.

Ce sont alors 11 espèces menacées d’extinction et 13 en risque d’extinction(quasi-menacée).

La liste rouge européenne considère 15 % des espèces d’Odonates menacées d’extinction du fait de la destruction et dégradation des habitats de ces insectes.

Accouplement d’Orthétrum brun (Orthetrum brunneum) Photo Hans J. BLUM (Anab)

Liste rouge France : les 11 espèces menacées d’extinction et les 13 en risque d’extinction (quasi-menacée).

Indispensable au développement des larves, le cycle de vie des libellules est absolument lié à la présence d’eau. Le problème est que les zones humides sont en constante régression au niveau mondial.

La diversité des espèces animales et végétales (= leur biodiversité) et la santé des populations constituent un indice du bon fonctionnement des zones humides.

Les libellules font partie des écosystèmes aquatiques mais aussi terrestres.

Protéger les libellules n’a pas seulement  pour but de préserver ces beaux insectes des eaux douces pour leur beauté, leurs couleurs et leur grâce !

C’est préserver leur rôle dans les écosystèmes, dont elles font partie, par exemple  dans la chaine alimentaire. Les Odonates, dans leur stade larvaire comme en stade adulte sont des prédateurs de moustiques et bien d’autres nuisibles. Ils sont utiles pour la régulation de leurs populations. Les libellules sont à leur tour les proies d’amphibiens comme les grenouilles  et de certains espèces d’oiseaux, leurs larves servent aux poissons comme nourriture.

Mais surtout, les libellules sont des animaux emblématiques des zones humides. La diversité des espèces en libellules et les cortèges observés dans les différents milieux aquatiques  peuvent être considérés comme des excellents indicateurs de la santé de ces biotopes, on dit même, qu’elles sont des « bio-indicateurs de l’état des milieux humides ».

La Liste Rouge Nationale des Odonates est la base pour l’action  en faveur de la biodiversité odonatologique.

L’objectif principal est de proposer des mesures réalisables pour la conservation et la promotion de la biodiversité. Toutes les espèces de libellules peuvent en profiter, pas seulement celles qui sont très menacées. D’autres organismes liés aux milieux aquatiques en seront également bénéficiaires, comme les oiseaux, les amphibiens, les reptiles, les insectes et d’autres invertébrés mais aussi les plantes aquatiques.

Pour la Lorraine il existe l’inventaire et  le statut des Libellules de Lorraine de 2002, complété par la parution d’un atlas transfrontalier (incluant la Wallonie, le Luxembourg, la Sarre allemande, le Rhénanie-Palatinat et la Lorraine française), l’Atlas des Libellules de la Grande Région.

Libellule déprimée (Libellula depressa) et Libellule à quatre taches (Libellula quadrimaculata ) Photo Hans J. BLUM (Anab)

Le PNAO (Plan national d’actions en faveur des Odonates)

Les espèces particulièrement menacées bénéficient aujourd’hui d’un statut de protection qui donne lieu à un Plan National d’Actions (PNA) pour leur conservation.

Les objectifs du PNA sont l’acquisition des données quantitatives et qualitatives sur l’état de conservation des espèces de la liste rouge nationale et l’amélioration de l’état de conservation de ces espèces et leurs habitats. Ce plan est décliné régionalement et intègre des espèces localement menacées.

C’est dans le cadre du PNA que le Museum National d’Histoire Naturelle, avec d’autres organismes de conservation, a lancé le  Suivi Temporel des Libellules

STELI.
Il est basé sur un protocole simple. L’observateur répète l’inventaire des odonates à intervalles réguliers sur une petite surface d’un site qu’il a choisi. C’est comparable au réseau STOC pour les oiseaux. Ce type de  programme de sciences participatives a pour objectif le suivi de l’évolution des populations des différentes espèces d’Odonates en France.

La documentation c’est-à-dire,  l’inventaire et le suivi,  sont importants pour évaluer les tendances à long terme. Le nombre d’individus peut varier de manière importante d’une année à l’autre,  comme pour beaucoup d’insectes,
-en fonction des conditions météorologiques,
– l’assèchement des petits plans d’eau par périodes de sécheresse prolongée,
-le mauvais temps en période d’émergence.

Dans le cas des libellules, la protection des espèces se concentre surtout sur la protection des habitats, et donc à l’entretien et la conservation des cours et plans d’eau dans lesquels leurs larves se développent.
Comme déjà mentionné, les libellules sont des animaux emblématiques des zones humides. Protéger les libellules, c’est conserver et améliorer les zones humides. Toutes les mesures entreprises dans ce contexte ont un effet positif sur la globalité de la flore et de la faune liées aux  zones humides.

Les zones humides sont par définition des zones d’eaux naturelles ou artificielles, courantes ou stagnantes, permanentes ou temporaires.  Elles fournissent des services essentiels et toute notre eau douce. Elles font l’objet d‘une convention internationale : la convention de Ramsar, initiée en 1971 en  Iran. Celle-ci précise les modalités de  conservation et l’utilisation des ressources. Les mesures de préservation mises en place aux échelles européenne (Directive cadre sur l’eau, Directives oiseaux et Habitats Faune Flore) et nationales (loi sur l’eau et plan d’actions zones humides)  sont dérivées de la convention mondiale Ramsar.

Menaces pesant sur les Libellules

Si les connaissances sur les Libellules et particulièrement de leurs habitats est le premier axe du PNA , il faut ensuite  évaluer les menaces qui pèsent sur ces habitats.

Les zones humides continentales jouent un rôle écologique essentiel, elles abritent une riche biodiversité. En France les zones humides accueillent 25 % de la biodiversité animale et végétale pour moins de 5% de la surface du territoire, dont bon nombre d’espèces menacées ou en voie de disparition. Ce sont surtout les mares et étangs et les réseaux qu’ils constituent collectivement qui abritent cette biodiversité. Elle est souvent plus riche que celle présente dans les eaux courantes ou les lacs.

Les menaces pesant sur les zones humides sont nombreuses et la plupart sont  liées aux activités humaines. Identifions les causes les plus importantes :

–  durant le dernier siècle les zones humides en France ont perdu la moitié de leur surface par drainage, assèchement, comblement pour mise en culture, urbanisation zones commerciales, industrielles ou pavillonnaires.

– divers aménagements comme, le dragage, la canalisation, l’endiguement, la régularisation des cours d’eau, le recalibrage des cours d’eau, la construction de barrages.

– la pollution (industrie, stations d’épuration, pesticides de l’agriculture intensive, eutrophisation par des nitrates et phosphates des engrais de l’agriculture et viticulture intensives ou par modification des plans d’eau pour une utilisation piscicole ,

– l’introduction d’espèces invasives(écrevisses),
–  le changement  climatique et d’autres…

Les actions à proposer

Le PNAO est décliné pour les régions dans un PRAO ou  Plan régional.

Les possibilités d’actions sont multiples : entretien des étangs et des mares, élimination des déchets de coupes voire des ordures qui jalonnent un ruisseau forestier, financement et prise en charge conjointe de projets de génie hydrauliques, acquisition de terrain et autres.

Le PNAO et le PRAO donnent des moyens à la préservation des Odonates directement.

Mais  la conservation des Odonates  est à intégrer dans les systèmes et organisations  de préservation de la biodiversité

–  la Trame Verte et Bleue)  ,
ONB l’Observatoire National de la Biodiversité, ,
– les SRCE Schémas Régionaux de Cohérence Ecologique ,
– les SCAP Stratégie de Création des Aires Protégées,
– le réseau Natura 2000,
– les Réserves nationales /régionales, les Parcs nationaux,  régionaux etc….

Si vous ne connaissez pas ces systèmes, cliquez sur les liens et  vous accéderez aux sites de documentation. Vous  verrez qu’ils fourmillent d’informations denses et intéressantes sur la  Nature en France.

Tous les milieux aquatiques et humides jouent un rôle dans le fonctionnement hydraulique du bassin versant. Ils abritent une importante biodiversité, composée d’espèces communes, «  les généralistes » et d’espèces remarquables dites « les spécialistes ». Ce sont souvent elles  qui sont très sensibles aux pollutions et aux diverses dégradations des milieux. Dans ce cas elles sont désignées comme étant des « bio-indicateurs », en fait des révélateurs de la bonne bio-diversité si elles sont présentes ou mauvaise bio-diversité,  si absentes..

C’est pour cela que aussi les services de l’eau, comme l’ONEMA, et les Agences de Bassin  sont engagés dans la protection et restauration des milieux aquatiques.

Pour terminer ce petit voyage chez les libellules, les zones humides et la biodiversité, j’aurais pu  décrire les habitats des libellules et les menaces possibles en détail. J’ai préféré  vous présenter, à vous les naturalistes et les personnes sensibles à l’environnement, le cadre juridique et l’existence des organisations et cadres juridiques  déjà existants pour protéger ces insectes emblématiques que sont les libellules.

On protège plus facilement, ce qu’on connait.
Suivez l’exemple de notre collègue  Gilles selon son  commentaire sur les épisodes des libellules.
Donnez-vous comme objectif  de découvrir les libellules, de les identifier et de leur  donner un nom à l’aide de collègues déjà connaisseurs ou / et à l’aide des ouvrages proposés.
Démarrez cette recherche par  une espèce commune dans votre secteur.

Si l’un de vous  est encore plus motivé par la découverte des libellules, il peut  devenir  observateur pour l’inventaire des libellules et participer à tout type d’engagement local ou régional sur les  libellules ou  même remplacer chez lui un gazon de jardin par une mare de jardin.

Bibliographie

Pour débuter :

http://www.grand-est.developpement-durable.gouv.fr/eau-biodiversite-paysage-r8.html

http://www.conservatoire-sites-alsaciens.eu/

http://www.cen-lorraine.fr/

Liste Rouge Odonates de France ;

http://www.insectes.org/opie/pdf/767_f288_actualites56fbcda393c0d.pdf

Politiques publiques :

http://zones-humides.org/cat%C3%A9gories/restauration-et-r%C3%A9habilitation

Odonates :

http://www.libellules.org/fra/fra_index.php

http://odonates.pnaopie.fr/wp-content/uploads/2010/12/PRAOdonates_lorraine_final.pdf

http://www.odonat-grandest.fr/telechargements/FauneAlsace/FAdocuments/FAdoc2_2016_atlas_odonata.pdf

Organisations et Associations de la Région :

https://www.odonat-grandest.fr/wp-content/uploads/2017/12/Livret_Colloque_Biodiversite2010.pdf

PNAO et STELI

http://odonates.pnaopie.fr/

Conservation, guide pratique

http://odonates.pnaopie.fr/wp-content/uploads/2014/04/Aborder-la-gestion-conservatoire-en-faveur-des-Odonates-Guide-technique-r%C3%A9duit.pdf

http://www.biodivers.ch/fr/index.php/Libellules

Rédigé par ANAB

Écologie au Quotidien Rhône-Alpes

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *