La Compagnie nationale du Rhône aujourd’hui ?
Elle est présente sur la quasi-intégralité de nos départements. Elle occupe une place prépondérante dans la transition écologique. Et, ce mercredi, elle fait l’actualité malgré elle. La Compagnie nationale du Rhône est un fleuron de la Transition énergétique…. Mais savez-vous ce qu’est la CNR et quelle est sa place sur nos territoires aujourd’hui ?
La Compagnie nationale du Rhône (CNR) en 2022, c’est avant tout un chiffre : 19. C’est le nombre de ses centrales hydroélectriques. Et si ce chiffre n’est pas si anodin c’est parce que ces centrales permettent d’assurer un quart de la production hydroélectrique du pays. De quoi faire de la CNR le premier producteur d’électricité 100 % renouvelable en France (eau, vent et soleil) avec 15,4 TWh de production totale par an, (l’équivalent de la consommation en électricité de 6 millions d’habitants). Un chiffre qui permet à la CNR de se positionner comme le deuxième producteur d’électricité français derrière EDF. Une place à tempérer cependant, puisque la compagnie est à l’origine de « seulement » 3% de la production d’électricité du pays.
Mais la production d’électricité est loin d’être la seule mission de la société anonyme d’intérêt général qui intègre à son capital des partenaires publics et privés : 183 collectivités territoriales (16,83% de son capital), mais surtout le groupe Caisse des dépôts et consignations (33,2%) et Engie (49,97%). Présente sur 11 départements (dont l’Isère, la Drôme, l’Ardèche, le Vaucluse, la Savoie, la Haute-Savoie, l’Ain…) et trois régions, la CNR est le concessionnaire du Rhône (depuis 1934) pour la production d’hydroélectricité, ainsi que le transport fluvial et les usages agricoles.
Pour assurer ces différentes missions, la société peut compter sur 19 écluses, 1400 salariés, 57 parcs éoliens, 49 centrales photovoltaïques et 330 km de voie navigable qu’elle a ouvert entre Lyon et la Méditerranée. Elle utilise d’ailleurs une part des revenus liés à production d’électricité pour la navigation et l’irrigation.
Pour l’avenir, la CNR peut désormais se projeter jusqu’en 2041 grâce au prolongement récent de sa concession. Pour les prochaines années, un programme d’investissements, à hauteur de 500 millions d’euros, a été annoncé, au profit des infrastructures du fleuve-roi. Cela comprend la rénovation de deux écluses (Bollène et Châteauneuf-du-Rhône) et la construction de six petites centrales hydrauliques. Mais aussi surtout l’étude d’une 20e usine-barrage dans la zone de Saint-Romain-de-Jalionas (Isère). Un ouvrage qui pourrait permettre d’alimenter une ville de la taille de Valence.
Les actionnaires auraient touché des « revenus considérables », la CNR réfute
« Depuis de nombreuses années », la CNR dégage « une rente supérieure à 15 euros par mégawatt-heure », calcule le gendarme financier en chiffrant à 16%, depuis 2003, la rémunération moyenne du capital via le versement de dividendes. Parallèlement, la Cour affirme que le niveau des investissements s’est « dégradé » ces dernières années : il aurait servi de « variable d’ajustement » face à la baisse des prix de gros de l’électricité après 2016.
La CNR répond à la Cour que sa gestion a servi « avant tout » l’intérêt général, l’Etat et les collectivités ayant capté « 76% de la valeur ajoutée » de 2012 à 2020, contre 8,5% pour Engie et 5,5% pour la Caisse des Dépôts.
La concession prolongée jusqu’en 2041
La Cours Des Comptes conteste, de son côté, le terme de « rente » en soulignant les « risques importants » qui pèsent sur l’activité de la CNR – en matière de sécurité ou de prix – et donc sur ses actionnaires.
Engie, enfin, dément que ces derniers aient touché des « revenus considérables », leur rémunération étant inférieure à « celle qui aurait été attendue par un investisseur sur cette période pour ce profil de risque ».
Outre l’hydroélectricité, la CNR est chargée de la navigation fluviale et de l’irrigation agricole dans le cadre de sa concession, que le Parlement a prolongé de 18 ans la semaine dernière, de 2023 à 2041. Jugeant les modalités de cette prolongation très favorables à la CNR et ses actionnaires, la Cour des comptes recommande de prévoir une clause de revoyure face au « risque de voir la dérive de 2003-2020 se reproduire sur la période 2021-2041 ».
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