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Journée de lutte contre le cancer: pour Christophe André, il faut consoler autant que soigner

Le psychiatre et ex-malade montre dans son dernier livre à quel point la consolation est importante quand on est atteint d’un cancer.

PSYCHOLOGIE : “En entrant dans le circuit des examens et des soins, la personne va s’apercevoir qu’il y a autre chose qui rentre en jeu. Et c’est le soin accordé à la personne.” Pour Christophe André, psychiatre et auteur du best-seller Imparfaits, libres et heureux, la consolation a une importance capitale dans le parcours de soins d’une personne malade.

La consolation peut en effet représenter une aide précieuse pour les personnes souffrantes. En s’appuyant sur sa propre expérience d’un cancer du poumon en 2015, Christophe André revient en toute humilité sur la volonté de soulager une peine dans son dernier livre, Consolations, publié aux éditions L’Iconoclaste le 13 janvier 2022.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer ce vendredi 4 février, Christophe André livre dans un entretien accordé au HuffPost ses conseils sur les consolations qu’on donne et celles qu’on reçoit.

Avez-vous ressenti le besoin de mettre en avant la consolation après le cancer que vous avez vécu?

Christophe André: C’était un besoin, oui. J’ai eu ce cancer en 2015 et j’ai constaté qu’il y avait une différence entre le soin et la consolation. Avant, même en tant que soignant, je n’étais pas attentif à cet aspect-là du soin. Je le faisais sans y réfléchir, sans conceptualiser.

La même année, une mère qui avait perdu sa fille dans les attentats du Bataclan m’a écrit pour me demander de la consoler. Et je me suis dit qu’en tant que psychiatre, je devrais savoir ce qu’est la consolation. Pour ces raisons personnelles et d’actualité, je suis devenu hypersensible à tous les petits gestes que je recevais en tant que patient. En plus, il n’y avait pas grand-chose dans la recherche scientifique sur la consolation.

Face à une personne malade, quelle est l’importance de la consolation?

Une personne atteinte d’un cancer, une maladie inquiétante sur le plan symbolique et psychologique, et menaçante sur le plan de la survie et de la qualité de vie, attend principalement des soins, et surtout les plus efficaces possibles. Pourtant, très vite, cette personne va s’apercevoir en entrant dans le circuit des examens, des soins et du suivi qu’il y a autre chose qui rentre en jeu. Et c’est le soin à la personne. Quand vous êtes sur un brancard, en train d’attendre pour entrer au bloc opératoire, vous ne voulez pas que les soignants vous traitent comme un corps ou un morceau de viande qu’on va essayer d’améliorer.

«Ce sont des gestes simples qui redonnent confiance et bien-être» – Christophe André

On veut que les soignants s’arrêtent, sourient, vous prennent la main et que même ceux qui ne font que passer vous regardent dans les yeux quand ils bougent votre brancard. Toutes ces choses font du bien au patient et à son corps. Cette sollicitude, ce contact, cette bienveillance sont de l’ordre du réconfort et de la consolation. Celle-ci représente tout ce qu’on reçoit de bon des autres personnes quand on est dans une situation difficile. Elle ne règle pas les difficultés mais est très importantes dans le parcours du soin. Ce sont des gestes simples qui redonnent confiance et bien-être.

Comment peut-on consoler un proche souffrant?

La consolation est un lien qu’on établit avec l’autre dans l’adversité mais qui n’a pas d’effet direct sur cette dernière. Ce lien peut s’effectuer en prêtant attention, en considérant les malades comme des personnes et non comme des porteurs de symptômes. Il s’agit de donner de la bienveillance, du respect, de la gentillesse.

Ce peut être une personne qui est au pied du lit du patient, qui lui prend la main. Plus grande est la détresse et la peur du patient, plus grande sera la portée des tout petits gestes de consolation qu’on pourra lui offrir.

C’est important de s’arrêter, de s’asseoir aux côtés de la personne souffrante et de demander comment cela va et de la laisser prolonger ses phrases. Ceci est de la consolation indirecte. La consolation directe se fait quand vous êtes témoin de la peine. L’autre vient d’apprendre qu’il est malade, qu’il fait une rechute. La souffrance est actuelle. Ces consolations sont compliquées car on a peur de ne pas bien s’y prendre ou de mal faire.

«Je suis là, je t’aime, je veux t’aider, et dis-moi ce que je peux faire pour toi» – Christophe André

Ce qui semble être la bonne façon de faire, ce n’est pas forcément de vouloir faire de grands discours, de convaincre l’autre qu’il va s’en sortir, que ce n’est pas si grave ou même de trouver des solutions. Ces discours, à ce moment-là, ne sont pas audibles. Il faut être, au contraire, extrêmement simple.

On peut dire: “je suis là, je t’aime, je veux t’aider, dis-moi ce que je peux faire pour toi”. Ce n’est pas la peine d’user de la rhétorique sur la vie et la mort, le soin et la guérison.

On peut proposer de faire des choses simples. Si la personne est valide, on demande à l’emmener se promener, aller marcher. Si elle n’est pas valide, on peut conseiller de faire une lecture de son livre préféré, de bavarder de choses et d’autres. La présence et la simplicité suffisent. Et ensuite, on attend de voir peu à peu comment la personne exprime ses volontés et ses besoins.

Que faire face à quelqu’un d’inconsolable?

Il est assez fréquent que les gens ne soient pas disposés à recevoir de la consolation parce que cette dernière implique qu’on propose quelque chose qui est de l’ordre du réconfort. On essaye d’amener la personne à croire en la vie, en la guérison, à accepter d’admettre que la vie pourrait lui apporter de bonnes choses même si, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. On peut se heurter à un bloc de souffrance, à quelqu’un qui est enfermé dans sa souffrance.

Cependant, on essaye de faire rentrer, à côté ou dans la souffrance, un peu de légèreté et d’espérance. Parfois, il arrive que les gens rejettent cela et c’est normal. Ce qu’il faut comprendre de la consolation, c’est qu’on ne doit pas chercher à avoir un résultat immédiat. Vouloir consoler quelqu’un, c’est vouloir lui faire un don. Et la personne en face peut le rejeter. Et dans ce cas-là, il ne faut pas insister. Il faut juste dire: “écoute, je ne veux pas t’embêter ni te peser mais je suis là, je reviens dans un moment, demain, quand tu veux” et: “en tout cas, je suis là pour t’aider quand ce sera possible pour toi, quand tu penseras que c’est le bon moment”.

«Le cancer, c’est quand même le corps qui vous fait un sale coup. Ce sont nos propres cellules qui se mettent à proliférer et qui nous détruisent de l’intérieur. Il y a toute une difficulté de la part de certaines personnes atteintes de cette maladie à garder de la bienveillance envers elles et leurs corps» – Christophe André

Paradoxalement, dans la maladie, on peut voir que les gens sont durs avec eux parfois. Ils sont en colère contre eux-mêmes et leurs corps. C’est un aspect assez spécifique du cancer. C’est quand même le corps qui vous fait un sale coup. Ce sont nos propres cellules qui se mettent à proliférer et qui nous détruisent l’intérieur. Il y a toute une difficulté de la part de certaines personnes atteintes de cette maladie à garder de la bienveillance envers elles et leurs corps. Il faut pourtant éviter de s’en vouloir, de se maltraiter, de fuir d’une certaine façon, mais rester dans un rapport de bienveillance où l’on parle à son corps, on lui dit des choses gentilles. Se traiter soi-même comme on traiterait un ami proche.

Quand une personne est seule ou isolée, où et comment trouver la consolation?

Traverser l’adversité dans la solitude complète, c’est la double peine. On a la maladie et la solitude. C’est vraiment très compliqué, d’où le rôle très important des bénévoles d’associations de visites à l’hôpital qui sont attentifs à offrir un soutien, une présence aux personnes qui sont seules. Cette présence est capitale. Il faut vraiment éviter d’être seul. L’auto consolation se fait dans le prolongement de la consolation qu’on a reçu des autres comme ce qu’on voit en psychothérapie.

Le thérapeute voit son patient et lui donne des conseils mais le plus important se fait quand le patient s’en va. Il faut faire ce petit effort de se remettre en lien avec la vie et se dire que “oui, il y a ce problème, je ne peux le faire partir d’un coup de baguette magique. Oui j’ai cette maladie, cette séquelle ou cette forme de douleur mais pour autant, est-ce que je peux quand même faire cet effort d’apprécier ce ciel bleu, cette marche dans la nature, savourer une lecture, une musique ou la visite de ces amis?”

Effectués de façon permanente, ces petits efforts font que le chagrin, la peine, les inquiétudes liées à l’adversité ne prennent pas toute la place. Il faut créer une petite ouverture pour se rendre disponible pour les bons côtés de notre vie.Il faut apprendre à cultiver une forme de bonheur qui n’a pas pour prétention d’annuler mes soucis et souffrances mais qui prend place à leurs côtés.

« Consolations, celles que l’on reçoit et celles que l’on donne », de Christophe André
Coraline Mercier

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