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« Vivre avec moins, c’est beaucoup mieux. Il y a du plaisir dans la sobriété »

Journaliste, autrice et réalisatrice de documentaires spécialisée dans les questions environnementales, Laure Noualhat propose à ceux qui essaient de diminuer leur empreinte carbone de relativiser leur culpabilité écologique.

 

Ancienne journaliste à Libération, engagée en faveur de la protection de l’environnement, Laure Noualhat est aussi autrice et réalisatrice de documentaires. Elle partage avec humour son expérience pour faire baisser son empreinte carbone et tente de relativiser la culpabilité écologique. Son dernier ouvrage, Comment rester écolo sans finir dépressif (Tana Editions, 2020), est paru en poche en octobre 2021.

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales depuis bientôt vingt ans, à quoi ressemble votre quotidien écologique ?

Avant 2013, je vivais à Paris, je n’avais pas de voiture mais je partais souvent en reportage pour Libération. Aujourd’hui, je vis à la campagne, à Joigny, dans l’Yonne, j’ai un véhicule que je mutualise, 95 % de ce qu’il y a dans mon frigo est local et je ne prends plus l’avion. Mon bilan carbone a clairement diminué mais je reste emprisonnée à vie avec mes petits arrangements éthiques et carboniques. Le dernier en date : la viande, dont je n’ai pas encore pu me passer. Je ne mange donc que des animaux morts que j’ai connus vivants, privilégiant l’agriculture extensive et locale. Ici, à l’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne [Amap], on a les vaches et le buffle Galloway sous les yeux, l’agneau du producteur… C’est ma négo à moi.

Cela vous évite-t-il de vous flageller (avec votre fouet végétal) ?

Oui, mais à terme, ces arrangements personnels ne sont pas tenables, car tout ce qu’on fait, il faut le multiplier par près de 8 milliards d’individus. Le problème avec la négociation, c’est que vous relativisez vos efforts : vous vous dites : « Pourquoi me priver alors que ça ne changera rien à l’échelle mondiale ? » J’ai aussi l’habitude de me dire que, comme je n’ai pas d’enfants, mon bilan carbone s’arrêtera quand je mourrai. J’ai longtemps fait des blagues en disant que le meilleur geste écolo, c’était le suicide. Mais une fois qu’on comprend que toute activité humaine entraîne des pollutions, l’idée, c’est de faire son équation personnelle entre ce à quoi on ne peut pas renoncer et ce qu’on peut transformer.

Comment ne pas laisser tomber ?

Il y a un effort à fournir tout au long de sa vie, celui d’accepter qu’on ne va pas être la personne qui va changer les choses et que, quoiqu’on fasse aujourd’hui, même si on était tous à 2 tonnes équivalent CO2 par an, il y aurait quand même un réchauffement de plus de 2 °C [d’ici à la fin du siècle, objectif fixé dans l’accord de Paris de 2015]. Se flageller parce qu’on n’arrive pas à modifier nos modes de consommation, c’est dommage, parce que notre société a été organisée pour qu’on utilise la voiture, qu’on mange de la viande… Et puis c’est paradoxal : plus les gens agissent, plus les émissions de CO2 augmentent. Au niveau mondial, elles ont dépassé les 400 ppm [« parties par million », équivalant au nombre de molécules polluant sur un million de molécules d’air] tandis qu’il y a vingt ans, elles étaient à 250. Le plus dur, c’est de vivre avec ça, sans cesser de faire les choses.

Difficile en effet…

Entre 2000 et 2010, nous étions très peu nombreux à nous sentir concernés, alors nous nous comportions comme des « ayatollahs du vert ». A constamment essayer d’éviter le CO2 partout, j’avais l’impression de jouer à Mario Bros. Nous cherchions des alternatives, mais il n’y en avait pas. Quand vous parliez aux copines des coupes menstruelles, elles vous regardaient d’un air dégoûté. Aujourd’hui, je connais de moins en moins de gens névrosés au point de foutre leur vie en l’air à cause de leur culpabilité écologique.

Que diriez-vous à celles et ceux qui ont mauvaise conscience aujourd’hui ?

Calmez-vous. Voyez le nombre d’options qui s’offrent à vous pour faire baisser votre empreinte carbone, amusez-vous à faire un jeu de rôle, comme le propose par exemple l’atelier immersif 2tonnes.org. On a un grand travail à faire sur la question du renoncement, qui a une connotation négative, ce qui explique qu’elle n’est jamais mise en avant par les politiques. Sauf qu’on n’est pas dans Sex and the City, on n’a pas besoin de nouveaux escarpins Manolo Blahnik tous les quatre matins. Vivre avec moins, c’est beaucoup mieux : on a plus de vide autour de nous qu’on peut remplir avec des choses vraiment intéressantes. Tout le travail à venir est de montrer que le plaisir se trouve aussi du côté de la sobriété.

Quelles sont les associations écologiques qui nous permettent de déculpabiliser tout en agissant pour la planète ?

L’organisation Deep Green Resistance (DGR) dit qu’il « faut arrêter les douches courtes » car elle considère que les efforts individuels dépolitisent les enjeux politiques et industriels de l’écologie. De fait, nous représentons 25 % du problème. Les 75 % restant viennent entre autres des politiques urbanistiques qui décident d’installer un centre commercial à l’orée d’une ville, ce qui va nécessiter des échangeurs, et donc des bagnoles, etc. Et puis pourquoi culpabiliser quand on sait qu’il n’y a rien de parfait ? Prenez la voiture hybride Toyota Prius : comme elle a deux motorisations, il lui faut deux fois plus de matière, et c’est aussi carboné qu’un 4 × 4 Hummer… Quant à la production mondiale de riz, elle émet autant de méthane que l’élevage. Comme on regarde tout par la lorgnette du CO2, on déplace les problèmes. C’est un peu comme si votre mec arrêtait de vous tromper mais devenait alcoolique.

Laure Noualhat est une fidèle des « Rencontres de Die et de la Biovallée » et du « FestiWild », une amie du Diois où elle intervient régulièrement…

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