Le site archéologique de Teotihuacan, au Mexique. Un exemple de société à grande échelle qui a décidé collectivement de changer de direction, de s’éloigner de la hiérarchie pour choisir des arrangements plus égalitaires, et qui est demeurée prospère pendant des siècles

« Les sociétés premières avaient une imagination politique beaucoup plus grande que la nôtre »

« Au début, tout était simple » : ainsi commencent généralement les grands récits de l’humanité. A l’aube de notre histoire, les tribus de chasseurs-cueilleurs auraient vécu en petites bandes égalitaires et nomades. Puis l’agriculture aurait sédentarisé les populations et introduit la propriété privée. Ensuite, les villes auraient nécessité l’apparition de formes plus sophistiquées de gouvernement telles que les bureaucraties… A chaque étape de son développement, l’homme aurait ainsi dû, face à la complexité croissante des sociétés, troquer des libertés – au profit, notamment d’une plus grande sécurité matérielle.

C’est beau… Mais c’est faux. C’est en tout cas ce qu’entendent démontrer feu l’anthropologue David Graeber et l’archéologue David Wengrow dans leur somme de 744 pages intitulée Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité (Les liens qui libèrent, 29,90 €). S’appuyant sur une vaste littérature de travaux issus de leur discipline respective, les deux auteurs mettent en évidence l’inanité des discours qui lient évolution économique et évolution politique. Non, les tribus de chasseurs-cueilleurs n’étaient pas toujours égalitaires ; non, les villes n’ont pas toujours eu besoin de la férule d’un chef autoritaire pour être prospères, nous apprennent-ils notamment.

Au-delà du salutaire démontage de ce grand récit trop bien huilé, David Wengrow et David Graeber mettent en avant la fascinante inventivité politique des sociétés premières, qui savaient faire bifurquer leur histoire, remettre en cause les formes d’exercice du pouvoir – et, c’est tout aussi important, se garder la possibilité de s’y soustraire.