La longue déliquescence du Parti socialiste
Le PS, dont sont issus deux présidents de la République, a dû s’incliner devant les « insoumis » pour espérer survivre encore un peu.
Un moment politique historique. Samedi 7 mai, à Aubervilliers, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, l’échine courbée, vient apporter son écot à la Nouvelle Union populaire, sociale et écologique (Nupes). Et exaucer le vœu le plus cher d’un Jean-Luc Mélenchon hégémonique à gauche : acter la reddition du PS. Un moment politique cathartique. En montant à la tribune de la Nupes, Olivier Faure espère sauver son parti en le ramenant à sa réalité du moment : il n’est plus qu’une force minoritaire et supplétive de la frange radicale de la gauche. En descendant de la tribune, il sait qu’il devra affronter le procès en effacement d’une opposition qui estime cette soumission inconcevable.
Olivier Faure est « méconnu notoire », selon ses propres termes. Le nom de son opposante officielle, Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin (Rhône), ne dit pas grand-chose à grand monde. Autre temps, autres personnalités. En 1969, c’est Pierre Mauroy qui propose d’enterrer la vénérable Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), dont il est alors secrétaire général adjoint. A la place d’un parti marginalisé pendant les événements de Mai 68, il propose de créer, le 4 mai 1969, au congrès d’Alfortville, le Nouveau Parti socialiste. Qui désigne le maire de Marseille, Gaston Deferre, candidat à l’élection présidentielle. Une première pierre, même si elle ne pèse que 5 %. Treize ans plus tard, Pierre Mauroy deviendra premier ministre, et Gaston Defferre, ministre de l’intérieur.
Car en juin 1971, le congrès de refondation d’Epinay consacre le rassemblement des socialistes derrière François Mitterrand autour d’une stratégie unitaire. Le 22 juin 1972, un programme commun de gouvernement est conclu avec le Parti communiste français (PCF). Le PS se veut « révolutionnaire » pour « transformer la société capitaliste en une société collectiviste ». Dès 1974, François Mitterrand se heurte à Michel Rocard, venu de la gauche radicale. Mais le premier réussit le tour de force de faire passer le second pour un réformiste, un gros mot chez les socialistes.
La fin de l’utopie en 1983
Le 10 mai 1981 consacre François Mitterrand. En 1982, le PS compte 213 584 adhérents, contre 80 300 en 1971. Mais le tournant de la rigueur, en 1983, marque la fin de l’utopie. Après une première cohabitation entamée en 1986, le président réélu prend soin d’achever son vieil ennemi en le nommant premier ministre docile en 1988, puis en le torpillant lors des élections européennes de 1993.
Le PS s’est embourgeoisé. Au congrès de Rennes, en 1990, deux de ses enfants gâtés les plus éminents, Lionel Jospin, ancien ministre, et Laurent Fabius, ancien premier ministre (1984-1986) se sont déchirés. François Mitterrand a refusé de désigner son successeur. Grâce à d’obscures manœuvres d’appareil, Lionel Jospin est sorti vainqueur du duel. Non sans dégâts : les législatives de 1993 sont un échec cuisant pour le PS.
Quatre ans plus tard, la dissolution de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac redonne sa chance à la gauche, plurielle, ancêtre de la Nupes. Elle propulse Lionel Jospin à Matignon en 1997. C’est l’heure des 35 heures, des emplois-jeunes, de la baisse du chômage… A peine croit-on à l’avènement d’une gauche morale, janséniste, purgée des compromissions mitterrandiennes qu’arrive le terminus. Eliminé au premier tour de la présidentielle de 2002, Lionel Jospin quitte la vie politique.
Désormais sans leader incontestable, le PS connaît des synthèses impossibles et des gauches irréconciliables, des grands écarts idéologiques avec des risques de fractures imminentes. En 2005, à l’occasion du référendum constitutionnel européen, le PS avec François Hollande à sa tête, est menacé d’implosion sous l’impulsion de Laurent Fabius qui appelle à voter non. Mais l’édifice tient bon car la grande maison socialiste est confortable.
Le PS est pourtant malade. Entre 2002 et 2012, il vit sans exercer le pouvoir. Une première depuis 1981. Les électeurs des classes ouvrières et populaires l’ont déserté. En 2008, Jean-Luc Mélenchon quitte un parti dont il anime l’aile gauche depuis quinze ans. Tandis qu’en 2012 son ennemi intime, François Hollande, devient le deuxième président socialiste de la Ve République.
Score crépusculaire pour Anne Hidalgo
Malade, le PS ? Il n’a jamais été aussi puissant en apparence. Il tient l’Elysée, la majorité absolue à l’Assemblée nationale, le Sénat, la plupart des grandes villes, la quasi-totalité des régions. Les vieux clivages réapparaissent pourtant. Les « frondeurs », vent debout contre une politique réformiste jugée trop libérale, scellent l’impuissance d’un François Hollande impopulaire, incapable de se représenter. L’un de ses opposants, Benoît Hamon, ne récolte que 6,36 % des voix.
Essoré par le macronisme, le PS plonge dans l’indifférence. Olivier Faure devient premier secrétaire, en 2018, lors du congrès d’Aubervilliers. Le nombre de ses adhérents, 232 500 en 2008, chute à 22 000 en 2021. En 2017, il n’a sauvé que 29 fauteuils de députés aux élections législatives et a vendu le siège des grandes années, rue de Solférino. La ligne idéologique navigue à vue entre une social-démocratie à réinventer et une social-écologie à imaginer. Aux élections européennes de 2019, pour la première fois de son histoire, le PS se range derrière un candidat de la société civile, Raphaël Glucksmann, sans succès (6,2 % des voix). La candidature d’Anne Hidalgo lors de la présidentielle de 2022, échoue sur un score crépusculaire : 1,75 %.
Le PS n’en peut plus de mourir. François Hollande, toujours à l’affût, appelle à la création d’une « grande force socialiste » sur ses décombres. Le PS en a-t-il seulement la force ? Au loin, dans les parages de son siège, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), les derniers éléphants se balancent sur une toile d’araignée.