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Une écologie de droite est-elle possible ?

L’ouvrage du professeur et conseiller de Valérie Pécresse, Olivier Blond, « Plaidoyer pour une écologie de droite », répond « oui » et annonce une triple révolution écologique : urbaine, de l’action et industrielle. Que faut-il en penser ?

Une pertinence qui ne fait pas l’unanimité

Exprimées par un acteur de droite, certains constats méritent attention : la crise écologique… est à nos portes… il faut désormais proposer des remèdes… il faudrait inverser le processus de retrait des services publics… aujourd’hui, plus personne ne doute sérieusement qu’il existe un problème de changement climatique, de perte de biodiversité ou de pollution… alors qu’il ne suffit pas d’établir un constat mais qu’il faut proposer des remèdes…  place à l’écologie des porteurs de solutions… L’évaluation des politiques publiques doit s’inscrire au cœur de l’écologie de droite ». Et pourquoi pas de gauche qui, reconnaissons-le, n’a pas été très exemplaire ?

En même temps, l’auteur s’exprime sur trois « révolutions » dont « l’écologie urbaine » (la première) pour dire que, en définitive, son « écologie moderne » correspond à l’attente des urbains plutôt aisés (« le sujet n’est plus la défense de la nature, mais la protection d’un certain bien-être » [des urbains aisés ?]) ce qui est probablement un point très important qui a à voir avec ma conclusion.

Avec son plaidoyer pour « l’écologie industrielle » (seconde révolution) l’auteur dit que ce n’est pas en cultivant ses légumes bio « que l’on va changer le monde ». C’est vrai et ceux qui y croient desservent parfois l’écologie. Mais on n’en est plus au retour à la bougie ou aux Amishs.

Il est vrai qu’il y a une sorte de « mea culpa » pour la droite qui a tant détesté l’écologie et les écologistes (« L’environnement ça commence à bienfaire » de Sarkozy ! ou « Les Républicains doivent être le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs » de Luc Chatel  [2]!).

Cependant si les vérités sont bonnes à dire elles peuvent aussi en cacher discrètement d’autres.

Une approche partielle et partiale

Car cette pertinence traduit une approche partielle et même partiale du sujet, ainsi, dit-il, « l’essor des technologies a tout changé ! L’enjeu n’est plus une diminution progressive de la consommation mais une transformation radicale de la production…[qualifiée] écologie moderne [ !]…

Car son choix est fait : c’est celui des « écolos urbains… coupés de la nature », à la recherche d’un certain bien-être, en lien corrélativement avec les questions de santé environnementale

Autant adopter des mots qui conviennent à une France majoritairement à droite.

Certitudes et dogmatismes anti vert et faire l’économie des questions de fond

Car l’ouvrage, en annonçant la « révolution de l’action » (la seconde, celle de la droite qui se veut efficace), est jalonné d’affirmations sans justifications qui feront plaisir à l’électeur de droite, telles que : « l’écologie de gauche qui n’existe pas au-delà de la théorieles agriculteurs… accusés d’être anti-écolos, ce qui achève de signer la rupture entre écologie et nature… en finir avec une écologie punitive… plutôt que de faire un but de l’écologie, la mettre au service de la population… la droite, avec son expérience et ses nombreux talents, a ici une réelle carte à jouer… il faut qu’elle assume un pragmatisme résolu et ambitieux… la tâche n’est pas aisée…[mais] possible, grâce aux technologies émergentes… [contrairement à l’idée] que la crise écologique puisse être résolue par des changements de comportements des citoyens… idée fausse [celle] de justifier l’écologie punitive… [et] la décroissance… transformer l’offre plutôt que de culpabiliser les consommateurs, c’est cela l’écologie de droite ! ». Bref, changer l’offre (industrielle) pas la demande (les consommateurs). Si seulement ! Mais, au rebours d’approches simplistes ou manichéennes, nous savons qu’il faut à la fois changer les comportements (nos modes de vie) et la façon de produire les biens et services indispensables. « Produire différemment et mieux », c’est d’accord, mais aussi moins, ce que l’auteur n’envisage pas. La « révolution », « grâce à la fée électricité, à la mobilité électrique, aux avions à hydrogène… ». Miracle ou mirage ?

Je reconnais à l’auteur un rappel pertinent dont tout acteur écolo devrait se souvenir : « identifier les avantages concrets que des propositions écologistes peuvent apporter et les mettre en avant ». Mais le fait-il lui-même ?

Enfin, et c’est important, l’auteur n’indique ses sources qu’en partie, comme s’il souhaitait en occulter une bonne partie. Cela fait plaisir à certains lecteurs mais nuit à la fiabilité des assertions. N’est-ce pas d’abord une question d’opportunisme ?

Convictions ou opportunisme ? Les deux probablement

« L’intérêt politique est devenu évident… il y a beaucoup à perdre à ne pas se positionner sur le sujet. Il est donc vital de développer l’offre écologiste de droite… une partie de la droite se complait à un étrange « bobo-bashing »…[qui] revient à se couper de nombreux électeurs des grandes métropoles… [puisque] le vote bobo [a] été abandonné par la droite…

Bref, tout est clair. Et bien non sur certains points, et non des moindres.

Une ligne de partage entre fondamentaux à clarifier en priorité

Le nucléaire : « en finir avec les énergies fossiles ne sera possible qu’en développant le nucléaire ». L’auteur n’en dit pratiquement pas plus hormis que Flamanville est devenu « la honte de notre industrie ». Rien sur les aléas financiers. Rien sur les aléas en matière de sécurité, de démantèlement et de traitement des déchets au moment où « l’efficacité des panneaux photovoltaïques a considérablement augmenté… et, surtout, leur prix a chuté énormément »[1].

Métaux rares (ressources critiques) : Tout en rappelant que « la chine contrôle aujourd’hui l’essentiel des ressources en terres rares », l’auteur dit : « on reproche souvent à celles-ci [voitures électriques] de requérir des quantités importantes de matières premières (improprement appelées « terres rares » … Or, fort heureusement, nous voyons émerger une industrie du recyclage de ces batteries-les métaux étant relativement faciles à recycler » ! Rien sur les dégâts dans les pays producteurs. Rien sur l’ACV (analyse du cycle de vie des produits et donc de leur « bilan carbone »

Efficacité-sobriété-énergies renouvelables : nous avons compris, l’entreprise va être capable de l’impossible et c’est parfois vrai. Pour le mix énergétique et le nucléaire, la question n’est qu’effleurée et c’est dommage. Quant à la sobriété, elle est absente du sujet sauf à dénoncer « l’écologie punitive et la décroissance ». Pourtant et quoi qu’il en soit, plus on consomme, plus on relâche de Gaz à Effet de Serre !

Un grand absent ! Pas un mot sur le lobbyisme qui vit dans l’opulence et tire ses force aux frais et aux torts du consommateur. Pourquoi ?

Une Grande Absente : à quelles valeurs nous référons-nous ? C’est pourtant de là qu’il aurait fallu partir à mon avis. Si j’ai bien compris l’auteur ( !), il nous invite à repenser une société consumériste, individualiste, matérialiste, productiviste et compétitive… grâce au miracle de la technologie et à un capitalisme qui deviendrait subitement vertueux ! C’est son corpus de « valeurs ». Je l’oppose à une vision « sobriéthiste » (moins de biens et plus de liens). Il est plus facile de vendre l’amélioration de notre façon actuelle de vivre comme nous y invitent les « réalistes » (les utopistes de demain ?) que de « mettre sur le marché » un hypothétique « produit » (une autre façon de vivre et de vivre ensemble) fait de sobriété, de simplicité, de solidarité (fin du monde et fin du mois, même combat), qui reste certes à imaginer, expérimenter et s’approprier. Soit dit en passant, l’exercice est beaucoup plus difficile.

Cet ouvrage [3] a été achevé fort opportunément (pour Valérie Pécresse) en février 2022 ! Il a un mérite. Le terme « écologie » ne devrait plus être un gros mot à droite. Mais il accrédite une redoutable perspective : enchainer l’individu à un consumérisme addictif au risque d’être livré sans retour au transhumanisme et au machinisme totalitaire en embuscade.

C’est pourtant ce à quoi nous conduit la droite, modérée ou extrême.

Jean-Louis Virat, Président du Laboratoire de la Transition

26150 Die

[1]Voir en ce sens le très intéressant livre d’Antoine de Ravignan, journaliste çà Alternatives Economiques « Nucléaire stop ou encore ? » Les Petits Matins février 2022

[2]Le sujet n’est pas toujours facile à défendre au sein de la droite. Il n’y a pas si longtemps encore, en 2016, l’ex-ministre Luc Châtel estimait que Les Républicains devaient être « le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs ».( ndlr )

[3] « Plaidoyer pour une écologie de droite » : Olivier Blond,  professeur de santé environnementale à l’université catholique de Paris, fondateur d’un think tank, l’institut Brunoy pour une écologie des solutions, conseiller régional et délégué spécial auprès de Valérie Pécresse, Olivier Blond est par ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’environnement.

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